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amour de l’art est un levier puissant, il est vrai, mais qui a besoind'avoir un point d’appui solide, je veux dire la fortune et la con-sidération que le talent appelle autour de lui. Aussi voyons-nousYan Eyck, plus connu sous le nom de Jean de Bruges , employerson pinceau à la peinture des vitraux. C’est probablement lemérite éminent de cet artiste qui lui a fait attribuer à tort ladécouverte des émaux colorants. A ce propos, le lecteur nouspermettra de lui expliquer ce qu on entend par émaux colorants,et de lui faire distinguer ces derniers de ce qu’on pourrait appelerla teinture du verre, dont nous verrons dans ce siècle se pro-duire un usage abusif comme de toute invention récente.

Un émail se compose d’une matière vitrifiable qu’on appellefondant et d’un oxyde colorant, qui s’appliquent sur une surfacemétallique ou argileuse.

Le caractère distinctif des émaux colorants est de faire relief,d’augmenter l’épaisseur de la substance émaillée et non point desubir une sorte de diffusion à travers les molécules du verrecomme la matière tinctoriale qui imprègne l.es tissus.

Le jaune d’argent, par exemple, colore le verre, le teint et neforme point un émail comme les composés de cuivre et de cobalt.

Il existe une autre espèce de verre coloré qui a été confonduavec les émaux par plusieurs savants, et cette erreur a jeté unesorte de confusion dans l’kistoire des émaux. Je veux parler desveri’es à deux couches ou verres plaqués ou doublés. S il m’étaitpermis d’emprunter une analogie à une autre industrie, je com-parerais le placage du verre au placage de l’acajou sur un boisd’une autre essence. Dans les verres doublés, en effet, on étendune couche mince de verre coloré sur une couche de verre blanc,de telle façon que les deux couches soient adhérentes, mais dis-tinctes par une sorte de stratification. Dans les émaux colorants, l’é-mail est appliqué sur le verre blanc au moyen du pinceau comme lapeinture sur toile, et la cuisson (non point la cuisson du verrierqui fabrique le verre, mais celle du peintre sur verre qui le peint),en le vitrifiant, le fait adhérer intimement au verre sur lequel ilest apposé et où il fait saillie.

Les verres doublés, au contraire, se forment dans une seulecuisson, celle du verrier ; on cueille une masse de verre blancdans un creuset, on la souffle en une boule que l’on plonge dans unautre creuset de verre coloré en fusion ; la première boule s’en-veloppe alors d’une couche de couleur ; on continue le soufflage,et les deux couches, l’enveloppée et l’enveloppante, se dévelop-pent simultanément. La lame produite présente une surfacerouge, verte ou bleue et une autre blanche. C’est bien là encoreun émail, c’est vrai ; le verre lui-même n’étant qu’un émail. Maisc’est une feuille de verre de couleur unie intimement à une autrefeuille incolore.

Les anciens usaient cette première feuille mince au moyen dugrès, du poinçon, pour faire reparaître en certains endroits leverre blanc, et composaient ainsi des dessins variés en opéranten creux. Aujourd’hui, l’acide fluorhydrique facilite ce travailen dissolvant la couche superficielle, en traçant des sillons quiforment les contours du dessin.

Cette discussion nous permet d’expliquer comment on a aYtribué à Jean de Bruges la découverte des émaux colorants,quand ce n’est qu’à la fin du quinzième siècle ou plutôt au com-mencement du seizième que les peintres-verriers les emploientdans la fabrication des vitraux. Eug. Ocjdinot.

(La suite au prochain numéro.)

LE

PAVILLON DE S. M. L’IMPÉRATRICE

AU CHAMP-DE-MARS

Parmi toutes les merveilles et toutes les richesses que l’onrencontre de toutes parts au champ de Mars, il est un petit chef-d’œuvre ignoré de la foule, car, seuls, les artistes et les vraisconnaisseurs sont admis à le visiter : nous voulons parler du pa-villon de repos destiné à S. M. l’Impératrice dans le jardin ré-servé, exécuté par MM. Penon frères sur leurs dessins et sousleur direction spéciale. Cette œuvre remarquable réclame uneplace d’honneur dans cette publication, car elle est, sous tous lesrapports, digne de servir de modèle à tous ceux qui s’occupentde décoration.

Ce pavillon est, à l’intérieur, un petit salon octogonal percéde quatre ouvertures (une porte-croisée qui y donne accès ettrois fenêtres), qui alternent avec quatre trumeaux décorés depeintures d’un genre tout nouveau. La pièce entière, y comprisla coupole qui lui sert de plafond, est revêtue d’un lambris enbois de sycomore, orné de fines sculptures d’un goût exquis etd’une exécution merveilleuse. L’ameublement se compose dequatre chaises, de deux fauteuils, d’une chaise longue, d’un gué-ridon, et, comme accessoires, d’un petit bureau, de sa chaise,d’une harpe et d’un pupitre à musique. Ces différents meublesen bois de sycomore sont recouverts de tapisseries de soiebrodées à la main. Aux fenêtres sont des lambrequins découpés,aussi en soie brodée, derrière lesquels se drapent des rideaux desoie blanche s’enlevant en transparence sur de doubles rideauxde soie bleue.

Toute la décoration et l’ameublement sont Louis XYI. On setromperait étrangement, cependant, en pensant que ce chef-d’œuvre n’est qu’un pastiche consciencieux des admirables com-positions de cette époque. Loin de là, MM. Penon, en l’adoptant,ont voulu seulement se tracer un point de départ précis, commeune base d’opération. Désirant faire une œuvre sérieuse, ils nenous ont point donné, sous le prétexte de nous montrer de l’ar-chitecture de leur façon, un assemblage hétéroclite de motifsempruntés à tous les temps et à tous les peuples. Ils ont préféréadopter un style, sans cependant abdiquer leur liberté d’artisteet leur originalité, et ils ont réussi à créer une œuvre marquéed’un cachet tout à fait personnel. Ils ne pouvaient, du reste,mieux choisir, et nous sommes persuadé que ce n’est pas parpur caprice, ni pour obéir à la mode, qu’ils ont préféré cette épo-que à toute autre.

En effet, l’art n’est-il pas aujourd’hui dans une situation ana-logue à celle, où il se trouvait au commencement du règne deLouis XVI ? On était alors arrivé à exagérer tous les défauts dustyle créé sous Louis XIV , style qui, malgré sa lourdeur, sa pro-fusion d’ornements et son aspect théâtral, était plein de grandeuret de majesté. La fantaisie avait envahi la décoration, la modeet le mauvais goût faisaient partout la loi ; en un mot, on étaitarrivé à une véritable décadence.

Des artistes consciencieux et savants, frappés de ce triste étatde choses, entreprirent de ramener l’art à des principes plus sé-vères, et il se fit sous leur direction une réaction puissante, de