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Tome dix-neuvième.
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tangue e(t la totalité des usages propres âune nation pour exprimerles pensées parlavoix.

Si une langue est parlée par une nationcomposée de°plusieurs peuples égaux & in-dépendans les uns des autres, telsqu’étoientanciennement les Grecs , & tels que fontaujourd’hui les Italiens & les Allemands ;avec l’ufage général des mêmes mots & dela même syntaxechaque peuple peut avoirdes usages propres fur la prononciation oufor les terminaisons des mêmes mots : cesusages subalternes , également légitimes ,constituent les dialectes de la langue:naûo-nale. Si , comme les Romains autrefois 5 &comme les François aujourd’hui , la nationest une par rapport au gouvernement., ilne peut y avoir dans fa maniéré de .parlerqu’un usage légitime ; tout autre qui s’en'écarte dans la prononciation , dans les ter-minaisons , dans la syntaxe , ou en quelquefaçon que ce puistè être , ne fait ni une lan-gue à part , ni une dialecte de la langue na-tionale; c’estun.pusozr abandonné à la popu-lace des provinces , & chaque province ale lien.

Si , dans la totalité des usages de la voix,propres à une nation , on ne considéré quel’expreífion & la communication des pen-sées , d’après les vues de l’esprit les plusuniverselles & les plus communes à tous leshommes ; le nom de langue exprime parfai-tement cette idée générale. Mais si l’on pré-tend encore envisager les vues particulières■à cette nation, & les tours singuliers qu’elles■occasionnent néceslàirement dans son élo-cution , • le terme d 'idiome est alors celuiqui convient le mieux à l’expression decetteidée moins générale & plus restreinte.

La différence que l’on vient d’aífigner«ntre langue & idiome , est encore bien•plus considérable entre langue & langage ,quoique ces deux mots paroìííènt beaucoupplus rapprochés par l’unité de leur origine.C’est je matériel des mots & leur ensemblequi détermine une langue • elle n’a rapportqu’aux idées , aux conceptions , i 1-intelli-gence de ceux qui la .parlent. Le langageparoi t avoir, plus de rapport au caractère dccelui qui parle , à ses vues , à lès intérêts.;c’est l’objet du discours qui détermine lelangage; chacun a le sien, selon ses passions,

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Et M. l’abbé de Condillac, Orig- des conn:hum. II.P art. z. fecl. ch. xv. Ainsi la mêmenation , avec la même langue , peut, dansdes temps différens , tenir des langages dif-:’érens, si elle a changé de mœurs , de vues,d’intérêts : deux nations, au contraire, avecdifférentes langues , peuvent tenir le mêmeangage , si elles ont les mêmes vues , lesmêmes intérêts , les mêmes mœurs : c’eílque les mœur s nationales tiennent aux pas-sions nationales , & que les unes demeurentstables ou changent comme les autres. C’estla même chose des hommes que des nations :on dit le langage des yeux , du geste , parceque les yeux & le geste font destinés par lanature à suivre les mouvemens que les pas-sions leur impriment, & conséquemment àles exprimer avec d’autant plus d’énergie ,que la correspondance est plus grande entrele signe & la chose signifiée qui le pro-duit.

Après avoir ainsi déterminé le véritablesens du mot langue , par la définitiondaplus exacte qu’il a été possible d’en donner ,& par l’exposition précise des différencesqui le distinguent des mots qui lui font ousynonymes ou subordonnés , il reste à jeterun coup d’œil philosophique sur ce qui con-cerne les langues en général ; & il me sembleque cette théorie peut se réduire a trois ar-ticles principaux, qui traiteront de l’originede la langue primitive, de la multiplicationmiraculeuse des langues, & enfin, de f ana-lyse & de la comparaison des langues envi-sagées fous les aspects les plus généraux , lesseuls qui conviennent à la philosophie , &.par conséquent à l’Encyclopédie. Ce quipeut concerner.rétude des langues , se trou-vera répandu dans différens articles de cetouvrage , & particulièrement au mot MÉ-THODE.

Au reste , fur ce qui concerne les languesen général , on peut consulter plusieurs ou-vrages composés fur cette matière : les.dissertations philologiques de H. Schasvius ,De origine ■ linguarum, & quibusdam eariimattribuas : une dissertation de Borrichius,médecin de Copenhague , de caufisdiver—Jìtatis linguarum ;. d’autres dissertations deThomas Hayne , de linguarum harmomâ ,où il traite des langues, en général , & del’affinitédes difíérens idiumesl’ouvrage de

Théodore