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EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867
-CO-
VISITE AUX ATELIERS
Céramique contemporaine. — Faïence d’art.
La mode et les flots sont changeants. Il y a quelques années,on méprisait souverainement tout ce qui était simple faïence,comme on disait alors. Dans les coins des cours de ferme du Ni-vernais ou de la Normandie se cachaient les admirables chosesqui se dressent aujourd’hui, sur les meubles les plus riches, dansles salons les plus somptueux. La faïence est en vogue pour lemoment, espérons qu’elle y restera longtemps.
Mais son immédiate utilité ne paraît pas seulement dans l’ob-jet gracieux que l’on destine à la toilette d’une jolie femme, à latable d’un grand seigneur, elle se montre encore dans la décora-tion intérieure des appartements, et même dans l’ornementationmonumentale.
M. Jean poursuit cette idée de la grande faïence avec une per-sévérance digne de tous nos éloges. S’il réussit à merveille lesservices de table ; la pièce de surtout, que nous donnons, en estune preuve ; peut-on voir rien de plus exquis que cette sirène aumilieu de ses roseaux ; s’il atteint, disons-nous, ce premier butde l’art de terre, la joie dans le festin, il vise au delà. Nousavons vu dans ses ateliers les pièces qu’il destine à l’Exposition;elles sont vraiment superbes.
Les Italiens incrustaient dans les murs de leurs édifices desmajoliques. — François I er voulut revêtir de vastes compositionsémaillées les murs du château de Madrid. On a tenté, de nosjours, de renouveler ce goût de la couleur. Les frères Balze n’endésespèrent pas, M. Jean est convaincude la réussite complète.Les médaillons de Rembrant et de Diane, entourés de borduresdans le genre de Lucca délia Robbia, aideront, nous n’osons endouter, cette révolution dans l’architecture. Ce qui manquaitaux théâtres du Châtelet, dans le malencontreux essai qu’on y fit,c’était le relief. — Il a su le donner.
Outre le pavillon de l’Impératrice au champ de Mars, dontM. Jean fait l’ornementation extérieure, ses grandes pièces :une torchère splendide de composition et très-harmonieuse detons, une fontaine, des bustes renaissance, des vasques, etc.,ont toutes ce grand caractère qui fait l’originalité des œuvressorties de ses ateliers de la rue d’Assas.
Monsieur Jean est lui. On peut toujours prédire le succès auxchercheurs, il y en a tant dans le monde qui ne font que suivreles autres.
Ce n’est pas à dire pour cela que l’idéal soit complètementatteint, non. Dans ses figures religieuses, nous voudrions un peuplus d’archaïsme ; dans ses médaillons peints, plus de finessedans les tètes ; mais les premiers pas sont faits et c est beaucoup.
Son émail est en général d’une pureté incroyable. Il a desbleus intenses qui rappellent les Italiens, dans ce qu’ils avaientde plus coloré, et lorsqu’il veut imiter les Rouen , ses rougesjouent la faïence normande à s’y méprendre.
Heureusement qu’il ne se contente pas d’imiter, on peut à sesheures copier un Moustier, un Strasbourg, un Lille, un Rennes môme, mais le besoin de notre époque est de créer, et c’est cequi donne à M. Jean un mérite incontestable dans sa spécialité.La foule admirera sans doute son violon tout empreint du carac-
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tère antique. Nous nous contenterons de le remercier d’a-voir fait faire en France un progrès immense à l’art de terre,d’avoir su faire dire à la glaise sa pensée personnelle, d’avoircréé un genre, de s’être fait lui.
R. Pfnor.
DE L’AMEUBLEMENT
ET DE
LA DÉCORATION INTÉRIEURE DE NOS APPARTEMENTS
( Suite)
Pour la nuit, l’effet est complètement opposé; les premiersplans sont dans la demi-teinte et indécis ; un peu plus loin ilss’assombrissent, et au delà le sombre intense, les ténèbres !Yoilà deux exemples fournis par la nature : l’on y trouvera uneprécieuse indication de la marche à suivre pour la décoration denos pièces. Ainsi, voulez-vous décorer votre salon dans les tonsclairs, et augmenter à l’œil, par l’illusion, la véritable dimensionde votre pièce? Suivez le premier exemple que je viens d’indi-quer : d'abord, que votre tapis soit vif et soutenu de tons brillantsvers le centre; que les tons s’affaiblissent et deviennent plusclairs en arrivant aux extrémités, c’est-à-dire jusqu'au pied de laboiserie murale; que vos sièges (je parle de ceux qui contournentla pièce) accusent des couleurs vives sur le tissu qui recouvre lesiège ; baissez un peu de ton pour le tissu qui recouvre le dossier ;puis, arrivant à la boiserie murale, si elle est à panneaux ren-trants, vous peindrez la partie qui est la plus proche de vous, detons encore plus adoucis que ceux du dossier de vos sièges (et decouleurs différentes, si vous voulez), et enfin, les tables les plusfuyantes de la boiserie recevront les teintes les plus vaporeusesde la palette. Vous produirez ainsi un effet d’optique qui gran-dira votre pièce, et obtiendrez une harmonie générale qui satis-fera le regard. Quand, dans le cas contraire, le besoin d'en-semble ou les convenances décoratives d’une pièce vous entraî-neront vers les tons sourds ou sombres, vous prendrez, si je puism’exprimer ainsi, la perspective de nuit, c’est-à-dire vous ferezle contraire de ce que je viens d’indiquer pour la perspective dejour. Le tapis sera clair au centre, et plus vous vous éloignerezde ce centre, plus les tons deviendront sourds. La couleur dessièges sera calculée suivant le nombre des plans que vous aurezpu disposer dans la construction de votre boiserie. Le tissu quirecouvrira vos sièges sera un peu plus teinté que le centre devotre tapis, et l’étoffe de leur dossier montera d’un ou deux tonsau-dessus ; enfin,les nuances s’assombriront de plus en plus sur lesparois de la pièce à mesure qu’elles fuiront vers le dernier plan.
Mais peut-être s étonnera-t-on de m’entendre parler de plu-sieurs plans dans une boiserie murale, et peuLêtre aussi fera-t-onla remarque qu un fauteuil exécuté comme je l'indique pourraitsembler être fait d’étoffes dépareillées? Je l’accorde, si les tonsne sont pas juste à la hauteur convenable, et si la transition n’estpas calculée à l’avance ; je le nie, si le problème est étudié avecsoin et si sa solution est mathématiquement trouvée, grâce àla juste rencontre de la perspective de couleur, qui produira àcoup sûr l’illusion nécessaire à l’agrandissement de votre pièce.Pour répondre à l’objection possible de la difficulté d’obtenir plu-sieurs plans dans la partie murale, je dirai qu’il est très-ordinaired’en trouver deux ou trois dans k la boiserie, et qu’en perdantpeut-être deux ou trois centimètres, on arriverait très-facilement