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Deuxième partie.
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— STYLE OGIVAL. —

peut-être saint Jean, comme on l’a dit : il porte des tablettes ; ses pieds sont chausse's. A la face postérieure estun groupe de deux femmes, s’appuyant mutuellement une main sur l’épaule. La plus âgée de ces femmes a latête couverte d’un voile, la plus jeune l’a nue; toutes deux, de même que celles qui sont accolées aux faces dupilier, offrent des costumes semblables à ceux des deux figures du quatrième pilier. Ce costume consiste en unjustaucorps très-étroit, dessinant les formes, et descendant fort bas. Les manches sont étroites chez trois desstatues, et larges chez la quatrième. Toutes ont une ceinture ou cordelière flottante à la naissance du jupon,qui forme une foule de petits plis serrés ; toutes portent également leurs cheveux tressés en longues nattesqui, chez l’une, descendent presque jusqu’à terre. Il est hors de doute que ce costume, fort riche, fort élégantet parfaitement connu, est celui des femmes de condition du XII e siècle, ainsi que celui qu’on prêtait alorsaux saintes. Il en est de nombreux exemples, dont un des plus connus est celui de la prétendue Clotilde , pro-venant de la cathédrale de Corbeil (*). Comme rien n’est mieux établi que la date de ces statues, nous necroyons pas avoir à insister pour prouver que les statues de Montmorillon sont contemporaines du monument,ce qu’on a été fort longtemps à admettre, et ce qu’a nié encore en 1840 M. de Chergé, dans une notice d’ailleursexacte sur ce monument.

Il est vraiment récréatif de lire les dissertations dans lesquelles ont louvoyé les anciens auteurs qui ontentrepris d’expliquer le sens des sculptures de Montmorillon . Il y reluit une foule d’hypothèses du pédan-tisme le plus pur, de l’excentricité la plus drôle. Dans ces modestes images, dont l’auteur ne prévoyait certespas la célébrité future, Montfaucon voit des divinités celtiques ; D. Martin y découvre un symbole de la lune,et discourt savamment sur le chiffre mystique de ces six statues, qui sont au nombre de onze; Siauve met enlumière que l’ensemble des groupes représente un mariage; il y constate la présence des époux, des témoins,du tabellion, nous allions dire de l’adjoint au maire. Millin seul fut à peu près dans le vrai, car il affirma,mais non sans quelque timidité, qu’il n’y avait là que des saints et des saintes.

11 est évident en effet que les statues de l’Octogone, de même que toutes celles qu’on retrouve dans leséglises de la même époque, sont hiératiques et symboliques. Le sens de la plupart est difficile à préciser,mais il en est trois au moins qu’un seul coup d’œil suffit pour juger : l’ange et les femmes nues ; ces dernièressont très-certainement une image du châtiment qui attend certains vices. Quels sont réellement ces vices? Ona cru longtemps que c’était la Luxure; mais un document découvert récemment par M. Godard Fautrier,croyons-nous, établit qu’il s’agit ici, non des femmes impudiques, mais bien des mauvaises mères.

Le monument de Montmorillon n’est autre chose qu’une chapelle funéraire élevée dans le cimetière d’unétablissement de charité, qualifié de Maison-Dieu, destiné aux malades et aux pauvres, et fondé vers le com-mencement du XII e siècle par Robert du Puy, à son retour de Jérusalem , où il était allé, soit comme guerrier,soit comme pèlerin. Cet hôpital, un des plus riches de l’Aquitaine, fut ravagé en 1562 par les protestants, et,après d’interminables procès, adjugé aux moines Augustins en 1613. Administré par des laïques pendant larévolution, il fut vendu à l’administration diocésaine en 1806, et fut transformé en séminaire, usage auquel ilest encore consacré aujourd'hui.

Lachapelle sépulcrale de Montmorillon présente, en plan, un octogone régulier de 5 m ,96 de côté, dontles murs ont l m ,50 d épaisseur au niveau du sol. A cet octogone est accolé, vers l’est, un avant-corps rectan-gulaire de 4 m ,93 de saillie, sur une largeur de 6 m ,40. L’édifice est divisé en deux étages (Voir la coupe). L’étageinférieur est en partie au-dessous du sol (**); il est circulaire en plan, et son diamètre est de 11 m ,48. La voûte,

(*) Cette statue apocryphe de Clotilde, et d’autres tout aussi authentiques de Clovis et de Childebert , figurant en tête detoutes les collections de costumes français , ont été acceptées avec candeur par les peintres et les sculpteurs, comme types defigures mérovingiennes; on leur a même fait les honneurs du musée de Versailles, et, ce qui est pis, de Saint-Denis ! Disons-le,c’est une chose déplorable que de trouver dans des monuments publics la consécration d’une magnifique méprise, à peine excusablelorsqu’elle a été faite pour la première fois, c’est-à-dire du temps de l’Empire. Il serait temps vraiment que les artistes et lesadministrateurs des Musées se montrassent un peu plus forts en archéologie que les costumiers de théâtre. Les statues de Corbeildatent aussi évidemment que possible du XII e et non du \T siècle; il est donc aussi absurde de donner leurs vêtements à despersonnages mérovingiens, que d’affubler un saint Louis d’une redingote; il ne l’est pas moins, d’ailleurs, de les acceptercomme des types conventionnels, sinon exacts, du moins respectables par leur antiquité, de princes et princesses de la premièrerace, car on sait pertinemment aujourd’hui que ces sortes de statues sont uniquement religieuses et non pas historiques; qu’ellesreprésentent des rois et des reines de la Bible , et non pas des rois et des reines de notre histoire. Nbus raillons avec raison legrotesque inouï du costume de ces chevaliers-frouôadonrs tels qu’on en inventait il y a une trentaine d’années; tâchons que nosœuvres ne servent pas à leur tour au divertissement de ceux qui nous suivront dans la carrière.

(**) Le sol actuel est plus élevé du côté du nord que du côté du midi ; de ce dernier côté on voit que l’édifice avait une sortde soubassement uni d’au moins 0">,85 de hauteur.