D'A R C HI TE CT URE.
199
tion. Mais ii faut retourner avec lui à Florence, 8c nous allons l’yvoir enrichir cette ville de cette excellente statue de David, enmarbre, où il s’est surpaíTé lui même : nous l’y verrons entrer en liceavec le fameux Léonard de Vinci ; concurrence dont les suites fu-rent infiniment utiles aux gens de l’art, car les deux cartons queces deux grands Maîtres firent alors, devinrent une école de Des-sein pour tous ceux qui voulurent fe rendre habile dans cette partie.
Le Pape Jules II ayant succédé à Pie III, qui mourut en 1503 ,ce souverain Pontife appella de nouveau Michel-Ange à Rome, Sclui proposa de faire son tombeau ; 8c comme il étoit grand danstoutes íes entreprises, il voulut que ce tombeau fût entièrement demarbre, 8c orné de quarante figures fans les bas-reliefs 8c les orne-mens. Michel-Ange n'avoir que vingt-neuf ans lorfqu’il entrepritcet ouvrage. Le Pape l’envoya à Carrare avec de Pargent, cher-cher des marbres, dont il fit venir une grande quantité ; mais faSainteté ne trouvant point dans la vieille basilique de saint Pierre,de place propre pour mettre un tombeau d’une auíïï grande éten-due, elle résolut de faire rebâtir cette église , Sc elle en posa lapremiere pierre Pan 1508, fur les desseins de Bramante.
Michel-Ange ne pouvoit s’accordcr avec cet Architecte dontles maniérés impérieuses étoient tout-àfait opposées aux siennes,Sc Bramante ne pouvoit, de son côté, souffrir les visites que le Paperendoit à Michel-Ange, Sc les bienfaits dont il le combloit. C’estpourquoi il arriva dans la fuite, que soit que le Pape eût changé derésolution, ou qu’on eût rendu auprès de fa Sainteté, de mauvaisoffices à Michel-Ange, il ne fut plus reçu à la Cour avec la mêmeliberté qu’auparavant, & Pentrée du palais lui ayant été refusée assezbrusquement, il quitta Rome encore plus brusquement, Sc fe re-tira à Florence. II étoit même résolu d’allcr trouver Soliman qui ledemandoit pour faire un pont de Constantinople àPera; mais il enfut détourné par fes amis. Le Pape tâcha en vain de le faire reve-nir , il ne put rien gagner. II lui ordonna de le venir trouver à Bo-logne ; mais après ce qui s’étoit paíle , Michel-Ange n’ofant paroî-tre devant le Pape, il fut résolu â Florence qu’on Penverroit avecla qualité d’Ambastàdeur, afin que le caractère de personne publi-que, le mît à l’abri de la colere du S. Pere. Quand il fut aux piedsde fa Sainteté , elle lui fit un reproche de ce qu’elle avoit été obli-gée de le venir chercher, Sc ravie de joie de le posséder,- elle le re-tint en le comblant de préfens. Pendant son séjour à Bologne, il
Pp n