Zí6 I N D
La fleur n’a point d’odeur, mais lesfeuilles de la plante étant froistees ou mâ-chées ont une odeur & une saveur légu-mineuse. Lorsque les pétales font tombés,le pistil s’allonge peu-à-peu , & devientune silique cartilagineuse , courbée ,longue de plus d’un pouce , articulée danstoute fa longueur -, cette siliaue étant mûreest de couleur brune , liste , & luisanteen-dehors, blanchâtre en-dedans , & con-tient six à huit graines , renfermées dansdes cellules séparées par de petites cloi-sons membraneuses. Les graines sont cylin-driques , fort dures , & d’un goût légu-mineux.
La seconde espece s’éleve à la hauteurde cinq ou fix pies , & peut subsister deuxou trois ans , mise en hiver dans unebonne ferre. On pourroit la cultiver par-tout , où la premiere manqueroit.
La troisième espece se cultive comme lapremiere , & est employée indifférem-ment avec elle dans les Indes à la prépa-ration de Yinàigo.
Culture de /'indigotier en Europe par lescurieux. Cette plante est annuelle en Eu-rope. On dit qu’elle dure deux annéesdans les Indes occidentales , dans le Brésil& au Mexique , où on la cultive en abon-dance , ainsi qu’on fait depuis long - teinsdans l’Egypte , au Mogol , &c.
Onsemeici cette plante sur couche auprintems , & quand elle a pouffé des re-jetions à la hauteur de deux ou troispouces , on les transporte dans de petitescaiffes remplies de bonne terre , Lt onplonge ces cailles dans un lit chaud detan. Quand ces plantes ont acquis quelqueforce, on leur donne beaucoup d’air , enouvrant les vitrages des cailles, & au moisde Juin elles produisent des fleurs , quifont bientôt succédées par des siliques.
Son utilité pour les arts. Quelles quesoient les prétendues vertus médicinalesqu’on lui attribue , selon Commelin , auxIndes , nous ne les reconnoiffons point enEurope, & nous noys contentons d’admi-rer les usages réels qu’on a su tirer detems
IND
immémorial de la fécule de cette plante!
On appelle ses feuilles préparés inde &indigo , drogue qui est si utile aux Pein-tres & aux Teinturiers, qu’iîs ne sauroients’en passer pour leur bleu. L 'inde donnecette couleur en peinture étant broyé &mêlé avec du blanc , & il donne une cou-leur verte étant broyé avec du jaune ; lesBlanchisseuses en emploient poiar donnerune couleur bleuâtre à leur linge , & lesTeinturiers s’en servent avec le voiiédepour faire leur beau bleu.
Les anciens n’ont point connu l’originede Vindigo. Pline croit que c’est une écu-me de roseaux , qui s’attache à une especede limon qui est noir quand on le broie ,& qui fait un beau brun mêlé de pourprequand on le délaye. Dioscoride pense quec’est une pierre , mais aujourd’hui noussavons non-seulement que Vìndigo est unefécule , ou un suc épaissi qu’on tire auxIndes par artifice de la tige & des feuillesd e ['indigotier ; nous sommes encore trés-instruit de la manœuvre de l’opération.
Comme le détail en est fort curieux,& qu’il intéresse le commerce, les Arts ,la Physique & la Chimie , j’ai tâché d’enpuiser quelques lumières dans les meilleu-res sources.
Culture de /'indigotier aux Indes pour lecommerce. Pour éviter toute équivoque,je nommerai anil ou indigotier la plante ;& inde ou indigo la fécule qu’on en tire ,& dont on fait tant d’usage. Les Espa-gnols nomment cette fécule anillo.
Nous connoissons deux plantes qui don-nent le bleu après une préparation préli-minaire : l’une est l 'isatis ou glafium ,qu .°r nomme pastel en Languedoc , &'Voùéde en Normandie , où on le cultive& où on le prépare. L’autre est Y anil quicroît dans les Indes orientales & occiden-tales, duquelon tire une préparation fur leslieux , fous le nom d 'inde ou d 'indigo , &que l’on envoie en Europe.
L ’anil ou indigotier demande une bon-ne terre , grasse , unie, qui ne soit pointtropseche ; il veut être planté seul, man-geant & dégraissant beaucoup (*) leterrein
(*) i°* Ce n’est point parce que Yindigo mange & dégraisse beaucoup la terre que l’on a soin de lebien farder, c’est pour que les herbes étrangères sie J’étouffent point ; car jl y a plusieurs de ces