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Tome dix-neuvième.
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, Bailleurs, quoique Dieu aie enseigné îetangage , il ne íeroic pas raisonnable de sup-poser que ce langage íe soit étendu au-delàdes nécessités actuelles de l’homme , & quecet homme n’ait pas eu par lui-même la ca-pacité de I’étendre , de l’enrichir, & de leperfectionner. Inexpérience journalière nousapprend le contraire. Ainsi, le premier lan-gage des peuples, comme le prouvent lesmonumens de ^antiquité , étoit nécessaire-ment fort stérile & fort borné ; en forte queles hommes se trouvoient perpétuellementdans l’embarras,à chaque nouvelle idee & achaque cas un peu extraordinaire, rie sefaire entendre les uns aux autres.

La nature les porta donc à prévenir cessortes d’inconvéniens, en ajoutant aUx pa-roles des significatifs. En conséquence , laconversation dans les premiers siécles dumonde , fut soutenue par un discours entre-mêlé de gestes , d’images & d’action. L’u-sage&Ia coutume, ainsi qu'il est arrivé dansla plupart des autres choses dela vie , chan-gèrent ensuite en ornemens ce qui étoit dûà la nécessité 5 mais la pratique subsista en-core long-temps après que la nécessité eutcesse.

C’est ce qui arriva singulièrement parmiles Orientaux, dont le caractère s’accomo-doit naturellement d’une forme de conver-sation qui exerçoit si bien leur vivacité parîe mouvement, & la contentoit si fort parune représentation perpétuelle d’images sen-sibles.

L’écriture-sainte nous fournit des exem-ple sans nombre de cette forte de conversa-tion. Quand le faux prophète agite ses cor-nes de feu pour marquer la déroute entiersdes Syriens , chap. iìj des Rois , zz. z 1 :quand Jérémie cache fa ceinture de lin dansìe trou d’une pierre près FEuphrate, ch.xiij : quand il brise un vaisseau de terre à lavue du peuple , ch. xjx : quand il met à soncol des liens & des joncs, ch. xxi’ìij -,quand Ezechiel dessine le siégé de Jérusalemsur de la brique , ch. jv : quand il pese dansune balance ies cheveux de fa tête & le poilde fa barbe ', c/i. r:qnand il emporte lesmeubles de fa maison , xi j : quand il jointensemble deux bâtons pour Juda & pourIsraël, ch. xxxviij ; par toutes ces actionsses prophètes conyei'soient en signes avec

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le peuple qui les entendait à merveille.

II ne faut pas traiter d’abfurde & de fa-natique ce langage d’aâion des prophètes,carilsparîoient à un peuple grossier qui n’enconnoissoit point d’autre. Chez toutes lesnations du monde Ie langage des sons arti-cules n’a prévalu qu’autant qu’íl est devenuplus intelligible pour elles.

Les commencemeas de ce langage deions articules ont toujours été informes : &ciuanu Ic temps les 3 polis & civ^ils ont rsculeur perfection, on n’entend pl us les bé^aie-mens de leur premier âge. Sous Ie re^ne deNuma , & pendant plus de $oo ans aprèslui, on ne parloir à Rome ni grec ni latin :c’étoit un jargon composé de mots grecs &de mots barbares:par exemple,ilsdisoient pxpour pane, & pro pour populo. Aussi Polyberemarque en quelque endroit, que dans letemps qn’il travaiíìoit à fhistoire , il eutbeaucoup de peine à trouver dans Rome unou deux citoyens qui, quoique très-savansdans les annales de leur pays, fussent en étatde lui expliquer quelques traités que ies Ro-mains avoient fait avec les Carthaginois, &qu’ils avoient écrits par conséquent en !alangue qu’on parloir alors. Ce furent iessciences & les beaux arts qui enrichirent &perfectionnerent la langue romaine. Elle de-vint , par ['étendue de leur empire , la lan-gue dominante, quoique fort inférieure àcelle des Grecs.

Mats si les hommes nés pour vivre easociété , trouvèrent à la-sin sart de se com-muniquer leurs pensées avec précision, avecfinesse, avec énergie, ils ne surent pas moinsles cacher ou les déguiser par de fausses ex-pressions , ils abuseront du langage.

L’expression vocale peut être encore con-sidérée dans la variété & dans la successionde ses mouvemens : voilà fart musical. Cetteexpression peut recevoir une nouvelle forcepar la convention générale des idées : voilàle discours, la poésie & l’art oratoire.

La voix n’étant qu’une expression sensi-ble & etendue , doit avoir pour principe es-sentiel limitation des mouvemens, des agi-tations & des transports de ce qu’eile veutexprimer. Ainsi, loríqu’on fixoit certainesinflexions de la voix à certains objets , ondevoir se rendre attentif aux ions qui avoientle plus de rapport à ce qu’on vouloir pein-s