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Tome dix-neuvième.
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L I B

le bien n’est plus bien , & le ma! n’est plusmal. Si une nécessité inévitable & invinciblenous fait vouloir tout ce que nous voulons,notre volonté n’est pas plus responsable deson vouloir qu'u n ressort de machine estresponsable du mouvement qui lui est im-primé : en ce cas, il est ridicule de s’enprendre à la volonté, qui ne veut qu’autantqu’une autre cause distinguée d’elle la faitvouloir. II faut remonter tout droit à cettecause comme je remonte à la main qui re-mue le bâton , sans m’arrêter au bâton quine me frappe qu’autant que cette main lepousse. Encore une fois , ôtez la liberté ,vous ne laiíîez fur la terre ni vice, ni vertu,ni mérite ; les récompenses font ridicules& les châtimens font injustes : chacun nefait que ce qu’il doit , puifqu’il agit selon lanécessité ; il ne doit ni éviter ce qui est in-évitable , ni vaincre ce qui est invincible.Tout est dans Tordre : car Tordre est que toutcede à la néceffité. La ruine de la libertérenverse avec elle tout ordre & toute po-lice , confond le vice & la vertu , autorisetoute infamie monstrueuse, éteint toute pu-deur &: tout remords , dégrade & défigurefans ressource tout le genre humain. Unedoctrine fi énorme ne doit point être exa-minée dans Técole , mais punie par lesmagistrats.

Ah } sans la liberté , que seroient doncnos âmes !

Mobiles agités par d’invincibles -flam-mes y

Nos vœux , nos actions , nos plaifirs ,nos dégoûts y

X>e notre être, en un mot , rien neseroità nous,

X)'un artisan suprême impuissantes ma-chines ;

•Automates pensans , mus par des mainsdivines ,

Nous sérions à jamais de mensonge oc-cupés ,

r Vils infirumens d'un Dieu qui nous au-roit trompés.

'Comment,fans liberté, ferions-noussesi mages ?

í (suc lui reviendroit-il de ses brutes ou-vrages ?

On ne peut donc lui plaire , on ne peutr offenser ;

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11 n’a rien à punir , rien à récompenser.

Dans les cieux ,sar la terre } il n’efl plusde jitftice :

Caton fut fans vertu y Catilina fansvice.

Le deflin nous entraîne à nos affreuxpend.ans,

Et ce cahos du monde eflfait pour lesmédians.

L } oppresseur insolent,s usurpateur avare ,

Cartouche , Mivivis , ou tel autre bar-bare ;

Plus coupable enfin qu'eux, le calomnia-teur

Dira \ je n' ai rien fait , Dieu seul en ejlsauteur ;

Ce n’est pas moi, cefi lui qui manque àma parole,

Qui frappe par mes mains , pille-, brûle rviole.

C'eft ainfi que le Dieu de justice & depaix

Seroit fauteur du trouble & h dieu desforfaits.

Les tris es partisnu de ce dogme effroya-ble y

Diroient-ils rien de plus s'ils adoroientle diable ?

Le second système sur la liberté est celuidans lequel on soutient que Pâme ne fe dé-termine jamais sans cause & sans une rai-son prise d’ailleurs que du fond de la vo-lonté : c’est là sur-tout le système favori deM. Léïbnitz. Selon lui, la cause des déter-minations n’est point physique, elle est mo-rale , & agit fur Tintelligence même ; demaniéré qu’un homme ne peut jamais être'poussé à agir librement,que par des moyenspropres à le persuader. Voilà pourquoi iifaut des lois, & que les peines & les récom-penses font nécessaires. L’espérance & lacrainte agissent immédiatement sur Tintel-ligence : cette liberté est opposée à la né-cessité physique ou fatale , mais elle ne Testpoint à la nécessité morale , laquelle , pour-vu qu’elle soit seule , ne s’étend qu’à deschoses contingentes , & ne porte pas Umoindre atteinte à la liberté. De ce genreest celle qui fait qu’un homme qui a T usagede fa raison , si on lui offre le choix entrede bons alimens & du poison, se détermine

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