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Deuxième partie.
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SAINTE-MARIE DES FLEURS A FLORENCE

Des esprits faux ou étroits ont souvent prétendu que la monarchie seule pouvait encourager et faire fleurirles arts, et que l’architecture plus particulièrement souffrait lorsque la royauté ne l’inspirait et ne l’encou-rageait pas. Rien cependant n’est moins conforme à l’histoire et à la vérité, et le monument dont nous allonsnous occuper en est une des innombrables preuves. Vers la fin du XIII e siècle, les Guelfes étaient depuislongtemps à la tête de la république florentine. Cette faction de l’étranger, formée par les familles nobles,fut enfin vaincue en 1292 par le parti populaire et national. Giano délia Bella, noble lui-même, mais en-nemi de sa caste, voulut que la noblesse devînt un titre d’exclusion aux affaires de la république , et de plusun commencement de peine. Un édit rigoureux, portant le nom d 'Ordonnance de Justice, désigna trente-septfamilles guelfes de Florence , qu’il déclara nobles et grandes , et qu’il exclut à ce seul titre pour jamais de laseigneurie, leur refusant la faculté de renoncer à leur noblesse, pour s’égaler aux autres citoyens. À cetteépoque, Florence était remplie d’habitants, de richesses, et au comble de la gloire; elle ne fut jamais dansune position plus élevée et plus heureuse. Elle avait dans son sein trente mille citoyens capables de porterles armes, et soixante-dix mille dans la campagne. La grandeur politique de Florence éleva le Palais-Vieux,ou Palais de la seigneurie. Mais la république voulut faire quelque chose de plus grand encore. On lit, dansle décret qui charge l’architecte de l’édification d’une nouvelle cathédrale de Florence , que le dessin pour larestauration de Santa-Reparata doit porter l’empreinte d’une pompe et d’une magnificence telles, que l’artet la puissance des hommes ne puissent rien imaginer de plus grand ou de plus beau ; que l’exécution decette œuvre émane d’une résolution prise en conseil public et privé, par les personnages les plus habiles deFlorence , de n’entreprendre pour la commune aucune œuvre dont l’exécution ne doive répondre à des sen-timents d’autant plus grands et plus généreux, qu’ils sont le résultat des délibérations d’une réunion decitoyens dont les intentions ne forment qu’une seule et même volonté. La grandeur et l’élévation des idéesexprimées dans ce décret 11 e trouvent leur pendant que dans les républiques de l’antiquité, et leur réalisationnous a donné ces grands monuments de la République de Florence , élevés avant le règne bourgeois desMédicis .

C’est en l’année 1296 que la première pierre de la cathédrale fut posée, et cela avec une pompe solennelle,par le cardinal légat, le jour de la Nativité de la Vierge , le 8 septembre, en présence de plusieurs évêques,du clergé, du podesta, des capitaines , des prieurs, des autres magistrats de la ville, et enfin de tout lepeuple, qui était accouru en foule à cette grande et belle cérémonie. Comme on prévoyait les dépenses quedevait exiger l’édification d’un monument aussi gigantesque , ou leva une taxe de quatre deniers par livresur toutes les marchandises qui sortaient de la ville, et un impôt annuel de deux sous par tête. De plus, lepape et le légat accordèrent de grandes indulgences à ceux qui contribueraient de leurs aumônes à l’érectionde la basilique.

Ce n’est point à Arnolfo di Lapo que fut donné l’honneur d’élever le dôme de Florence . C’est bien un Ar-nolfo, mais il ne se nommait pas di Lapo; dans la lettre d’appointements d’Arnolfo comme architecte dudôme (*), il est dit : « Arnolfus de Colle fil. quondam Cambii (**). » C’est Vasari qui surnomme notre archi-tecte Arnolfo , di Lopo. C’est encore une des innombrables erreurs à corriger dans le livre d’ailleurs si cu-rieux de cet auteur peu consciencieux, et quelquefois si mal renseigné. Après la mort d Arnolfo, Giotto ,Taddeo Gaddi, André Cione, Filippi et Brunelleschi continuèrent les travaux.

Le dôme de Florence est remarquable , non-seulement à cause de sa grandeur matérielle, mais il est encoretrès-intéressant aussi pour l’histoire de l’art. Le caractère de son architecture n’offre rien d’un style de tran-sition; il ne vous montre rien de national. Il a un cachet étranger, septentrional, et 1 on ne peut douter quedes influences allemandes ne soient venues là faire accepter leurs prétentions aux droits de naturalisation.Mais l’architecture à ogive, création toute septentrionale, dont l’essence est 1 aspiration vers les cieux repré-sentée par la ligne perpendiculaire , ne put se développer dans la péninsule italique avec une entière liberté,comme de ce côté-ci des Alpes , parce que le principe de l’architecture antique, qui est la ligne horizontale,était trop prépondérant en Italie pour ne pas revendiquer toujours les prérogatives traditionnelles de son

(*) Richa Mie Chiese di Firenze, t. VI, p. 17.

(**) Dans une lettre du roi Charles d’Anjou de 1277, Sept, x, Ind- vi (conservée dans les archives délia Cancellaria x viraledi Perugia , A, n° 52, et imprimée par Mariotti, lett. perug .), il est nommé simplement mag. Abnulfus de t lobentia. A 1 é-tranger, on oublia le nom de sa ville natale.