— STYLE OGIVAL DE L’OCCIDENT- —
trée où l’art ogival était déjà depuis longtemps en faveur, semble seul avoir pu concevoir complètement, et danstoute son harmonie, ce beau monument qui, à son étage inférieur, rappelle, par ses voûtes basses et ses arcsdoubleaux en plein cintre, les cryptes des bords du Rhin , et dont l’ensemble et les détails de l’étage supérieur sontconstamment gothiques, et purs par conséquent de la physionomie toujours un peu païenne qu’on remarque danstous les autres édifices ogivaux de la Péninsule. Quant à la décoration peinte, livrée à des artistes nationaux,on devait s’attendre à lui voir prendre une teinte tout italienne, que les détails reproduits sur la planche 2 nepermettent de comparer en aucune façon aux peintures qui ornaient, au commencement du XIII e siècle, lesmurailles et les nervures de nos édifices du Nord. Dans la nef supérieure, les arcs trilobés, les hauts pignonsà jour,les chapiteaux à crosses végétales, détails si communs alors dans nos contrées, sont employés avec tropd’assurance pour être attribués à des Italiens, encore novices alors dans ce style septentrional ; ajoutons queles meneaux des croisées ont le galbe et les contours de ceux qu’on exécutait alors en France et en Allemagne ,et que cet édifice est le seul exemple au delà des Alpes , où l’on trouve une suite de verrières aussi complèteet harmonisée de la sorte avec l’édifice. L’art ogival était encore une nouveauté en Italie , lorsqu’au commen-cement du XIII e siècle s’éleva l’église d’Assisi; on le nommait tudesque ou tedesco , allemand ; quelques essais■seulement avaient été tentés. A cette époque, quel artiste italien aurait pu concevoir un ensemble aussi complet,aussi bien proportionné, dans un genre alors tout nouveau pour lui ? Nous rappellerons enfin ici ce que nous avonsdit précédemment à l’occasion de la façade : son pignon isolé et sans but sous le climat d’Italie , et si raison-nable dans le Nord, paraît une preuve de l’origine septentrionale de l’architecte, qui n’aura pu se résoudre àdénaturer les formes aiguës auxquelles il était habitué, pour les faire descendre jusqu’aux proportions bassesdes toits à l’italienne, modifications que firent subir à l’architecture gothique Niccola Pisan lui-même à l’églisede Saint-Antoine de Padoue , Simon Andreozzi sur les faces latérales de l’Ara-Cœli à Rome , et beaucoup d’au-tres architectes italiens contemporains de la période ogivale, dans les monuments nombreux, mais générale-ment incomplets, qu’on trouve depuis Venise jusqu’au royaume de Naples .
— BIBLIOGRAPHIE. —