I M A
ZêS
ISon enlm gaz,& nequt consul aris,
Summovet lictor m'veros tumultus
Mentis , dr curas laqueata circum ,Telia volantes. Horat.
La Fontaine dit en parlant du veuvage :
On fait un peu de bruit , & puis on feconsole ;
mais il ajoute :
Sur les ailes du tems la triseffe s 1 envole.Le tems ramene les plaisirs.
Et je n’ai pas besoin de faire sentir iciquel agrément l’idée reçoit de l 'image. Lechoc de deux masses d’air qui fe repoussentdans Patmosphere est sensible par ses effets,mais cet objet vague & confus n’affecte pasPimagination comme la lutte des aquilons& du vent du midi, precipitem Afrïcumdecertantem aquilonìbus. Cette image estfrappante au premier coup-d’œil, l’efpritla saisir & Pembrasse. Quelle collectiond’idées réunies & rendues sensibles dansce demi-vers de Lucain , qui peint la dou-leur errante & muette !
Erravit fine voce dolor ,
&■ dans cette image de Rome accabléefous fa grandeur,
Nec fe Rama ferens j
Et dans ce tableau de Seneque : nonmirer f quando impetum capit ( Deus )fpectandi magnos viros colluclantes cumalìqua calamìtate ! » Dieu fe plaît à éprou-» ver les grands hommes par des calann-„ tés ». Cette idée seroit belle encore ex-primée tout simplement mais quelle forcene lui donne pas P image dont elle est re-vêtue ! Les grands hommes & les calami-tés font aux prises, & le spectateur ducombat c’est Dieu.
Quand P image donne à l’objet le caractèrede beauté qu’il doit avoir, qu’elle le paresans le cacher , avec goût & avec décence ,elle convient à tous les styles & s’accordeA'/ee tous les tons. Mais pour peu que
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le langage figuré s’éloigne de ces réglés ,il refroidit le pathétique , il énerve l’élo-quence, il ôte au sentiment là simplicitétouchante , aux grâces leur ingénuité. Lesimages font des fleurs , qui pour être se-mées avec goût demandent une main dé-licate & légere.
La poésie elle-méme perd souvent âpréférer le coloris de P image au coloris del’objet. La ceinture de Vénus , cette allé-gorie fl ingénieuse , est encore bien infé-rieure à la peinture naïve & simple de labeauté dont elle est le symbole. Vénusayant des charmes à communiquer à Junon,ne pouvoit lui donner qu’un voile, & rienau monde n’est mieux peint ; mais des traitsrépandus fur ce voile , se fait-on l ‘image dela beauté , comme si le même pinceau l’eûcexprimée au naturel & sans aucune allé-gorie ?
En général toutes les fois que la na-ture est belle & touchante en elle-même ,c’est dommage de voiler.
Mais ce n’est pas assez que I’idée aiebesoin d’être embellie , il faut qu’elle mé-rite de l’être. Une pensée triviale revêtued’une image pompeuse ou brillante , est cequ’on appelle du pheuus : on croit voir unephysionomie basse & commune ornée defleurs & de diamans. Cela revient à cepremier principe, que P image n’est faiteque pour rendre l’idée sensible. Si Pidéane mérite pas d’être sentie , ce n’est pasla peine de la colorer.
En observant ces deux réglés, savoirde ne jamais revêtir l’idée que pour Pem-bellir , & de ne jamais embellir que cequi en mérite le foin , on évitera la pro-fusion des images , on ne les employeraqu’a propos : c’est - là, ce qui fait lecharme& la beauté du style de Racine & de laFontaine. 11 est riche & n’est point chargé :c’est l’abondance du génie que le goûtménage & répand.
La continuation de la même image estune affectation que l’on doit éviter , sur-tout dans le dramatique , où les personna-ges font trop émus pour penser à suivraune allégorie. C’étoit le goût du siecle deCorneille , en lui-même il s’en est ressenti.
En changeant d’idée, on peut immédia-tement passer d’une image à une autre ;
mais