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Tome dix-neuvième.
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choses , encore qu’il n’y eût point de pres-cience. Tout ce qui existe aujourd'hui existecertainement, & il étoit hier & de touteéternité auíïï certainement vrai qu’il existe-roit aujourd’hui , qu’il est maintenant cer-tain qu’il existe. Uette certitude d’événe-ment est toujours la même, & la presciencen’y change rien. E!!e est , par rapport auxchoses futures , ce que la connoissance estaux choses présentes, la mémoire auxchoses passées .- or , l’une & stautre de cesconnoiíîances ne supposent aucune néces-sité d’exister dans la chose; mais seulementune certitude d’événement qui ne laisseroitpas d’être , quand bien même ces connois-sances ne seroient pas. Jilsqu’ici, tout estintelligible. La difficulté est & sera toujoursà expliquer,commentDieu peut prévoir leschoses futures , ce qui ne paroît pas pos-sible , à moins de supposer une chaîne decauses nécessaires ; nous pouvons cepen-dant nous en faire quelque efpece d’idéeg.-nérale. Un homme d’esprit prévoir leparti que prendra dans telle occasion unhomme , dont il connoît le caractère. Aplus forte raison Dieu, dont la nature estinfiniment plus parfaite, peut-il, par la pré-vision,avoir une connoislance beaucoup pluscertaine des événemens libres. T avoue quetout cela me paroît très-hasardé , & quec’est un aveu plutôt qistune solution de ladifficulté. L avoue enfin , qn’on fait contrela liberté, d’excellentes objections; maison en fait d’austì bonnes contre l’existencede Dieu ; & comme, malgré les difficultésextrêmes, contre la création & contre laprovidence , je crois néanmoins la provi-dence & la création : aussi je me crois libre,malgré les puistàntes objections que l’on feratoujours contre cette malheureuse liberté.Eh! comment ne la croirois-je pas ? Elleporte tous les caractères d’une premierevérité. Jamais opinion n’a été si universelledans le genre humain. C’est une véritépour f éclaircissement de laquelle il n’est pasnécessaire d approfondir les raisonnemensdes livres : c’est ce que la nature crie ; c’estce que les bergers chantent fur les monta-gnes , les poètes fur les théâtres ; c’est ceque les plus habiles docteurs enseignentdans les chaires ; c’est ce qui se répete & sesuppose dans toutes les conjonctures de la

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vie. Le petit nombre de ceux qui, par af-ít station de singularité , ou par des ré-flexions outrées, ont voulu dire ou imaginerle contraire , ne montrent-ils pas eux-me-mes par leur conduite , la fausseté de leursdiscours ? Donnez-moi, dit síllustre Féne-lon, un homme qui fait le profond Philo-sophe , & qui nie le libre arbitre ; je nedisputerai point contre lui , mais je le met-trai à l’épreuve dans les plus communesoccasions de la vie , pour le confondre parlui même. Je suppose que la femme decet homme lui soit infidelle , que son filslui désobéit & le méprise ; que ion ami lstrahit, que son domestique le vole ; je luidirai , quand il se plaindra d’eux , ne sa-vez-vous pas qu’aucun d’eux n’a tort, Scqu’iîs ne font pas libres de faire autrement?Ils font, de votre aveu , auíli invincible-ment nécessités à vouloir ce qu’il s veulent jqu’une pierre l’est à tomber , quand on nela soutient pas. N’est-il donc pas certainque ce bizarre philosophe qui ose nier lelibre arbitre dans l’école, le supposeracomme indubitabe dans fa propre maison& qu’il ne sera pas moins implacable con-tre ces personnes, que s’il avoit soutenutoute sa vie le dogme de la plus grandeliberté?

Vois de la liberté cet ennemi muti(t £

Aveugle partisan d’un aveugle dejlin.

Etends comme il consulte , approuve ondélibéré ,

Entends de quel reproche il couvre unadversaire.

Vois comment d } un rival il cherche à sevanger ;

Comme il punit son fils & le veutcorÇriger -

II le croyoit donc libre ? Oui , fansdoute ; & lui-même

Dément d chaque pas son funeste sys-tème.

II mentoit à son cœur , en voulant ex*pliquer

le dogme absurde à croire , absurde dpratiquer.

II reconnaît en lui le sentiment quilbrave ;

II agit , comme libre , Ù parle commçesclave.

M. Voltaire } z. dic. sur la liberté.