Band 
Tome XVIII.
Seite
223
JPEG-Download
 

J E A

éeurs chargés de leur dire qu’il avoir embelli json royaume autant qu’il l’avoit pu ; qu’il ;l’avoit mis à l’abri de toute incursion ;qu’enfin , il avoir rendu ses états florissans,& qu’il croyoit devoir les informer du jsuccès de ses foins , parce que leur filleétant destinée à partager le trône de Por-tugal , il aimoit à leur apprendre qu’ellerecueillerait le fruit de ses travaux. Fer-dinand & Isabelle ne voyant pas qu’iîseussent d’autre parti à prendre, consenti-rent à ce mariage , qui peu de tems aprèsfut célébré à Evora avec la plus grandemagnificence. Mais les fêtes données àcette occasion furent terminées par unaccident bien funeste, & qui les chan-gerent en un deuil bien amer. Le jeuneépoux Alphonse ayant voulu faire unecourse, son cheval s’abattit, & le jettapar terre si rudement, qu’il l’y laissa blesséà mort & fans sentiment ; il mourut le len-demain. Cette catastrophe cruelle pénétrale roi de douleur ; & il y eût succombé , sion ne lui eût amené don George son filsnaturel, qu’il avoit eu de dona Anne deMendoze. La vue de cet enfant calma peu-à-peu fa tristesse ; & fa tendresse pater-nelle se portant toute entiere sur ce jeuneprince , il s’occupa, mais vainement, desmoyens de lui assurer la succession au trône,au préjudice de don Emmanuel, duc deBéja , frere de la reine , & qui par la mortd’Alphonfe , étoit devenu l’héritier pré-somptif de la couronne. Dans la vued’accoutumer la nation à regarder cejeune prince comme destiné à régner , illui donna, quoique dans l’enfance encore,les grandes-maîtrises d’Avis & de Saint-Jacques. Bientôt il alla plus loin , & solli-cita du pape Alexandre une bulle par la-quelle George fut reconnu pour légitime :mais le consistoire assemblé à Rome rejèttaunanimement cette demande , qui luiparut trop contraire aux droits de la reinedona Isabelle de Castille , du duc de Béja ,& du reste de la famille royale. Jean ilcessa de faire alors des tentatives, qu’ilconnut devoir être inutiles ; mais il dé-dommagea , autant qu’il fut en lui, son. George , du rang où il ne pouvoitPomt relever » accumula fur ía tête lesonoeurs , Jes biens, les dignités ,, & lui

J E A L2Z

donna le riche prieuré de Crato , premierprieuré Portugais de l’ordre de Malte. Latendresse d u roi pour George attira à celui-ci l’assiduité de plusieurs courtisans , jus-qu’alors empressés auprès du duç de Béja ,qui de chagrin & de dépit s’éloigna de lacdlir , & se retira dans ses terres. Jeanparut peu sensible à son éloignement, &continua de prodiguer des bienfaits à sonfils , & às’occuper des foins du gouverne-ment , car rien ne pouvoit le distraire desfonctions de la royauté, qu’il exerçoit avecl’attention la plus assidue. Toujours prêt àdéfendre l’honneur de fa couronne, lesintérêts de ses. sujets & la gloire de lanation , il apprit qu’une caravelle Por-tugaise richement chargée & revenant deGuinée , avoit été prise par quelquescorsaires François. Irrité de cette entre-prise le roi fit arrêter tous les vaisseauxFrançois qui étoient dans ses ports; &Charles, roi de France , informé du sujetde cette saisie , jugea la représaille juste ,& fit rendre la caravelle avec toute sacharge. Cependant, la reine qui n’osoitreprésenter à son époux la préférence qu’ildevoit au duc de Béja sur George , & quin’avoit vu qu’avec la plus vive douleur sonfrere s’éloigner , tomba malade , soit dechagrin, soit par l’inquiétude que l’avenirlui caufoit, & resta quelques jours àSetubal dans le plus grand danger. Jeanll& le duc de Béja se rendirent auprès d’elle ,& ne la quittèrent point qu’elle ne fûtrétablie ; mais le roi s’étoit si fort excédéde fatigue , qu’il tomba lui-même très -dangereusement malade, & son corpss’étant couvert de taches noires & livides,bien des gens imaginèrent qu’il avoit étéempoisonné; & les médecins plus éclairés,regardèrent fa maladie comme incurable.Elle ne i’empêçhacependant point de s ap-pliquer aux affaires, comme s’il eut encorejoui de la plus robuste santé : maïs u s enfalloit bien qu’il fût rétabli ; lui iurvintau. contraire une complication de mauxqui dégénétev ent en nydropiíiG, Dâtis ccttcsituation fâcheuse, il montra la plusgrande activité, & ramena l’abondance áEvora où lacour etoit alors, & ou l’ava-nce de quelques personnes riches , quiayant achete tout le ble.d , le tenoient à