Band 
[Tome cinquième. - Tome sixième.]
Seite
577
JPEG-Download
 

V Ë R

fuffifent fans les mœurs & fans la vertu ,c’eft de celles-ci au contraire qu'ellescirent toute leur force & tout leur pou-voir. Un peuple qui a des mœurs fub-fifteroit plutôt fans loix , qu’un peuplefans mœurs , avec les loix les plus ad-mirables. ibid. 2.61. a , b. C’eft par lesmœurs qu’Athenes, Rome , Lacédémone,ont étonné l’uni/ers : ces prodiges devertu que nous admirons fans les lèntir,s’il eft vrai que nous les admirons encore,ces prodiges étoient l’ouvrage des mœurs.Concluons donc que le fyftëme dans lequelon fait dépendre des loix tous les fenti-mens du jufte & de l’injufte , eft le plusdangereux qu’on puiffe admettre. II s’offieencore un problème moral à réioudre. Lesathees, demande-t-on , peuvent-ils avoirde la vertu ? J’obferve d’abord que lenombre des véritables athées n’eft pas figrand que l’on croit. Je réponds enfuitequ a parler dans une rigueur métaphyfi-que, un athée ne pourroit être que mé-chant , puifque le feul fondement folidede la vertu , manqueroit à la fienne. IlPourra bien avoir certaines vertus relati-ves à fon bien-être ; ibid. %6i. 4 , b. mais. des que la vertu exigera des facrifices fe-crets , croit-on qu’il y ait peu d’athéesqui fuccombaffent ? S’il eft enfin réelle-ment des athées vertueux , c’eft que lesprincipes naturels, plus puiftans que les prin-cipes menteurs , les dominent à leur inlu, &que leur cœur vaut mieux que leur efpri .fl y a trois principes de vertu ; la con-fidence, la différence fpécifiquedes adionshumaines , que la raifon nous fait eon-«oître, & la volonté de Dieu. Les deuxpremiers ne fuffifent point pour détermi-ner efficacement l’homme à la vertu : &le dernier, qui feul donne aux préceptesmoraux le earadere de devoir , d’obliga-tion ftri&e & pofîtive , manque â l’athée.

263. a , 1- Le defir de la gloire oude l’eftime le retiendra , dites-vous ; maisn eft il p as au ffi facile , pour ne rien direde plus, d’acquérir cette gloire par unenypocrifie bien ménagée que par une vertulolide & confiante ? La vertu, ajoute-*'on , n’eft que l’amour de l’ordre & duI ? ora '- Tout motif d’intérêt, quel^ ll ** f°*t > la dégrade. Il faut l’adorer gé-Tmt f'I.

VER 577

' néreufement & fans efpoir. Ces maximesfont d’autant plus dangereufes, qu’ellesfurprennent plus fubtilement l'amour-pro-pre. On embraffe le fantôme abftraitqn’on fe forge, & on fe dénature à forcede fe divinifer. Je fuppofe que des phi-lofophes diftingués puiffent par des mé-ditations profondes s’élever à ces grandsprincipes, & y conformer leur vie ; Ibid.264.. a , b. tous les hommes ne font pas desSocrates & des Platons , & cependant ilimporte de les rendre tous vertueux; or,ce n’eft pas fur des idées abftraites qu’ilsfe gouvernent : il ne faut pas avoir faitune étude profonde du cœur humain ,pour favoir que l’efpoir & la crainte fontles plus puiftans de fes mobiles , & que lesplus aélifs de les fentimens font l’amourde foi-même & le defir de fon bonheur.L’idée d’un Dieu rémunérateur eft doncabloiument néceffaire pour donner unebafe à la vertu , & engager les hommesà la pratiquer. Si la vertu & le bonheurétoient toujours inleparabîes ici-bas , onauroit un prétexte plus fpécieux pour nierla néceffiti d’une autre économie , d’unecompenfation ultérieure. Mais le contrairen’eft que trop prouvé. La confcience , lefeul bien qui refte à l’homme vertueuxdans la fouffrance , ne le rend pomt in-fenfible , elle ne fuffit donc point pour ledédommager. Voyez cet homme tyrannifépar une ■ paffion violente. Vainement faraifon combat. Par quel frein plus puif-fant pouvez-vous la réprimer ? Ce mal-heureux tenté de fortir de fa mifere pardes moyens coupables, mais fàrs, fera-t-il bien retenu par la crainte de troublerje ne fais quel concert général, dont il n’apas même l’idée ? ibid. 26$. a, b. Que nousimporte cet ordre ftérile ? Que nous im-porte la vertu même , fi l’un & l’autrene font jamais rien à notre félicité ? Maisquel mérite y a-t-il de n’aimer la vertuque pour le bien qu’on en efpére ? Lemérite allez rare de reconnoître fes vraisintérêts , & de remplir la carrière que lecréateur nous a prefcrite. Diftinguez doncdeux fortes d’intérêts ; l’un bas & malentendu , que la raifon réprouve & con-damne; l’autre noble & prudent que laraifon avoue & commande Le premier

Dddd