— STYLE OGIVAL DE L’OCCIDENT. —
époque, car leur architecture est identique. Cette église a cela de remarquable que tous ses contre-forts sontplacés à l’intérieur au lieu d’être à l’extérieur, comme dans presque toutes les autres églises, et ils y sont forthabilement dissimulés. Saint-Laurent a cette particularité en commun avec les églises Sainte-Catherine deOppenheim et Sainte-Catherine de Brandebourg. Par cette disposition exceptionnelle au moyen âge, les cha-pelles sont pratiquées entre les contre-forts. Si la nef a une hauteur plus considérable que les bas côtés, lechœur s’élève aussi beaucoup plus haut que la nef. La longueur totale de Saint-Laurent est de 94“69, surlaquelle le chœur a 45 m 52; sa largeur est de 31 m 86. La largeur de la nef est de 12 m 74; celle des collatérauxest de 6 m 37.
Le chœur n’est pas de la même époque que le reste du monument. Il a été commencé en 1439, et achevéen 1477, d’après les dessins de Conrad Roritzer de Ratisbonne : il a donc été bâti en trente-huit ans. Le sanc-tuaire se termine intérieurement par trois côtés, formés de la moitié d’un hexagone. La nef a sept piliers dechaque côté, qui la séparent des collatéraux.
Nous arrivons maintenant à la partie la plus remarquable de l’église de Saint-Laurent, à son beau portailoccidental, dont le centre est représenté par notre planche. Il a 34 m de largeur. La partie centrale a 13 m 70 delongueur sur 46 m 50 de hauteur jusqu’au sommet de la pyramide du clocheton central. La tour du nord a étéconstruite en 1283, et celle du midi en 1400, et terminée en 1403. La partie que représente notre planchedate, dit-on, de l’année 1280, et n’a été achevée, selon quelques auteurs, qu’en 1332. D’autres prétendentque ce beau portail fut fondé en 1274 , et terminé en 1280. La maçonnerie avec les épannelages a pu êtremontée dans l’espace de six années ; mais il a certes fallu plus de temps pour terminer entièrement la grandequantité de détails dont se compose ce beau portail. Il n’y aurait donc rien d’étonnant, prétendent quelquesauteurs allemands, que l’ornementation et la statuaire fussent de la fin du XIII e siècle ou du commencementdu XIV e . Nous allons plus loin encore, et nous pensons que la belle rose et le pignon triangulaire qui la sur-monte sont incontestablement du XIV e siècle, bien que la grande porte du dessous soit du XIII e . Il suffit dejeter un coup d’œil sur notre planche pour apercevoir la différence de style qui existe entre la porte du rez-de-chaussée et la rose et le fronton. La rose et le fronton portent tous les caractères de l’architecture durègne de Louis IV (1314 à 1347), et même de Charles IV (de 1347 à 1378) qui favorisa puissamment les artsen Allemagne . La porte est d’une grande tranquillité de composition, tandis que l’ensemble de la rose et dupignon offre une richesse de combinaison qui contraste avec la partie qu’ils couronnent. Comparez la rose deSaint-Laurent avec celles des portails de Strasbourg, de Paris et de Reims , et vous comprendrez qu’elle n’estpas du même siècle. Dans la première, on remarque une expression mathématique, une recherche de combi-naison de figures carrées avec des cercles, qui caractérise surtout l’architecture du XIV e siècle, créée par ceshommes savants et grands mathématiciens, ces membres distingués des loges maçonniques de la plus belleépoque de cette grande association. Étudiez le style des dômes de Prague et d’Erfurt , qui datent du règne deCharles IV , et vous y trouverez une analogie frappante de détails avec la partie qui nous occupe. Or, le pre-mier de ces édifices fut commencé en 1343 et achevé en 1385 ; le second, fondé en 1349 et terminé en 1353.Comparez le fronton de Saint-Laurent au portail de l’église Notre-Dame de Nurenberg , qui est du milieu duXIV e siècle, et vous trouverez plus d’une analogie entre les deux monuments. Quant au fronton, toutes lespetites arcades géminées et à ogive, au lieu d’être couronnées par un tympan aigu et isocèle formant larmier,n’ont point ce tympan. L’ogive de couronnement a un simple chanfrein suivant la courbe de l’ogive, et ornéde feuilles ou touffes. Or, ce détail ne se trouve jamais au X1IP siècle, pas plus en Allemagne qu’en France ; ilappartient au XIV', et à sa fin même. Enfin ces sept clochetons si fluets et si maigres, qui subdivisent perpen-diculairement en huit parties le fronton, étaient plutôt d’usage au XIV e qu’au XIII e , et le pignon est en généraltrop riche, trop détaillé, trop ciselé , pour avoir la date que l’on donne à la porte d’entrée. Il se soude deplus trop mal au-dessous, à la partie qui contient la rose, pour que ces deux portions soient sorties de l’ima-gination du même artiste. Nous pensons donc, par les raisons que nous venons d’exposer, que ce portail n’apas été conçu d’uu jet, et qu’il date de trois époques différentes. 11 y a plus de rapport entre l’architecturedu fronton de Saint-Laurent avec celle du chœur, qu’avec celle de la nef et de la porte occidentale. Au chœur,qui est du commencement du XV e siècle, les fenêtres ne sont point couronnées du larmier isocèle et aigu quimanque également aux petites arcades géminées du tympan. Cette circonstance rapproche sa date de celle dela partie orientale de l’église, et prouve que Saint-Laurent a été bâti à de grands intervalles. 11 ne serait doncpas étonnant que son portail soit resté pendant un siècle sans voir son couronnement commencé.
Maintenant que nous avons terminé nos remarques sur le caractère et la date de ce portail, un des plusremarquables de l’Allemagne , nous allons chercher à faire connaître les sujets de sculpture qu’il renferme. Les