Livre VIII.Chap. X.
D’autres qu’ellessoient vestiies à lamode du temps pré-sent.
Raison pour lapremière opinion.
L’admirable beautédes Figures Anti-ques eít fort aug-mentée par lajuílcí-fe de leurs vefle-niens,
Qui n’ont pointeíté choisis pour sui-vre le caprice de lamode.
Mais pour donnerde la majelté auxFigures.
D ont elles perdentbeaucoup lorsqu e.*es
font couvertes a nosmaniérés.
te plaisir des mo-des dure si peu qu’clles deviennent ridi-cules d’une année àl’autre.
Les HabillemensAntiques laiilcn t voirla forme des corps &ce qu ils ont de beaudans leurs parties.
Raisons pour laseconde.
tes vestemensAntiques rendentnos Figures m’éco-noisables, ils ne con-viennent point à nosgestes & à nosactions qui n’ontplus de grâce fousces habits.
I es modes des An-ciens n'ont pas étéJe plus de duréeque ies noítres.
168 COURS D’ARCHITECTURE
l’on a de tout temps reproché d’avoií des emportemens d’amourpour les choses étrangères ;Et comme ils ont bonne opinion de cequi se fait parmy nous , ils ne veulent rien souffrir qui ne soit en-tièrement à la mode. Ils ont leurs raisons ôc les uns ôc les autresdont il eít bon de raporter ici les principales ôc les examiner.
Ceux qui font pour les habillemens Antiques disent qu ils trou-vent tant de beauté dans les figures des Anciens Sculpteurs , qu’ileít impossible de n'en eítre point amoureux au moment que l’oneít arrivé au poinct de la connoiítre ; lis aíscurent que cette beauténe consiste pas seulement dans le dessein correct: ôc Padmirable pro-portion de toutes les parties , dans la disposition de l’ordonnanceou la vive expreíhon des pallions , ni même dans l’attitude, nidans le tendre ou morbide , comme ils disent. Mais ils trouventqu’eìle est encore infiniment augmentée parla justesse ingénieuse des ha-billcmens, qui selon toute apparance, ne leur ont pas esté donne? parhazard ou pour suivre le caprice de la mode de leur temps : Maisqui ont été choisis par les grands Maistres a fin de donner de la bieníeance ôc même de la majesté à leurs figures.
Ce qui se voit, disent- ils 3 par la comparaison que Ton en peutfaire en les couvrant de nos vestemens ordinaires, qui font tels quebien qu’ils puissent donner quelque plaisir à la vciie par la grâcequ’ils ont de la nouveauté «Se de la mode , ( c’est à dire d’un peud accoutumance : ) Elles en deviennentneantmoins chctives Ôc mes-quines , ôc perdent beaucoup de cette majesté qu elles avoient fousles habillemens Anciens. Outre que ce plaisir que nous prenons ànos manières dure fi peu que d’une année à l’autre elles deviennentridicules ôc insupportables : Au lieu que les autres font d’une ap-probation universellement reccíie ôc qui subsiste toujours Ôc par tout.Qu’au reste les habillemens Antiques íent faits de telle formequ’ils favorisent extremement l’Art de la Sculpture , en laissant voirpour la pluspart ôc la forme des Corps, ôc ce qu’il y a de plus a beaudans ses parues.
Les autres au contraire disent que c est mascarade que d’babillernos figures à l’An tique ; ces vestemens les défigurant de telle íortequ’elles ne font plus reconnoissables. Outre qu’ils conviennent í]peu à nos gestes ôc à nos actions que nous avons acoûtumé de fai-re avec grâce, qu’elles ne paroissent point fous ces habits. Que pource qui est du changement de nos modes , l’on en peut dire autantdes anciennes , qui apparament n’ont pas toujours été les mêmes’,puisque nous voyons des figures qui n’ont ni cheveux ni barbe ÔCd’autres qui ont ôc l’un ôc 1 autre. Qssainfi ce qui plaist tant à pré-sent aux yeux de ces adorateurs de l’Antiquité, a fans doute été mépri-sé dans des temps de la même Antiquité, lorsque la première modeen étoit passée.
De mamere que fi l'on est venu à les trouver belles âpres un fi
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