— STYLE ROMAN. —
Il nous reste à décrire les statues qui sont placées sur ce portail principal, et qui viennent terminer l’en-semble de l’histoire sainte que l’artiste a tracée d’une manière ingénieuse et succincte sur la paroi du monu-ment. A la hauteur de l’archivolte, à gauche, est une statue représentant un homme âgé à longue barbe , lamain gauche appuyée sur un bâton , et tenant dans sa droite une colombe. A ses pieds est un petit autel carré,sur lequel sont rangées symétriquement des bûches pour l’établissement d’un foyer. Sur ces bûches sont placésdes animaux de différentes espèces. Cette statue représente le patriarche Noé. De l’autre côté, l’on voit uneseconde figure de même grandeur. Elle nous montre un vieillard à barbe courte, la main gauche appuyée surun enfant qui a les mains liées. A la droite est l’ange Zadchiel, une légende à la main. Cette seconde figure estAbraham se disposant à sacrifier son fils Isaac.
Au-dessus de Noé et d’Abraham sont placées quatre autres statues représentant quatre grands prophètes.C’est ce que semble indiquer la disposition générale des sujets de cette grande et sainte composition.
Les deux ligures placées de chaque côté de la grande fenêtre, au-dessus de l’archivolte de la porte d’entrée ,nous montrent l’Annonciation. La vierge Marie , à la droite du spectateur, reçoit la nouvelle apportée parl’ange Gabriel dans une position humble qui indique la soumission la plus parfaite. L’ange est à gauche , unebanderole à la main , sur laquelle on lisait sans doute en lettres d’or : Ave Maria gracia plena.
Cette grande épopée, représentée dans la pierre, se termine enfin par la figure de Jésus-Christ sur lacroix, de plus de quatre mètres d’élévation, et placée dans le fronton qui couronne le portail. Sa mère est à sadroite, et saint Jean, son apôtre favori, est à sa gauche.
Le tympan circulaire de la porte septentrionale contient un bas-relief représentant le couronnement de laVierge. Jésus-Christ place de la main gauche la couronne céleste sur la tête de sa mère ; de l’autre côté de laVierge il est aidé par un ange. Le Sauveur a la droite levée pour bénir. De chaque côté se tient un ange, por-tant dans ses mains une couronne.
Dans chaque angle du tympan on voit un arbre ; sur celui de gauche, il y a deux oiseaux placés sur desbranches, l’un au-dessous et l’autre au-dessus, et qui semblent se regarder. Ces deux oiseaux et ces arbres neseraient-ils pas autre chose qu’un simple ornement placé en cet endroit pour terminer uniquement la compo-sition? Ils rappellent ces arbres représentés dans les fresques des sanctuaires des anciennes basiliques, tou-jours terminées par des palmiers, sur lesquels l’on voit quelquefois un phénix, symbole de la résurrection,d’une vie future et éternelle, qui se rapporte aussi à la seène du couronnement de la Vierge.
L’église Notre-Dame de Trêves , qui réunit dans son plan le carré et le cercle, diffère dans cette forme detoutes les autres églises de la même époque. Notre église n’était point destinée à servir de paroisse dans l’o-rigine ; elle ne devait rassembler qu’une communauté d’ecclésiastiques vouée au culte particulier de la Vierge.L’architecte pouvait donc se permettre de concevoir un plan et une disposition conformes au but du monu-ment, qui n’était point de contenir une foule plus ou moins nombreuse de fidèles laïques. Il était donc inutilede concevoir les trois nefs avec les bras de la croisée, un chœur spacieux pour le clergé entouré d'un colla-téral, etc., etc. L’église Notre-Dame de Trêves devait, selon sa destination, ne représenter qu’un spacieuxsanctuaire pour contenir l’autel, et l’étendue nécessaire aux prêtres pour y pratiquer le culte.
Au-dessus de l’intersection de la croix, qui était le point central de son monument et le lieu où devait êtreplacé l’autel, il éleva une coupole qui indique déjà d’elle-même sa haute et religieuse destination, et qui est enoutre encore justifiée par les anges portant des couronnes, placés sur la clef des quatre arcs-doubleaux qui lasoutiennent. Il fallait de plus un lieu où les prêtres pouvaient chanter et psalmodier, et l’architecte prolongeale bras oriental de la croix, qui devint par là plus long que le bras occidental, tel qu’il est dans toutes lesantres églises paroissiales, conventuelles et cathédrales.
— BIBLIOGRAPHIE. —
1” Die Liebfrauen Kirche zu Trier. Aufgenommen, mit Bemerkun-gen begleilet und herausgegeben von Ch. Wilh . Schmidt. Ar-chitect. Nebst historischen Erlauterungen von J. H. Wytten-bach. Trier, 1836, in-4°, avec 9 pl. in-fol.
2 ° Handbuch der Kunsfgeschichte von T)' Franz Kugler. Stuttgart ,1842, 1 vol. 111 - 8 °.