manière aussi absolue aux plantes grasses de l’Orient et du midi de l’Europe . Sa composition est plus légèreet aussi plus fournie , et son caractère se rapproche déjà sensiblement de la végétation de nos forêts septentrio-nales. Les lignes courbes et sinueuses sont presque abandonnées, les lignes droites les remplacent, et Y angu-leux n’a pris que timidement encore la place de Yarrondi.
L’archivolte est composée de sept gorges, séparées par un listel : elles sont encore peu profondes, commecelles de l’époque purement romane. La première gorge extérieure est ornée d’une sorte de rinceau formé detouffes de feuillages ; la seconde contient à la gauche du spectateur les Vierges folles, leurs lampes baissées etrenversées; à gauche les Vierges sages tenant leurs lampes allumées. Les vierges folles ont la chevelure flot-tante, les vierges sages sont coiffées d’une sorte de chaperon ou capuchon.
La troisième gorge de l’archivolte nous montre huit rois d’Israël jouant des instruments divers : les uns sontjeunes, les autres âgés. Dans la quatrième gorge , nous voyons les Pères de l’Église tenant chacun un livre. Ussont au nombre de huit. Dans la cinquième l’artiste a placé huit évêques, la mitre en tète et la crosse à la main.
La sixième gorge nous offre huit anges tenant des couronnes et des encensoirs. La septième et dernièregorge, enfin, est ornée de feuillages.
Les quarante-deux figures de l’archivolte se lient d’elles-mêraes aux sujets contenus dans le tympan circu-laire du dessus de la porte. Au centre est la vierge Marie , assise sur un trône. Elle est couronnée et nimbée :elle tient l’enfant Jésus sur ses genoux et a les pieds posés sur le dragon apocalyptique (*). A sa droite sontles trois rois mages apportant les présents au nouveau-né. Le premier, en s’agenouillant pour mettre aux piedsdu Christ son offrande, tient sa couronne de la main gauche. Au-dessus des trois princes orientaux, l’on voitl’étoile qui les a guidés. A la suite des rois, et comme second sujet à la droite de la Vierge, l’artiste a placéles bergers avec une partie de leur troupeau. L’ange qui leur annonce la venue de l’oint du Seigneur n’estpoint non plus oublié.
A la gauche de la Vierge, nous voyons deux autres sujets : d’abord le grand-prêtre saint Siméon qui reçoitdans ses bras l’enfant Jésus que lui présente la Vierge. Ensuite vient saint Joseph, tenant dans un petit pa-nier deux tourterelles que la loi de Moïse (**) ordonnait d’offrir après les relevailles de couches de chaquefemme. Dans ce sujet, saint Siméon et la Vierge sont nimbés. Le second sujet représente le massacre des In-nocents. Une femme tient un enfant que veut lui enlever un soldat, brandissant son épée meurtrière; derrièrele premier guerrier l’on en aperçoit un second qui tire son glaive du fourreau.
L’embrasure de la porte de notre portail est divisée en trois parties perpendiculaires, par deux minces co-lonnettes ; chaque partie a dû être ornée anciennement d’une statue. Aujourd’hui, il n’en reste plus que trois,et encore sont-elles passablement mutilées. La seule et unique que l’on remarque encore à la gauche du spec-tateur, nous montre une jeune femme, vêtue d’un ample manteau, insigne du pouvoir, d’un caractère aussimajestueux dans les traits de sa figure que dans sa pose générale : ses mains et une partie des avant-bras sontmutilés. Elle avait sans doute le bras droit levé, car l’on aperçoit encore sur sa poitrine une partie de la pierrequi servait à maintenir ce bras. Nous pensons qu’elle tenait un étendard ou un sceptre, et de la main gaucheun calice. La tête est coiffée d’une élégante couronne. Nous croyons que cette statue représentait la religionchrétienne victorieuse; car à droite, de l’autre côté, nous voyons une statue représentant une femme lesyeux bandés, la couronne tombant de sa tête, tenant dans sa main droite les Tables de la loi renversées. Lamain gauche est mutilée. Elle tenait sans doute un sceptre brisé. Dans sa droite, elle tient les Tables de la loirenversées, et cette figure n’est point ornée du manteau que porte celle qui lui correspond de 1 autre côté. Lastatue que nous venons de décrire représente la religion juive , la synagogue. Les artistes du moyen âge ontsouvent personnifié ainsi le culte israélite, témoin les statues semblables du porche méridional de la cathé-drale de Strasbourg , celles du porche de Fribourg, etc., etc.
A droite du spectateur, à côté de la religion juive , nous voyons une troisième statue d homme sans attribut;il nous semble pour cette raison assez difficile de dire qui elle peut représenter, sans tomber dans 1 arbitraire.Mais qu’il nous soit cependant permis d émettre une simple hypothèse. Cette statue représente un jeune homme,qui pourrait être saint Jean l’Évangéliste. Dans les trois autres niches se seraient trouvés alors saint Luc,saint Marc et saint Matthieu. En adoptant cette opinion, on complète la signification symbolique de toutesles figures de ce beau portail.