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Deuxième partie.
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CATHÉDRALE DE COLOGNE

C’était au milieu du X e siècle et dans la ville de Cologne ; depuis plusieurs heures un homme était assis sur lebord du fleuve qui coule majestueusement au pied de ces remparts que soixante ans plus tôt avait érigés Philippede Heinsberg, et depuis plusieurs heures son front pensif ne s’était pas relevé. Cet homme, c’était le premiermaître d œuvre du temps; trois siècles plus tard on l’eût appelé le prince des architectes. L’archevêque de Cologne lui avait dit: Maître, il faut élever ici une cathédrale qui l’emporte en grandeur et en magnificence sur tousles monuments du monde. L’artiste avait répondu : Je le ferai ; et maintenant il pensait aux moyens de tenirune promesse dont il était effrayé lui-même ; maintenant, il cherchait le plan merveilleux qui devait illustrersa patrie et immortaliser son nom ; mais rien ne se présentait à son esprit qui lui parût réaliser ce prodige,qu'il concevait et ne pouvait enfanter.

Un vieillard inconnu était venu s’asseoir près de lui, et, le regardant d’un air moqueur, semblait jouir de sapeine, applaudir à son désespoir ; de temps en temps, il faisait entendre une petite toux sèche, et quand il étaitparvenu à attirer l’attention de l’artiste, d’une baguette qu’il tenait à la main, il traçait rapidement sur le sa-ble des lignes qui s’effacaient aussitôt. Ces lignes, c’était ce plan qui toujours lui échappait, et dont mêmealors il ne pouvait saisir la fugitive image. Tu voudrais bien avoir ce plan? lui dit l’inconnu. _ Je le payeraisde tout ce que je possède. — Je n’exige pas tant. Le monument que tu élèveras sera l’envie et le désespoiréternels de tous tes successeurs, l’admiration des siècles à venir, et ton nom, brillant entre tous, passera à lapostérité la plus reculée. Ta vie sera longue; tu la passeras dans la gloire, les richesses, les plaisirs... Pour toutcela, je ne demande que ton âme, quand le terme de ta vie sera arrivé. Vade retr'o Satanas ! s’écria l’artisteépouvanté. Mieux vaut le néant de l’oubli que la damnation éternelle. — Patience, dit Satan, réfléchis, nous nousreverrons, et il disparut. Le maître d’œuvre rentra dans son humble demeure, plus sombre, plus rêveur encorequ’il n’en était sorti ; il ne put fermer l’œil de la nuit. La gloire, les richesses, les plaisirs pour de longues an-nées, et tout cela pour un mot! En vain s’efforçait-il de secouer cette tentation fatale ; à chaque instant, à cha-que pas il rencontrait le tentateur qui lui montrait le plan insaisissable ; il succomba.

Demain à minuit, dit Satan, trouve-toi à cette place, je t’apporterai le plan et le pacte que tu devras signer.L’artiste remonta dans la ville, partagé entre les remords et les rêves d’orgueil et d’ambition. Les remordsl'emportèrent, et, avant l’heure du rendez-vous, il avait tout confié à son confesseur. Ce serait, pensa celui-ci, un coup de maître de tromper Satan lui-même, et de lui arracher le fameux plan, sans le payer au prixd’une âme, et il traça à l’artiste la conduite qu’il devait tenir. A l’heure convenue, les deux parties étaient euprésence. Voici, dit Satan, voici le plan et le pacte; prends et signe. Prompt comme l’éclair, le maître d’œuvresaisit le plan d’une main, et de l’autre il brandit un morceau de la vraie croix que lui avait confié le rusé con-fesseur. Je suis vaincu, s’écria Satan, mais tu tireras peu de profit de ta trahison. Ton nom restera inconnu, etton œuvre à jamais inachevée.

Telle est la légende de la cathédrale de Cologne ; si nous l’avons reproduite ici, c’est quelle nous a paru don-ner la mesure de l’admiration du moyen âge pour ce plan quelle ne pouvait croire l’ouvrage du génie humain ;c’est que depuis six siècles la sinistre prédiction de Satan ne paraissait que trop devoir s accomplir en touspoints; nous verrons bientôt ce qu’il nous est permis d’espérer aujourd hui.

A l’extrémité N.-E. delà place élevée qu’occupait l’ancienne colonia Agrippina, aux lieux où de nos jours lechœur de la cathédrale dresse ses magnifiques pinacles, existait dans les temps les plus reculés un Castellumromain. Plus lard, celui-ci fut remplacé par un palais des rois francs, dont Charlemagne fit don à son chan-celier et confesseur Hildebold .

Voici ce que la chronique de Cologne rapporte à ce sujet : Les chanoines et les bourgeois de Cologne ne pou-vaient s’accorder sur lechoix d’un nouvel évêque; Charlemagne, pour vider ce différend, partit d'Aix-la-Chapelle .Comme il se livrait en route à l’exercice de la chasse, non loin de la ville de Cologne , la clochette d’un villagel’invita à la prière. Il entra, entendit la messe, et offrit un florin sur 1 autel. Le prêtre rendit le florin au chas-seur inconnu, et le pria de lui envoyer plutôt quelques peaux de chevreuil pour recouvrir ses livres d église. Laconduite de ce prêtre plut à l’empereur, et pour mettre d accord les chanoines et les bourgeois, il conféra ladignité d’évêque à ce simple pasteur, qui se montra toujours digne de sa confiance et de son amitié. Cet évê-que, c’était Hildebold , qui résolut en 81G et 817 de bâtir une nouvelle église tout près de son palais, là où selève maintenant la cathédrale. Charlemagne ayant doté richement l’église de Cologne ainsi que son chef, et leurayant fait des legs considérables par son testament, on ne manquait pas de moyens de réaliser ce projet.Hildebold cependant n'en vit pas l’accomplissement; il mourut en 819, et fut inhumé dans l’église de

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