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Deuxième partie.
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STALLES DE LA CATHÉDRALE D’AMIENS

Parmi les nombreuses sculptures sur bois du XVI e siècle , les stalles delà cathédrale d’Amiens sont peut-être les plus curieuses, par l'admirable finesse des détails et par la parfaite conservation des sujets. Au com-mencement du XVI siecle on voyait, dans lechceur de la basilique, de modestes stalles peu en rapport avecla magnificence de l’édifice et qui cachaient à peine les murs de clôture du chœur, recouverts d’une très-laidepeinture monochrome. L’exemple de plusieurs églises voisines, de celle de Rouen surtout, qui venait de fairesculpter des chaires magnifiques, décida le chapitre d’Amiens à remplacer les anciennes stalles par des boise-ries qui devaient l’emporter sur toutes celles des églises rivales. Amiens , si célèbre au moyen âge par ses hu-chiers et tailleurs d 'imaiges, trouva dans son sein un habile menuisier, du nom d’Arnoul Boulin, auquel onconfia cette importante entreprise. Un traité fut passé avec l’artiste- pour la construction de cent vingt stallesrichement décorées, le principal entrepreneur devait gagner sept sols tournois par jour, y compris son gar-çon-apprenti, et pour la conduite entière de l’ouvrage douze écus par an. « Quant aux sculptures et hysloires dessellettes, dit un manuscrit de la bibliothèque d’Amiens , le marché en fut fait à part avec Antoine Avernier,tailleur d ’imaiges, demeurant à Amiens , moyennant trente-deux sols la pièce. »

Rien ne fut négligé pour la réussite de ce grand travail ; les plus beaux bois de chêne et de châtaignier fu-rent tirés de la forêt de Neuville en Hez , près Clermont, et on fit venir de Hollande le chêne qui servit àsculpter les bas-reliefs. Pour surveiller les artistes et déterminer le choix des scènes à sculpter, le chapitredélégua quatre chanoines : Jean Dumas, Jean Fabus, Pierre Vuaille et Jean Lenglaché; l’histoire nous aconservé leurs noms, et les conducteurs de l’œuvre des stalles méritent une bonne part dans les éloges décernésaux artistes qui les ont sculptées.

Le troisième jour du mois de juillet 1508, François de Halluin étant évêque et Adrien de Hénencourt doyen du chapitre, les travaux commencèrent dans la grande salle de l’évêché. Un ouvrier bien inspiré gravacette date de 1508 entre la quatre-vingt-neuvième et la quatre-vingt-dixième stalle.

Un seul maître ne pouvant suffire pour un travail aussi considérable, Alexandre Huet, menuisier d’Amiens , futassocié au premier entrepreneur le 10 septembre 1509, et dut s’occuper des chaires du côté droit de l’église,Arnoul Boulin restant chargé de celles du côté gauche. Les deux artistes travaillèrent à leur œuvre avec une louableémulation, et firent ensemble des voyages à Rouen, à Beauvais et à Saint-Ricquier pour y étudier les chairesde ces églises et se pénétrer de l’esprit des tailleurs d ’imaiges du siècle précédent. Il ne nous est resté qu’unseul nom d’ouvrier de tous ceux qui durent travailler aux stalles : c’est celui de Jehan Trupin ; on le trouveinscrit sur une banderole delà quatre-vingt-sixième stalle. Plus loin, sous l’appui qui sépare la quatre-vingt-onzième de la quatre-vingt-douzième, on lit : Jean Trupin Dieu le pourvoie. Quelques historiens s’accordent àfixer au 10 février 1519 l’achèvement de ces travaux. Le manuscrit des chapitres généraux en recule le termejusqu’à la Saint-Jean 1522 ; il est fort possible que les stalles aient été achevées, en effet, le 10 février 1519,mais qu’elles n’aient été placées que plus tard.

Le travail achevé, on trouva que la dépense était de 9,488 livres 11 sols 8 deniers, somme modique pourune œuvre qui coûterait peut-être aujourd’hui 150,000 francs. Les stalles, au nombre de cent dix, occupentl’espace de deux travées et demie de chaque côté du chœur; douze d’entre elles sont placées en retour et s’ap-puient sur la face intérieure du jubé : partout elles sont disposées sur deux rangs, et huit passages conduisentde la rangée inférieure à la rangée supérieure.

L’attention du spectateur, placé au milieu du chœur, se porte naturellement sur les scènes que la banquette'relevée de ces stalles présente sur ses miséricordes. Les sujets, de 20 centimètres de hauteur sur 30 de largeur,se composent de huit et douze personnages de 16 à 18 centimètres de hauteur, accompagnés d animaux, demaisons, de palais et de différents autres accessoires. Presque toutes les autres parties de la stalle sont cou-vertes de délicates sculptures, et l’artiste n’a conservé lisses que les parties où le frottement du corps auraitexposé son travail à une prompte détérioration. A l’étage supérieur la stalle, semblable à celle du rang inférieur,est surmontée d’un haut dossier avec dais et couronnement du plus ravissant travail. L encadrement de cedossier est recouvert de fleurs, de fruits, de tiges rampantes enlacées dans des filets de lierre ou de ronces, aumilieu desquels on aperçoit des oiseaux de toute espèce et de toute grandeur. Malheureusement ce dossier aété dépouillé des fleurs de lis qui le décoraient, et qui deux fois ont disparu sous le ciseau des van-dales. Le dais qui recouvre chaque stalle est saillant de 1 mètre environ ; il est supporté par une calotte voûtéedivisée en huit tiercerons, dont les nervures, formées de baguettes prismatiques, poussent comme des rameauxdes piliers latéraux du dossier. Toutes ces branches viennent se perdre dans un cul-de-lampe composé de