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Tome dix-neuvième.
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réels, neJoit être regardée que Comme «nefiction chimérique & propre à égarer.

Mais suivons le simple raisonnement.Une langue est , sans contredit, la totalitédes usages propres à une nation pour expri-mer les pensées par la voix ,• & cette expres-sion est le véhicule de la communication despensées. Ainsi toute langue suppose une so-ciété préexistante , qui, comme société ,aura eu besoin de cette communication , &qui, par des actes déjà réitérés, aura fondeles usages qui constituent le corps de fa lan-gue. D’autre part, une société formes parles moyens humains que nous pouvons con-noître , présuppose un moyen de communi-cation pour fixer d’abord les devoirs respec-tifs des associés ? & ensuite pour les mettreen état de les exiger les uns des autres. Quefiait—il de-là ? que si l’on s’obtine à vouloirfonder la premiere langue & la premièresociété, par des voies humaines , il faut ad-mettre l’éternité du m.onde & des généra-tions humaines, & renoncer par conséquent*à une premiere société & à une premierelangue proprement dites : sentiment absurdeen soi, puisqu'ii implique contradiction, &démenti d’ailleurs par la droite raison , &par la foule accablante des témoignages detoute espece qui certifient la nouveauté dumonde : nulla igitur in principio facla eflejusmodi congregad o, ne c unquám fuissehomines in terra qui propter infantiam nonloquerentur , intelliget, cui ratio non deejl.Lactanceî De vero cultu , cap. x. C’est quesi les hommes commencent par exister fansparler , jamais ils ne parleront. Quand onfait quelques langues , on pourroit aisémenten inventer une autre : mais si l’on n’en faitaucune, on n’en saura jamais, à moinsqu’on n’entende parler quelqu'un. L’organede la parole est un instrument qui demeureoisif & inutile, s’il n’est mis en jeu par lesimpressions de l’ouie personne n’ignoreque c’est la sordité originelle qui tient dansf inaction la bouche des muets de naissance ;& l’on fait par plus d’une expérience bienconstatée , que des hommes élevés par acci-dent, loin du commerce de leurs semblables& dans le silence des forets, n’y avoientappris à prononcer aucun son articulé, qu’ilsimitoient feulement les cris naturels desanimaux avec lesquels il S étoient trouves en

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liaison ) Sc que, transplantés dans notre so-ciété , ils avoient eu bien de la peine à imi-ter le langage qu’iîs entendaient, & nel’avoient jamais fait que très imparfaite-ment. Voyeq les notes fur les discours de M.J. J. Rousseau , fur Vorigine ù les fonde -mens de l’inégalité parmi les hommes.

Hérodote raconte qu’un roi d’Egypte fitelever deux enfans ensemble , mais dans leulence; qu une chevre fut leur nourrice:qu au bouc de deux ans ils tendirent la maina celui qui étoit chargé de cette éducationexpérimentale , & lui dirent beccos ; & q U ele roi ayant su que bek,e n langue phrygiennesignifie pain , il en conclut que le langagephrygien étoit naturel, & que les Phrygiensétoient les plus anciens peuples du monde ,lib. II. cap. ij. Les Egyptiens ne renoncèrentpas à leurs prétentions d’ancienneté, malgrécette décision de leur prince , &: ils firentbien : il est évident que ces enfans parloientcomme la chevre leur nourrice , que lesGrecs nomment jSiíwi par onomatopée ouimitation du cri de cet animal, & ce cri neressemble que par haserd au bek , ( pain )des Phrygiens. /

Si la conséquence que le roi d’Egypte tirade cette observation , en étoit mal déduite,eliè étoit encore vicieuse par se suppositiond’un principe erronné , qui consistoit kcroire qu’il y eût une langue naturelle àl’homme. C’est la pensée de ceux qui, effrayésdes difficultés du système que l’on vientd’examiner fur l’origine des langues , ontcru 11e devoir pas prononcer quela premierevînt miraculeusement de rinfpiration deDieu mérne.

Mais s’il y avoit une langue qui tînt à lanature de l’homme , ne scroit-elle pas com-mune à tout le genre humain , fans distinc-tion de temps, de climats, de gouverne-,mens, de religions, de mœurs, de lumièresacquises, de préjugés, ni d’aucunes des au-tres causes qui occasionnent les différencesdes langues? Les muets de naissance , quenous savons ne l'étreque faute d’entendro »ne s’aviseroient-iis pas du moins de parléela langue naturelle , vu su r-ton t qu’eíle neleroit étouffée chez eux par aucun usage rstaucun préjd^é contraire ?

' Ce qui est vraiment naturel à l’bomme }est immuable comme son essence : aujour-