3$o K E R
véritable insecte qui s’attache à la racine duknawel : voye\ KnaWEL.
De-là vient que Breynius le naturaliste,qui en a parlé avec le plus de connoiílance,le nomme coccus radieum. 11 a été connujufqu’ici sous le nom de graine d’écarlate dePologne, coccus tinclorius polonicus , parceque c’est principalement dans ce royaumequ’on prenoit foin de le ramasser.
La Pologne n’est pourtant pas le seul despays du nord, où cet insecte naisse, & peut-être ëxiste-t-il dans des pays très-tempérés;mais il pourroit être assez commun en quel-ques endroits, & y être inconnu , parcequ’il se cache fi bien , qu’il n’y a que leshasards qui puissent le faire découvrir , mê-me à ceux qui le cherchentd’autant plusque ce n'est que dans des terreins sablon-neux & arides qu’on le trouve fur le knasvel.
Divers auteurs prétendent que le mêmeinsecte , ou un semblable , croît auííì sur lesracines de plusieurs autres plantes , commefur celle de la piloselle, de l’herniaire, de lapimprenelle & de la pariétaire : cependanton n’a point encore trouvé cet insecte enFrance , du moins M. de Reaumur , qui lerange dans îa classe des progaliinsectes , l’afait chercher fans succès.
Quoi qu’il en soit, comme cet insecten’en veut qu’aux racines du knawel , on ledistingue essentiellement du kermès de Lan-guedoc , qui ne vient que fur les tiges & lesbranches de l’yeuse.
C’est en juin qu’on détache le kermès dePologne , des racines de la plante ; chaquegrain est alors à peu-près sphérique, & d’unecouleur de pourpre violet. Les uns ne fontpas plus gros que des grains de millet ou depavot, & les autres font austi gros que desgrains de poivre ; chacun est logé en partiedans une espece de coupe ou de calice ,comme un gland l’eft dans le sien ; plus dela moitié de la surface extérieure du petitinsecte, est recouverte par le calice. Le de-hors de cette enveloppe est rabotteux , &d’un brun noir , mais son intérieur est poli.II y a telle plante de knawel, fur laquelleon ne trouve qu’un ou deux de ces grains ouinsectes, & on en trouve plus de quarantefur d’autres.
A ia íìn de juin , il sort un ver de chacundes plus petits grains, de ceux qui ne font
K E R
pas plus gros que des grains de pavot ; entréces vers, les uns se couvrent de duvet, tan -dis qu’il n’en paroît point fur d’autres ; maistous quittent une dépouille pour se transfor-mer en une nymphe , qui, après être restéequelques jours immobile , devient une mou-che à corps rouge, ayant deux ailes blanches,bordées de rouge ,• voilà les kermès mâles.
Les insectes qui égalent en grosseur desgrains de poivre, ne subissent point une sem-blable métamorphose : aucun d’eux ne setransforme en mouche ; ces gros grains, ouces gros insectes , par rapport aux autres ,font les kermès femelles , fur lesquelles lespetites mouches marchent, montent & joi-gnent leur derriere au leur, vraisemblable-ment pour en féconder les œufs. On a d’au-tant plus lieu de fe le persuader que les grosinsectes, après avoir paíîe quelque tempsavec les petites mouches, se couvrent bienwtôt de duvet, &font desœufs au bout dequelques j ours ; au lieu que ceux qui n’ontpoint eu de commerce avec les petites mou-ches, restent presque nuds; ous’ils prennentun peu de duvet, ils ne parviennent point àpondre. Les petits , peu de jours après êtrenés, fe fixent fur quelque nouvelle racine deknawel, s’y nourrissent & y croistènt.
Telle est en peu de mots l’histoire dukermès de Pologne , depuis le temps où ilparoît fous la forme d’une boule , logé ex-patrie dans un calice , jusqu’au temps où lepetit, sorti de l’œuf, songe à son tourà pulluler. M. Frisch est le premier qui aparlé de la transformation duprogallinsecte,des racines de knawel en mouche ; mais M,Breynius a rectifié cette idée trop générale,& a donné l’histoire précise de cet insectesingulier,dans une dissertation latine, jointsà Pappendix des actes des curieux de la na-ture , année 1733 ; Lt cette dissertation estornée de figures qui paroîssent faites avecfoin. N ous y renvoyons les lecteurs.
On ignore si le kermès de Pologne a ,’comme la cochenille du Mexique , la pro-priété de fe conserver , au lieu que noussommes sûrs de la conservation de la coche-nille du Mexique , pendant phis d’un siécle.Les insectes , mangeursde cadavres d infec-tes , ne veulent point de celui-ci: pent-etren’en feroit-il pas de meme du kermès dePologne. Qn l’employoic autrefois pour.