CHAPELLE FUNÉRAIRE, A MONTMORILLON .
C'esl à une erreur de Montfaucon que le monument connu sous le nom d 'Octogone de Montmorillon doitla grande célébrité qu’il possède encore de nos jours. Si en effet le savant bénédictin avait su que cet édificen’était qu’une construction du moyen âge, remarquable seulement par sa disposition et son usage, il n’y eûtdonné que fort peu d’attention, et ne l’aurait point sans doute signalé; mais il crut y voir un temple dedruides, et, fier de cette prétendue découverte, qui, évidemment, eût été infiniment intéressante, si elle avaitpu être vraie, il se hâta de la faire connaître au monde savant, en faisant graver des dessins de l’Octogonepour son grand ouvrage de Y Antiquité expliquée, et en y joignant des commentaires à l’appui de son étrangeassertion.
Il serait parfaitement oiseux de réfuter ici l’opinion de Montfaucon, que personne ne pense plus à soutenir.Les études archéologiques sont beaucoup trop avancées pour permettre le doute sur l’âge de l’Octogone deMontmorillon, et l’on sait d’ailleurs aujourd’hui que les druides n’élevèrent vraisemblablement jamais d’au-tres constructions que ces agglomérations informes de blocs de pierre qu’on appelle dolmens, cromlechs, etc.Mais au commencement du XVIII e siècle, les affirmations de l’auteur des Monuments de la monarchie françaiseavaient trop de poids, pour qu’on s’imaginât d’en discuter la valeur ; elles furent donc généralement adoptéescomme des vérités incontestables ; et on les retrouve plus ou moins développées dans Y Histoire de la religiondes Gaulois de D. Martin, dans Y Histoire du Poitou de Thibaudeau, etc.
Ce qui est plus singulier, c’est qu’au commencement du XIX e siècle on ajoutait encore foi à l’extravagantesupposition de Montfaucon, comme le témoigne assez le nom de Temple des druides qu’on appliquait alorsavec le plus grand sérieux à l’Octogone. Millin, le premier, combattit cette opinion, et déclara que le templesupposé gaulois n’était autre chose qu’une église chrétienne du X' ou XI e siècle, et bientôt après AlexandreLenoir , se fondant sur la présence des ogives qu’on remarque dans le monument, lui assigna sa véritable date,le XII e siècle. Depuis lors l’opinion de Montfaucon a été abandonnée, et aujourd’hui que l’édifice a été fré-quemment étudié par des archéologues instruits, tout le monde est d’accord sur l’âge de son érection et sur sadestination chrétienne .
Ce qui avait surtout frappé Montfaucon, et ce qui a surtout exercé l’imagination de ceux qui sont venusaprès lui, du moins jusqu’à nos jours, où on n’en a plus exagéré la valeur, ce sont les statues singulières qu’onobserve à la porte de l’Octogone. Ces statues, exécutées en haut-relief, sont adossées à quatre petits piliersde l m ,13 de hauteur, qui divisent une baie rectangulaire pratiquée au-dessus de la porte (Voy. PI. III).Elles sont au nombre de treize ; mais du temps de Montfaucon et de D. Martin, huit seulement étaient visibles ;les autres étaient engagées dans une maçonnerie qui bouchait les vides existant entre les piliers, et que Dreux-Duradier a fait enlever vers le milieu du dernier siècle.
11 n’entrait pas dans le plan de notre monographie de reproduire les figures beaucoup trop célèbres deMontmorillon ; il n’entre pas davantage dans le plan de cette notice d’essayer d’en élucider la véritable signi-fication par une dissertation spéciale. Le temps d’ailleurs, nous l’avouons, nous a manqué pour les étudierconvenablement sur les lieux mêmes, celui dont nous avons pu disposer ayant dû être avant tout consacré àrelever le monument. Nous laisserons donc aux iconographes la tâche de déterminer définitivement le sensvéritable de ces statues, sur lesquelles on n’a pas encore, à notre connaissance, dit le dernier mot, et nousnous bornerons à en donner une description aussi courte que possible.
Deux figures sont sculptées sur le premier pilier, en commençant par la gauche du spectateur, 1 une sur laface extérieure, et l’autre sur la face intérieure ; la première est celle d’une femme nue, aux cheveux épars, etaux jambes de laquelle s’enroulent deux serpents quelle saisit dans ses mains, et qui lui mordent les mamelles ;la seconde ne diffère de l’autre que par cette circonstance que, au lieu de serpents, ce sont des crapauds quisont suspendus à ses seins, qu'ils paraissent teter. Le second pilier a des figures sur ses quatre faces; sur laface extérieure est la statue d’un homme barbu, dont la tête et les pieds sont nus ; il porte une tunique re-couverte d’un manteau. Les figures latérales offrent la plus grande analogie avec cette dernière; celle de gau-che porte un livre, et celle de droite un phylactère, sur lequel on peut distinguer les lettres RO. La figure dela face postérieure est celle d’un ange aux ailes déployées ; il ne porte aucun attribut particulier, mais il est àremarquer qu’il n’est point nimbé ; il faut en conclure que, de l’absence du nimbe qu’on observe aussi chezles autres figures, on ne peut tirer cette conséquence, qu’elles ne sont point en réalité des saints, ou plutôtdes prophètes, ainsi qu’elles en ont l’apparence.
Sur le troisième pilier se trouvent cinq figures : celle de la face extérieure est un jeune homme sans barbe