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Tome XVIII.
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le toucher ; après le toucher , c’est l’ouie ;après l’ouie vient le goût ; & l’odorat, leplus lòible de tous , fournit à peine uneimage entre mille. Parmi les objets duméme sens , il en est de plus vifs, deplus frappans , de plus favorables à lapeinture. Mais le choix en est au-dessusdes réglés , c’est au sens intime à le dé-terminer.

C’est peu que l 'image soit une expressionjuste , il faut encore qu’elle soit une ex-pression naturelle , c’est-a-dire , qu elleparoiflè avoir dû se présenter d’elle-mê-me à celui qui l’emploie. Les peintres nousdonnent un exemple de la propriété desimages , ils couronnent les Naïades deperles & de corail, les bergeres de fleurs ,ìes Ménades de pampre , Uranie d’étoi-les, &c.

Les productions, les accidens, les phé-nomènes de la nature diffèrent suivant lesclimats. II n’est pas vraissemblable quedeux amans qui n’ont jamais dû voir despalmiers, en tirent Vimage de leur union.II ne convient qu’au peuple du Levant,ou à des esprits versés dans la poésie orien-tale , d’exprimer le rapport des deux ex-trêmes par ì’image du cedre à l’hyííòpe.

L’habitant d’un climat pluvieux com-pare la vue de ce qu’il aime â la vue d’unciel fans nuages. L’habitant d’un climatbrûlant la compare à la rosée. A la Chine ,un empereur qui fait la joie & le bon-heur de son peuple , est semblable auvent du midi. ^Voyez combien font op-posées l’un à l’autre les idées que pré-sente l ’image d’un fleuve débordé à unberger des bords du Nil & à un bergerdes bords de la Loire. II en est de mêmede toutes les images locales , que 1 on nedoit transplanter qu’avec. beaucoup deprécaution.

Les images sont aussi plus ou moinsfamilières, suivant les mœurs , les opi-nions , les usages , les conditions , &c.Un peuple guerrier , un peuple pasteur ,un peuple matelot ont chacun leurs ima-ges habituelles : ils les tirent des objetsqui les occupent , qui les affectent, quiies intéressent le plus. Un chasseur amou-reux se compare au cerf qu’il a blessé :

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Portant par-tout U trait dont je fuis déchiré.

Un berger dans la même situation se com-pare .aux fleurs exposées aux vents dumidi,

Florìbus austrum perditus immifi. Virg.

C’est ce qu’on doit observer avec unsoin particulier dans la poésie dramati-que. Britannicus ne doit pas être écritcomme Athalìe , ni Polieutle commeChina. Aussi les bons poètes n’ont-ils pasmanqué de prendre la couleur des lieux& des tems , soit de propos délibéré , soitpar sentiment & par goût, l’imaginarionremplie de leur sujet , Pesprit imbu de lalecture des auteurs qui dévoient, leur don-ner le ton. On reconnoît les prophètesdans Athalie , Tacite dans Britannicus ,Séneque dans Cìnna , & dans PolieuBetout ce que le dogme & la morale deI’évangile ont de sublime & de touchant.

C’est un heureux choix d 'images inusi-tées parmi nous , mais rendues naturel-les par les convenances, qui fait la ma-gie du style de Mahomet & (PAlAre , &qui manque peut-être à celui de Bazsajet.Croiroit-on que les harangues des sauva-ges du Canada sont du même style que lerôle de Zamore ? En voici un exemplefrappant. On propose à l’une de ces na-tions de changer de demeure , le chef dessauvages répond : « Cette terre nous a» nourris , l’on veut que nous l’abandon-» nions ! Qu’on la fasse creuser , on trou->» vera dans son sein les ossemens de r.os» peres. Faut-il donc que les oflemens de» nos peres se levpnt pour nous suivre» dans une terre étrangère „ ? Virgile adit de ceux qui se donnent la mort,

Lucemque perosi projecere animas.

Ils ont fui la lumière & rejette leur ame.

Les sauvages dilent en se dévouant à laguerre je jette mon corps loin de moi.

On a long-tems attribué les figures dustyle oriental au climat ; mais on a trou-vé des images aussi hardies dans les poésiesdes Iflandois, dans celles des anciens Ecos-fojiS , & dans les harangues des sauvages