ÉGLISE DE SAINT-LAURENT, A NURENBERG .
Le XIII e siècle est sans contredit la plus belle époque de l’architecture du moyen âge. Les monuments desrègnes de Frédéric II, de Rodolphe I er d’Allemagne, de Louis VIII et de saint Louis de France n’ont plus,à la vérité, cette mâle puissance, ce caractère éminemment sacerdotal et hiératique des XI e et XII e siècles ;mais aussi ils sont plus originaux, plus complets, et surtout plus élégants d’ensemble, plus riches et plusharmonieux de détails. La transition du plein cintre à l’ogive, qui commence au milieu du XII e siècle et quiarrive jusqu’aux premières années du XIII e , semble en quelque sorte former l’enfance de ce style du règne deLouis IX, et que nous appellerons architecture nationale de France ; car elle s’est entièrement dépouillée destraditions antiques, elle a créé de nouvelles formes et de nouveaux types inconnus auparavant, et qui sontnés au sein de notre civilisation nationale. Ce style du XIII e siècle, si simple en apparence au premier abord,a su revêtir des formes infinies, dont l’ogive est la source, et que trois siècles d’existence n’ont pu tarir niépuiser. Malgré cette similitude des monuments du XIII e siècle entre eux, lorsque l’architecte les étudie avecsoin, lorsqu’il analyse leurs ensembles et leurs détails, il reconnaît immédiatement qu’ils offrent la plusgrande diversité, semblables en cela aux arbres qui portent le même genre de fruits et de feuilles, mais dansle nombre desquels on ne peut en trouver deux semblables. Les plans des édifices religieux de cette grandeépoque forment presque tous la croix ; les portails sont ornés de sculptures et de statues, flanqués d’une ou deplusieurs tours ; les côtés latéraux ont des contre-forts et des arcs-boutants ; toutefois les parties principales,comme les accessoires, présentent une variété infinie qui fait un des charmes de cette puissante et savante archi-tecture. Mais il n’est pas donné à tout le monde de comprendre complètement le style à ogive; il n’est pasdonné à tout le monde d’en pénétrer la science profonde, d’en saisir les innombrables mérites, d’en apercevoirle sens poétique. Sa beauté et son expression peuvent et doivent frapper la foule, le plus grand nombre desmortels ; mais il faut avoir étudié longtemps plusieurs monuments du XIII e siècle, il faut en avoir relevétoutes les parties, cubes, surfaces , étendue, moulures, ornements, etc., pour concevoir ce qu’ils renfermentde savoir, de goût et de grandeur. A chaque monument l’esprit est obligé d’entreprendre un nouveau travailet de nouvelles études ; et lorsque l’architecte a six, douze ou vingt monuments en portefeuille avec tous leursaccessoires et leurs détails , il est encore loin, bien loin , d’avoir seulement les éléments de ce grand style,qui se développent à l’infini, comme nous l’avons dit, et qui se font jour à travers mille et mille apparencesnouvelles et encore inconnues. Dans ce style, il n’y a pas, comme dans les ordres grecs, que la colonne,l’entablement et le fronton ; il contient le développement de toutes les figures de la géométrie appliquéesaux surfaces, aux cubes et à l’ornementation. Il ne contient aucun caprice ; tout y est positif, formé d’aprèsdes lois sévères et absolues, qu’on s’est bien gardé d’oublier ou d’enfreindre. Voilà pourquoi l'architec-ture du XIII e siècle est si correcte, si majestueuse ; voilà pourquoi aussi elle est si régulière et cependant sivariée. Car cette régularité qui n’ennuie pas, et cette variété qui charme à un si haut point, découlent d'unprincipe, et d’un grand principe d’ordre, qui règne dans la nature entière et dans l’intelligence saine del’homme; et une organisation complète peut saisir aussi complètement le sens et l’expression des monumentsdont nous parlons. Aux esprits incomplets et médiocres appartient de ne pas être pénétrés des sublimes qua-lités de monuments comme Notre-Dame de Reims et Saint-Pierre de Beauvais .
Nous avons cru nécessaire de faire précéder ces courtes observations , à la description et à l’histoire dumonument dont nous allons nous occuper. Elles aideront nos lecteurs à s’initier aux beautés architecturalesque nous allons leur exposer, et concourront à détruire la fausseté de quelques dates assignées à certainesparties de l’édifice si remarquable dont l’histoire et la description vont suivre.
Parmi les villes d’Europe , il en est surtout deux qui conservent à un haut degré 1 aspect qu’elles avaientil y a quatre à cinq siècles. Ces deux villes sont Lubeck, à peu de distance des bords de la mer Baltique , etNurenberg en Bavière, une des villes les plus curieuses du midi de l’Allemagne pour 1 architecte et l’anti-quaire. Parmi les nombreux et curieux monuments de cette antique et célèbre ville impériale, se distinguesurtout la belle église paroissiale de Saint-Laurent (*), commencée en 1274 par Rodolphe, comte de Nassau .Elle forme un rectangle allongé, terminé à l’orient par un chœur polygonal à sept faces, formées par la moitiédu polygone régulier de quatorze côtés. La forme en croix latine de cet édifice n est point visible à 1 intérieurpar l’ordonnance de son plan. A l’extérieur, elle est faiblement accusée par la partie supérieure de la nef etla saillie des transsepts qui est peu considérable. L’extrémité septentrionale du transsept, nommée porte etporche de la Fiancée, date de 1520. L’extrémité méridionale, formée par la sacristie, est de la même
") Saint Laurent était archidiacre du pape Sixte II , 250 après J. C.