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Tome XVIII.
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Lucaîn nous assure que les poutres dupalais de Cléopâtre avoient été couvertesde ces incrustations de lames d’or ; ce qu’ilmet au rang des fuperfluités des siéclesles plus corrompus , qui les eussent à peinesouffertes dans un temple.

Ipse locus tetnpli ( quod vis corfupùor estas

Exstruat ) instar erat ; laquealaque te£la ferebant

Divitias, craffumque traies absconderat aurum.

Toutefois rien ne ressemble en ce genreà la magnificence presque incroyable quedéploya Néron , en faisant revêtir inté-rieurement de lames d’or tout le théâtrede Pompée, lorsque Tiridate, roi d’Armé-nie , vint le voir à Rome , & même pourn’y demeurer qu’un seul jour : auíîì cejour, tant à cause de la dorure de cethéâtre , que pour la somptuosité de tousles vases & autres ornemens dont onPenrichit, fut appelle le jour d'or. Claudiifuccejfor Nero , Pompeii theatrum opéruitauro in unum diem , quòd Tiridati, régiJÌrmeni& oftenderet , dit Pline, liv. XXXIII,cap. iij. Ce n’est donc pas ridiculementque le poète Afconius, parlant de la villede Rome, la caractérise en ces termes :

Prima urbs inter Divûm domus , aurea Roma.

Quant aux lames cL'argent , Séneque nousraconte que les femmes de son siecleavoient leurs bains pavés d’argent pur ,el J f ort f ^ue le métal employé pour latable, leur servoit aussi de marche-pié.Argento famina Uvantur , & nì fi argenteiifint jolld , fajtidiunt , eademque materia &probris ferviat, & cibïs.

On en étoit venu jufqu’à enchâsser dansle parquetage des appartemens, des perles& des pierres précieuses. Eo deliaarumpervenbnus , ut nist gemmas calcare no-limus. Et Pline dit à ce sujet qu il nes’agiíïoit plus de vanter des vases & descoupes enrichies de pierreries, puisque l’onxnarchoit sur des bijoux , que l’on portoitauparavant seulement aux doigts.

Stace n’a point oublié ce trait de luxeeftrene , lorsque décrivant une maison decampagne appartenante à Manlius , Vopis-xus , il ajoute ?

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PÌH artes, veterumque manus, variifque métallosViva modìs : labor est , auri memorare figuras :

Au ebur , aut dignas digitis conttngere gemmas,Dum vagor aspefíu , visusque per omnia duco,Calcabam , nec opimus opes.

Lib. sylvar. Manlìì Vopisçh

Le quatrième genre d ’incrustations , furlequel je ferai court, consistoit en ouvragesde marqueterie & de mosaïque , opéra teffel-lata , mufiva , litbofirata , & cerostrata ,dont on décoroit aussi les palais & lesmaisons particulières. Dans ces fortes ^in-crustations , différentes en forme & en ma-tière , on employoit aux ouvrages démosortes d’émaux, les uns & les autres faitsfur cables d’or, de cuivre ou autre métal ,propres à recevoir couleurs & figures parle feu. Quand ces émaux étoient de piecesou tables quarrées , on les appelloit abacos ,quand elles étoient rondes, on les nom-moit spécula & orbes.

Un homme se croyois pauvre si tousles appartemens de fa maison , chambres& cabinets ne reluisoient d émaux rondsou quartés , d’un travail exquis , si lesmarbres d’Alexandrie ne briiloient d’incrus-tât ions numidiennes, & si la marqueterien’étoit si parfaire qu’on la prît pour unevraie peinture.

Mais que Séneque avoir raison d’ap-précier en sage tous ces sortes d’ornemensà leur valeur réelle! C’estun beau morceauque celui de Vépitre n; , dans laquelleil fait la réflexion suivante. » Semblables ,» dit-il, à des enfans , & plus ridiculesw qu’eux, nous nous laiííons entraîner àM des recherches de fantaisie , avec unen passion aussi coûteuse qu’extravaganfe.

" Les enfans se plaisent à amasser, â ma-" nier de petits cailloux polis qu’iîs trou-" vent fur le bord de la mer ; nous ,w hommes faits, nous sommes fous de" taches & de variétés de couleurs arti-" ficielles , que nous formons fur desn colonnes de marbre, amenées à grands„ frais des lieux arides de l’Egypte , ou„ des déserts d’Afrique, pour soutenir quel-„ que galerie. Nous admirons de vieux„ murs que nous avons enduits de feuillesn de marbre , sachant bien le peu de prix-

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