Band 
Tome dix-neuvième.
Seite
564
JPEG-Download
 

'^64 LAN

„ miers substantifs n’ont pu jamais être que„ des noms propres,

„ Mais lorsque , par des moyens que jene conçois pas , nos nouveaux grammai-„ riens commencerent à étendre leurs idées,y, & à généraliser leurs mots, l’ignorancedes inventeurs dut assujettir cette mé-’’ thode à des bornes fort étroites :& commeilsavoient d’abord trop multiplié les noms„ des individus , faute de connoître les gen-y, r es & les especes , ils firent ensuite trop,, d’efpeces & de genres, faute d’avoir con-„ sidéré les êtres par toutes leurs diffé-,, r en ces. Pour pousser les divisions assez„ loin , il eût fallu plus d’expérience & delumière qu’ils n’en pouvoient avoir, &plus de recherches & de travail qu’ils,, n’y en vouloient employer. Or , si même’ aujourd’hui l’on découvre chaque jour de’ nouvelles especes qui avoient échappé„ jusqu’ici à toutes nos observations, qu’on,, pense combien il dut s’en dérober à des,, hommes qui ne jugeoient des choses que„ fur le premier aspect ? Quant aux çlaíles,, primitives & aux notions les plus généra-,, les, il est superflu d’ajouter qu’elles durent,, leur échapper encore: comment, par exem-3) pie, auroient-ils imaginé ou entendu les,, mots de matière , à'esprit, de substance ,t , de mode > de figure , de mouvement , puis-,, que no s philosophes qui s’en fervent de-„ puis si lông-temps, ont bien de la peineà les entendre eux-mêmes, & que les,, idées qu’on attache à ces mots, étant pu-, rement métaphysiques, ils n’en trouvoient,, aucun models dans la nature?,,

Après s’être étendu , comme on vient dele voir, fur les premiers obstacles qui s’op-posent à l’instirution conventionnelle deslangues , M. Rousseau se fait un terme decomparaison de Pinvention des seuls subs-tantifs physiques, qui sont la partie de lalangue l a plus facile à trouver pour juger duchemin qui lui reste à faire jusqu’au termeoù elle pourra exprimer routes les penséesdes hommes, prendre une forme constante,être parlée en public , & influer fur la so-ciété : il invite le lecteur à réfléchir sur cecju’il a fallu de. temps & de connoissancespour trouver les nombres qui supposent sesméditations philosophiques, les plus pro-fondes & l’abstraclicn la plus métaphysique,

( CÏN

la plus pénible, & la moins naturelle; Igs au-tres mots abstraits, les aoristes & tous lestemps des verbes, les particules, la syntaxe;lier les propositions, les raisonnements , &former toute la logique du discours : aprèsquoi voici comme il conclut : ,, Quant à» moi, efírayé des difficultés qui se muIti-» plient, & convaincu de l’impostibilité„ presque démontrée, que les langues aient,, pu naître & s’jétablir par des moyens pu-„ rement humains ; je laisse , à qui vou-„ dra l’enrrep rendre , la discussion de ce,, difficile problème : lequel a été le plus„ nécessaire , delasociété déjà liée y à i’ins,, titution des langues ; ou 'des langues déjà,, inventées , à Rétablissement de la. so-it ciete ,,. ^

II étoit difficile d’exposer plus nettementl’impossibilité qu’il y a à déduire l’originedes langues , de Phypothèse révoltante del’homme supposé sauvage dans les premiersjours du monde j & pour en faire voir l’ab-rsurdité , il m’a paru important de ne rienperdre des aveux d’un philosophe qui l’aadopté pour y fonder l’inégalité des condi-tions ; & qui, malgré la pénétration & lasubtilité qu’oq lui connoît, n’a pu tirer dece principe chimérique tout l’avantage qu’ils’en étoit promis , ni peut-être même celuiqu’il croit çn avoir tiré.

Qu’il me soit permis de m’arréter un ins-tant sur ces derniers mots. Le philosophede Gpneve a bien senti que Pinégalité desconditions étoit une fuite nécessaire de l’é-tabliísement de la socicté;que l’établiísementde la société & Pinstitution du langage sesupposoient respectivement, puisqu’il re-garde comme un problème difficile , de dis-cuter lequel des deux a été pour P autred’une nécessité antécédente plus considéra-ble. Que ne faisoit-il encore quelques pas ?Ayant vu d’une maniéré démonstrative queles langues ne peuvent tenir à Phypothèsede l’homme né sauvage, ni s’être établiespar des moyens purement humains, que nQconcluoit-il la même chose de la société ?que n’abandonnoit-il entièrement son hypo-thèse , comme aussi incapable d expliquerPun que P autre ? d’ailleurs,la supposition d’un,fait que nous savons par je témoignage seplus sûr , n’avoir point_etç , loin d’être ad-missible , comme principe explicatif de faits