STYLE OGIVAL DE L’OCCIDENT. —
Horn de Dünkelspül, deux artistes d’un talent supérieur, à en juger par le mérite de leurs œuvres. C’est sur-tout par les travaux qu’ils ont faits aux portails latéraux qu’on peut apprécier la richesse de leur imaginationet l’habileté de leur main. Rodolphe ne vécut pas longtemps ; mais son successeur Albert III et l’empereurAlbert II mirent une grande activité dans l’achèvement de l’église de Saint-Étienne . Leur sollicitude se diri-gea surtout vers la grosse tour méridionale, à la construction de laquelle se voua avec ardeur et zèle jusqu’en1429, maître Pierre Brachavvitz, qui avait succédé à Wenzla, mort en 1404, ainsique nous l’avons dit plus haut.Il fut réservé à son habile compagnon et successeur, Jean Buchsbaum, de terminer, comme maître de l’œuvrede Saint-Étienne , la belle flèche, ce qui eut lieu le quatrième jour après la Saint-Michel de l’année 1433, commele disent les chroniques. Commencée en 1359, il s’était donc écoulé soixante-quatorze années pendant laconstruction de cette magnifique partie du monument. Jean Buchsbaum continua aussi la partie non achevéede l’église, commencée par le duc Rodolphe ; mais elle ne fut terminée que sous Mathias, roi de Hongrie , lors-qu’il devint maître de la ville de Vienne.
L’histoire de la construction de la tour de Saint-Étienne et de celle de plusieurs autres monuments du mêmegenre nous fait voir quel temps infini l’on mettait à l’édification de ces gigantesques aiguilles qui semblentbâties d’un seul jet et qui nous saisissent toujours d’un si grand étonnement. La tour de la cathédrale deStrasbourg, commencée en 1277, ne fut achevée qu’en 1439; on mit donc cent soixante-douze ans à l’élever.L’on mit un siècle à celle de Fribourg en Brisgau, et quatre-vingt-six ans à celle de l’église de Thann en Alsace ,commencée en 1430 et terminée en 1516. La belle tour de l’église Saint-Martin de Landshut , commencée vers1432, pense-t-on, fut achevée en 1478 ; elle a donc été quarante-six ans en construction. La tour non achevéedu dôme de Francfort-sur-le-Mein fut commencée en J 415 et seulement portée à sa hauteur actuelle en 1512.
Le 13 août 1450, Jean Buchsbaum continua aussi la construction de la tour occidentale et non achevée.Buchsbaum mourut en l’année 1454, et il institua la cathédrale pour son légataire universel. Les architectesqui lui succédèrent furent Léonard Steinhauer (le tailleur de pierres), Laurent Pfenning de Dresde , et, vers1480, Seifried Kœnig de Constance. A cette époque, Vienne fut érigée en siège épiscopal. Au commencementdu XVI e siècle, George Khlaig d’Erfurt et AntoinePilgram de Brünn continuèrent la construction delà tour,qui n’avança que très-lentement, parce que les fonds vinrent à manquer, et qu’on n’eut pour toutes ressourcesque les legs pieux et les faibles sommes que donnait le souverain, et qu’en outre le salaire de la journée devinttrès-élevé, de façon qu’on ne put employer que dix à douze ouvriers journellement. Enfin, en 1516, lorsqueGrégoire Hauser était architecte de l’œuvre de Saint-Étienne , on fut obligé de suspendre entièrement la cons-truction de cette tour. En 1579, Jean Saphoy éleva la partie centrale qui porte actuellement le toit.
L’église de Saint-Étienne forme une croix latine. Elle est bâtie entièrement en pierres de taille d’un appareildu plus grand soin, et liées entre elles par des crampons de fer. Sa longueur totale hors d’œuvre, depuis lemur extérieur du porche occidental jusqu’à celui qui forme la clôture orientale du chœur, est de 105”,26. Laplus grande largeur de l’extérieur d’un transsept à l’autre est de 70 m ,17. Les murs extérieurs ont 25 m ,00d’élévation. De légers et élégants contre-forts s’élèvent avec hardiesse contre ces murailles, entre lesquels sontpratiquées trente et une belles fenêtres, ornées la plupart de magnifiques vitraux et qui s’étendent jusqu’à lahauteur des voûtes supérieures. Au-dessus de ces fenêtres s’élèvent les deux toits gigantesques,” pour la cons-truction desquels l’on employa plus de deux mille neuf cents arbres, nous rapporte l’histoire. Le toit de la nefqui date du règne du duc Rodolphe IV , commence au-dessus du porche occidental et s’étend jusqu’aux deuxgrosses tours: il a une hauteur de 33 m ,34. Le toit du chœur, élevé sous le règne de l’empereur Frédéric III , a2 l m , 17 de hauteur. A la naissance de ces deux toits, il existe de larges chéneaux terminés par une riche balus-trade découpée et ornée de clochetons et de sculptures. La couverture consiste en tuiles vernissées de couleurblanche, rouge et verte.
La cathédrale a cinq entrées, abritées chacune par des vestibules ou porches. La façade principale est tour-née vers le couchant, selon l’usage consacré. Elle a 44",60 de longueur. Sa hauteur jusqu’au-dessus de la ba-lustrade centrale est de 31 mètres. Cette façade présente un mélange de plusieurs styles peu harmonieux; ellen’est remarquable que par son âge. Les deux tours, dites « des pdiens, » et la partie contenue entre elles, sontencore les restes vénérables de l’ancienne église bâtie en 1144 par le margrave Henri II ; mais la grande fe-nêtre à ogive au-dessus de l’entrée appelée porte du Géant, ainsi que les statues de saint Étienne, de saintLaurent et de l’archange saint Michel, et la balustrade de couronnement, sont bien postérieures et datent duXIV* siècle.
La partie la plus remarquable de l’ancienne construction du XII' siècle est sans contredit la grande porte