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VITRAIL DE L’ÉGLISE SAINT-PIERRE DE LIMOGES
(No d’ordre 87)
Nous inaugurons l’introduction de l’élément contemporain dansnos gravures par la publication de cette œuvre remarquable deM. Oudinot. Elle mérite à bon droit cet honneur.
Au premier abord, l’encadrement renaissance des sujets empri-sonnés dans ces meneaux gothiques semble étonnant ; mais on luipardonne vite à cause du charme tout particulier de son orne-mentation pleine de grâce et de fantaisie. Jean Cousin , dans unechapelle voisine de Paris , et que l’on ne visite pas assez, celledu château de Vincennes, avec l’ampleur et le grandiose habituelaux temps où il vivait, a, du reste, noblement précédé notrepeintre dans cette innovation ; à Limoges , elle était particulière-ment motivée. Au-dessus de l’autel que devait éclairer ce vitrailse dresse un retable du plus pur style de la Renaissance. Ce n’é-taient pas les roides personnages du quatorzième siècle que Tonpouvait imposer pour voisins aux conceptions mouvementées duseizième siècle. M. Oudinot a eu le bon goût de ne pas le faire.
Les sujets qui entourent la Vierge toute mignonne du panneaucentral sont, au milieu, Adam et Ève, la faute au-dessous de la ré-paration; puis, à gauche, l’échelle de Jacob ; à droite, Moïse ; enbas, la toison de Gédéon, Aaron et sa verge fleurie.
Les anciens iconographes grecs faisaient dire, en effet, au pe-tit-fils d’Abraham , .parlant de Marie : «Moi, je vous ai vue ensonge, comme une échelle appuyée sur la terre et allant jusqu’ausommet du ciel. » A Moïse : « Moi, je vous ai nommé buisson, àVierge, Mère de Dieu ; car j’ai vu dans un buisson un mystèreétrange. » Au grand prêtre : « Cette verge m’a annoncé d’avance,ô Vierge sans tache, que, semblable à une plante, vous aviez en-fanté le Créateur, comme une fleur. » Au vainqueur des Madia-nites, enfin : « O Vierge pure, je vous ai nommé d’avance Toison,car, dans cette toison, j’ai vu le miracle de votre enfantement. »
On voit que M. Oudinot n’a fait que suivre les traditions en lesmodernisant un tant soit peu. Au sommet de l’échelle, jadis, aulieu de l’Éternel, on aurait placé la Porte du ciel, Porta cœli, et,dans le buisson, se souvenant de la fondation de Notre-Dame del’Épine, ce n’eût pas été Jéhovah qu’eût cherché le naïf verrier,mais bien la Vierge elle-même : « Rubrum quem viderai Moysesincombustum, conservatam agnovimus tuam laudabilem virginita-tem, sancta Dei genitrix. —Le buisson que Moïse vit brûler, etnon se consumer, nous prouve ta précieuse virginité, sainte Mèrede Dieu.» Mais dans un sujet si moderne que l’immaculée Concep-tion, comment résister au besoin de faire quand même un peu dunouveau. On ne se sent vraiment pas le courage de le reprocherà l’artiste du dix-neuvième siècle.
SCULPTURES DE L’ALLAMBRAH
( N® d’ordre 88 )
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Une plume autorisée, comme on le disait plus haut, doit con-duire le lecteur dans l’inextricable labyrinthe d’arabesques qu’in-venta l’imagination si variée des Orientaux pour la décorationtant intime qu’extérieure de leurs monuments divers. Lorsqu’unmaître parle, le silence nous est permis. Nous nous contenteronsdonc, en vous livrant ces dessins si pleins du caractère mauresque,espagnol , de vous en indiquer la seule provenance.
C’est dans la cour des Lions {patio de los Leones) qu’ont été prisles deux petits motifs d’ornementation de notre planche, danscette cour fameuse où le guide naïf vous montre encore sur le
marbre de la fontaine le sang des Abencérages massacrés par lefarouche Abdilli. Le plus grand vient de la salle des Ambassa-deurs {sala de los Embajadores), la perle des salles de l’Allambrah,celle où se faisaient les grandes réceptions, celle où trônaientles fastueux sultans de Grenade, celle où l’étranger lisait sur lesmurs : « Ici, tu es accueilli matin et soir par des paroles de béné-diction, de paix et de prospérité. » Mais, hélas ! l’or et l’azur nedécorent plus ces merveilles d’un autre âge. Le touriste britanni-que continue à enlever les azulejos du palais des rois maures.L’ignorance, cette araignée funeste, a tendu là depuis longtempsses toiles infectes. Les pierres qui chantaient si haut la gloire, lavaleur, la générosité des kalifes sont aujourd’hui muettes. Puis-que dans cette Espagne où l’on étouffe on semble ne plus daignerregarder ces chefs-d’œuvre, gardons-les précieusement à des ad-mirations plus savantes, elles ne leur feront certainement pasdéfaut. IL du C.
LA PEINTURE SUR VERRE
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INTRODUCTION
Parler du verre, autant parler des cailloux, n’est-ce pas ? cherslecteurs, et vous ne vous trompez pas ; car cette substance cris-talline, diaphane, où la lumière se joue avec une sorte de vo-lupté et s’éparpille en faisceaux de vives couleurs, c’est la mêmeque ce sable opaque, grossier, que vous foulez aux pieds avecindifférence. Oui, le verre, c’est la terre; c’est-à-dire de la si-lice, delà craie, de la chaux et des cendres de plantes marinesque le feu a fondues. C’est ainsi qu’on peut dire que le feu purifietout, et ne serait-ce pas cette glorieuse transformation qui a in-spiré aux poètes de dire métaphoriquement d’une vertu grande etpure qu’elle a passé au creuset de l’adversité.
La découverte du verre est certainement une des inventionsles plus fécondes en bienfaits pour l'humanité — les riches cris-taux où pétillent nos liqueurs vivifiantes, les émaux qui décorentles palais, les verres qui, en réfractant la lumière, rendent pourainsi dire la vue aux aveugles, augmentent la puissance de notreœil, nous font assister aux merveilles d’un monde invisible etforcent à descendre jusqu’à nous les globes de la voûte des cieux;les vitraux qui, en tamisant les rayons du soleil, répandent dansnos temples ces lueurs mystiques si propres au recueillementet à la méditation : tels sont les principaux produits de l’art duverre, et cependant aucun nom illustre ne se rattache à cet art.
L’origine de l’art de la vitrification se perd dans les ombres del’antiquité. Tout ce qu’on peut conjecturer, c’est qu’il a dû naîtreavec la fabrication des poteries ou la préparation des métaux ; maisil est impossible d’assigner une date certaine à sa naissance. Loy-sel {Essai sur l’art de la verrerie , in-8°, 1791) dit que les Phéni-ciens étaient célèbres dans cet art, il y a plus de trois mille ans, etqu’ils faisaient un commerce considérable de verres dont les en-trepôts étaient à Tyr et à Sidon . Il fallait même que leurs con-naissances fussent déjà avancées, ainsi que le prouve l’emploi desoxydes métalliques vitrifiâbles pour la coloration de leurs imita-tions de pierres précieuses. On a retrouvé, sur des momiesd’Égypte , dont la date authentique remonte à plus de vingt siè-cles avant l’ère chrétienne, des verroteries qui attestent égale-ment un art presque parfait, et cette contrée conserva longtemps