— STYLE OGIVAL DE L’OCCIDENT. —
occupe le fond de la cour du couvent ; une porte divisée en deux parties sert d’entrée à une seule nef de grandedimension comportant quatre travées ; deux transsepts très-saillants donnent à cette partie supérieure dumonument la forme d’une croix latine; l’abside occupe le fond à l’Orient. (Voir la partie du plan teintée ennoir, planche 2, fig. 1 te .)
La façade est richement décorée de marbres et de sculptures ; la porte, ornée de colonnettes et de voussuresmultipliées, présente au milieu un piédroit qui la partage en deux portions égales, surmontées chacune d’unarc trilobé ; plus haut, un riche oculus ou fenêtre circulaire, divisé par plusieurs cercles concentriques, formeune rose des plus variées par ses combinaisons d’arcatures, de colonnes et de fleurons à jour. Les attributs desévangélistes, sculptés en grand relief, l’accompagnent; au-dessus de cette ouverture principale qui éclaire lanef, en est une plus petite pour donner de l’air et du jour au comble. Elle est percée au centre du pignon dontla façade est surmontée. Une croix placée sur de petites bornes en pierre, qui figurent les sept collines deRome , occupe le sommet du fronton et indique la domination papale sur la contrée où s’élève le monument.
Comme on peut le voir sur les coupes transversale et longitudinale, planche 2, fig. 2, ce haut pignon quisurmonte la façade ne remplit pas le but que se proposèrent les architectes du Nord en créant les formes aiguësdes façades gothiques. Le climat des contrées septentrionales exigeait des couvertures élevées : les décorationsarchitecturales furent conçues pour satisfaire à ce besoin. En Italie on avait de tout temps couvert les édificesavec des combles bas; l’architecture, même au moyen âge, aurait dû se conformer à cet usage basé sur lapratique. Ce haut pignon inutile, formant une muraille isolée d’un mauvais effet et exposée à tous les vents,est une anomalie qui semble indiquer l’origine septentrionale de l’architecte de l’église d’Assisi . Nousreviendrons sur ce sujet en terminant cette notice.
La nef de l’église supérieure est d’une grande élévation, et rappelle par sa disposition générale la Sainte-Chapelle de Paris . De nombreux faisceaux de colonnes légères, peintes du bas en haut, divisent les travées,portent les nervures des voûtes sur d’élégants chapiteaux, et déterminent sur les murailles latérales de l’églisede grands encadrements dans lesquels sont figurés des sujets du Nouveau Testament, dus au pinceau de Giotto et de ses élèves, les plus habiles artistes de l’Italie au XIII e siècle ( ¥ ). Chaque travée présente six sujets, troisde chaque côté, séparés par des colonnes torses arabesques portant une corniche, et basées sur un stylobatepeint comme tout Je reste, sur lequel sont figurées des étoffes drapées. Nous en donnons un détail planche 2,ligure G, et sur la phtnche 4.
Sur ces parois inférieures ainsi décorées, règne une galerie de circulation qui fait le tour du monument etpermet d’approcher des verrières peintes placées dans la claire-voie. Les fenêtres, de proportion allongée surtoute l’étendue de la nef, et divisées dans leur hauteur par un seul meneau vertical que surmonte un quatre-feuilles à jour au centre de l’ogive, deviennent plus larges aux extrémités des transsepts, se divisent en quatrepanneaux couronnés d’ogives, de cercles et de roses. Les murs voisins des fenêtres sont couverts de sujetspeints, tirés de l’Ancien Testament. Les parois situées à l’Orient et à l’Occident des transsepts sont sans ouver-tures. (Voir le dessin en perspective.) Des colonnes en saillie, surmontées d’arcs trilobés et de pignons décou-pés, encadrent des peintures qui représentent des saints, figurés debout dans chacun des entre-colonnements.Au-dessous de ces décorations anciennes, on a placé, à une époque voisine de la renaissance, de grands autelsdans le goût moderne, surmontés de tableaux cintrés et flanqués de lourdes colonnes torses qui produisent leplus mauvais effet dans cet ensemble si complet d’ailleurs.
Les voûtes en ogive de l’église n’offrent pas moins de richesses que ses parois. Les nervures sont couvertesd’arabesques variées , dont nous donnons un échantillon planche 2, figure 4. Auprès de ces nervures est unlarge cadre formé de feuillages et de rinceaux composés avec beaucoup de goût, et prenant naissance dans desvases portés par des enfants ; le cadre enveloppe des sujets sacrés peints sur fond bleu dans les voûtes ; dessemis d'étoiles d’or alternent avec les sujets. Les arcs doubleaux contiennent des portraits de saints et desaintes ajustés dans des cadres circulaires, octogones ou d’une forme particulière au XIII e siècle, comme onen voit des exemples aux figures 3 et 5 de la planche 2. Ces peintures ont conservé, en général, une fraîcheurremarquable.
Au-dessus des voûtes, la construction du comble présente une particularité remarquable, et peut-êtreunique. De grands arcs en maçonnerie reproduisent dans tous les sens, mais sur des proportions surbaissées,les dispositions des nervures de l’église, et servent ainsi à porter la couverture sans le secours des fermes, et
(*) Voir la planche 4, qui contient des détails de ces décorations peintes.