— STYLE ORIGINAL DE L’OCCIDENT. —
Saint-Géréon, où l’on peut encore lire l’inscription gravée sur son tombeau. Ce ne fut que sous son troisièmesuccesseur que la nouvelle église, le Munster de Saint-Pierre, fut finie et consacrée, le 27 septembre 873. Lorsde la dévastation de Cologne par les Normands dans ce même siècle, la cathédrale paraît avoir été épargnée.Considéré sous le rapport artistique, ce monument aura sans doute été d’une assez haute valeur, car on sait queplusieurs églises de l’Allemagne septentrionale furent construites sur son modèle; cependant les tours n’enétaient que de bois.
La cathédrale de Cologne était un des sièges les plus anciens du christianisme en Allemagne : elle comptaitdans son ressort la capitale de l’empire de Charlemagne, la ville du couronnement des empereurs. Dans leXII e siècle, Frédéric Barberousse l’enrichit d’un de ces trésors sacrés qui dans les temps de foi remuaient lespopulations entières, et faisaient naître les gigantesques entreprises qui semblent si incroyables à notre époquepositive et sceptique. Tous les regards étaient alors tournés vers la Terre sainte, et les pèlerins de l’Allemagne et même des contrées éloignées, avant d’entreprendre ce périlleux voyage, venaient par milliers aux tombeauxdes Mages, prier Dieu de leur accorder une étoile qui les conduisît comme eux, non plus au berceau, mais ausépulcre du Sauveur. La cathédrale de Cologne vit encore augmenter sa célébrité et sa richesse par l’usagequ’avaient, les empereurs de la visiter avant et après leur couronnement. Ainsi, dès le moment où elle fut enpossession de ces saintes reliques, tout se réunit pour augmenter sa splendeur; les princes, les empereurs, lespersonnes pieuses de toutes les classes, s’empressèrent à l’envi de la combler de trésors. Alors dut naître na-turellement l’idée d’ériger, à la place de l’ancienne cathédrale de Saint-Pierre, un monument plus magnifique,plus vaste, et qui répondit mieux à l’importance de sa destination. L’archevêque Angebert, comte d’Altena etde Berg, auquel Frédéric II conféra en 1220 la dignité de vicaire de l’empire, en conçut le premier projet;mais, à peine âgé de quarante ans, il tomba sous les coups d’un assassin, son cousin, le comte de Ysembourg,en l’année 1225 de notre ère, et l’entreprise fut ajournée. Enfin, en 1248, un incendie ayant dévoré la cathé-drale, sa reconstruction immédiate devint indispensable.
Le siège archiépiscopal de Cologne était alors occupé par Conrad de Hochsteden , homme d’un esprit hardi,élevé, entreprenant, et jouissant d’une influence jusqu’alors sans exemple en Allemagne . Il joua un grand rôledans les dissensions qui suivirent la déposition de l’empereur Frédéric II par le pape Innocent IY ; il contribuasuccessivement à l’élection des trois anti-empereurs Henri, Guillaume et Bichard, et ce fut pendant qu’il aidaitde tout son pouvoir Guillaume assiégeant Aix-la-Chapelle , qui refusait de le recevoir, qu’il posa solennelle-ment la première pierre de la nouvelle cathédrale, le 14 août de la même année qui avait vu la destruction del’ancienne. Après la cérémonie, à laquelle assistèrent l’empereur Guillaume, Henri, duc de Brabant, Gauthier,duc de Limbourg, Othon, comte de Gueldres, Adolphe, comte de Berg, Thierry, comte de Clèves, Jean d’Avesnes,comte de Hainaut, le cardinal Pierre Cappuccio, légat du pape, l’évêque de Liège , et une foule d’autres prin-ces, barons et prélats, Conrad publia une bulle du pape qui accordait une indulgence d’un an et quarante joursà tous ceux qui concourraient d’une manière quelconque à l’érection et à l’ornement de la nouvelle cathédrale.
Aussitôt les présents affluèrent de toutes parts, et tous les princes de la chrétienté envoyèrent à l’envi leuroffrande. Conrad lui-même, la ville de Cologne , alors riche et puissante, concoururent de tout leur pouvoir à lasainte entreprise : aussi, pendant les premières années, les travaux furent-ils poussés avec ardeur. Malheureu-sement des dissensions graves s’élevèrent entre l’archevêque et les habitants de la ville, et eurent bientôt unefâcheuse influence sur la continuation des travaux. Conrad de Hochsteden mourut en 1261, et sous Angebertde Falkembourg, héritier de son rang et de son ambition, la lutte continuant entre la ville et l’archevêque, quise retira à Bonn , fut également fatale à la construction de la cathédrale. Angebert mourut en 1275 ; dans lesvingt-trois années qui suivirent, et pendant lesquelles Sigefroi de Westerbourg occupa le siège de Cologne , onn’eut que des moments d'une paix passagère, et même en 1288, la guerre se ranima plus ardente que jamais ausujet de la succession du comté de Limbourg. L’archevêque se trouva encore en cette occasion prendre parti con-tre la ville, et son protégé ayant eu le dessous, il se vengea de cet échec en lançant contre Cologne un ana-llième qui ne fut levé qu’après sa mort en 1298. Ces querelles intestines eurent la plus fâcheuse influence surles travaux de la cathédrale, et les trésors amassés pour leur achèvement se trouvèrent dissipés dans des guerresaussi acharnées qu’infructueuses.
L’avénement au siège archiépiscopal de Wichbold de Holte, successeur de Sigefroi, fut le commencementd une nouvelle ère ; les dons affluèrent de nouveau ; une association particulière, qui se forma sous le nom deConfrérie de Saint-Pierre , s’engagea à fournir des subsides annuels, et les travaux furent poussés avec unetelle ardeur, que, sous l’archevêque Henri de Virnenbourg, soixante-quatorze ans après la pose de la première