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laquelle sortit ce que nous sommes convenus d’appeler le styleLouis XVI .

On recourut aux sources pures de l’art, c’est-à-dire à l’anti-quité, dont personne alors ne contestait l’influence exclusive surles études artistiques, sans toutefois négliger les œuvres desgrands maîtres de la renaissance française et italienne. Mais cequi caractérisa, encore plus, cette révolution dansles arts, ce futle retour à l’étude de la nature. Les ornemanistes et les décora-teurs y retrempèrent leurs compositions et y introduisirentmême beaucoup d’éléments empruntés directement au règnevégétal. Il se créa en ce genre toute une école, dont les œuvressont d’une habileté ravissante. Pour nous, nous n’hésitons pas àattribuer, en grande partie, la réussite de la réforme entreprisepar les grands artistes de la fin du dix-huitième siècle à cetenthousiasme et à cette étude consciencieuse de la nature.

Voilà, nous le pensons, les raisons qui ont motivé la préférencede MM. Penon pour le style Louis XVI . Ne trouvant pas autourd’eux les éléments nécessaires d’un style nouveau et n’ayant pasla prétention ridicule d’en inventer un, ils ont préféré remonterjusqu’à cette école de la fin du dernier siècle, et renouer, pourainsi dire, la tradition rompue depuis, par le style officiel et césa-rien du premier empire, puis par les rivalités d’école qui ontamené l’anarchie au milieu de laquelle nous nous débattons tousaujourd’hui.

Revenons au pavillon de l’Impératrice. L’impression dont onne peut se défendre en y pénétrant est celle d’une harmoniecalme et tranquille, d’un charme indéfinissable, à laquelle noussommes, hélas! généralement peu habitués. Là, point de tonsviolents rehaussés d’ors. MM. Penon n’ont point cherché à pro-duire sur le visiteur un éblouissement de couleurs et de richesses,mais bien plutôt une sensation délicate, et ils ont pleinementréussi. Leur décoration est loin pourtant d’être éteinte; elle estconçue au contraire dans une gamme três-élevée, et lorsqu’onl’analyse on ne peut qu’admirer la sûreté avec laquelle cette har-monie a été obtenue.

Nous allons tâcher d’en donner une idée à nos lecteurs. Nousavons dit, en commençant, que les lambris, ainsi que les bois desmeubles, étaient en bois de sycomore. Ce bois n’est pas peint;Son ton adouci par les draperies des fenêtres rappelle complète-ment celui de l’ivoire. Il s’harmonise avec les fonds des tapis-series de soie qui sont gris-bleu très-clair et sur lesquels s’enlè-vent des bouquets de fleurs, de feuillages et d’épis brodés à lamain, et étudiés comme de vrais tableaux au point de vue de l’en-semble général. Les lambrequins qui garnissent les croisées sontaussi dans les mômes tons et exécutés de la même manière. Enfin,les panneaux de décoration viennent rappeler sur les murs cetteriche coloration des meubles. Ces panneaux méritent une des-cription toute particulière'; ils sont peints sur satin blanc et re-présentent des groupes de petits amours dans des paysages déco-ratifs. Le ciel seul n’est pas peint ; il a été obtenu par une tein-ture bleue, qui se dégrade jusqu’à l’horizon de manière à ce queles terrains et les petits personnages soient exécutés sur le fondsblanc du satin. Impossible de décrire l’effet que produit ce décor.Les ciels prennent une intensité et une transparence vraimentaérienne, qui donnent une solidité extraordinaire au paysage etaux figures. Cette idée est à elle seule un véritable trait de génie.Pour faire participer le sol à cette riche harmonie de tons, letapis brodé sur gros canevas de Java, sur un ton de fondrappelant celui des boiseries et, dégradé des extrémités au cen-

tre, présente un léger semis reliant une riche bordure de feuil-lage, à une rosace semblable, au milieu sous le guéridon.

Enfin, nous ne voulons pas omettre un dernier éloge. Cetteœuvre est pleine de tact et de convenance, et ce n’est pas à nosyeux la moindre de ses qualités. Elle répond en tout point à sadestination, et elle est digne, sous tous les rapports, de l’augustepersonne à laquelle elle est destinée. Elle contient, en effet, tousles éléments de bon goût, de distinction et d’élégance qui con-viennent à un appartement destiné à une femme, mais cepen-dant, tout dans la décoration et l’ameublement conserve uncertain sentiment grave et calme dont ne doit jamais se départirun endroit appelé à recevoir la souveraine d’un grand pays.

Terminons en félicitant MM. Penon d’avoir, en cette occa-sion, non-seulement fait œuvre d’industriels habiles, mais sur-tout de s’être montrés des artistes véritables. Nous souhaitonsbien sincèrement qu’il se forme sur leurs traces un grandnombre d’imitateurs.

A. de La Rocque,Architecte .

BULLETIN

Nous ne voulons pas laisser en oubli deux distributions de prixqui, dans ce mois d’août, mois des couronnes, sont tous les anspresque oubliées au milieu des pompeuses cérémonies qui rem-plissent d’ordinaire cette époque de l’année, je veux dire la dis-tribution des prix de l’École de dessin, rue de l’École-de-Méde-cine, et celle de l’École de dessin des jeunes personnes, rue Du-puytren. Pour n’être pas solennelles, elles n’en sont pas moinsdignes de notre attention particulière, ces institutions étant àpeu près les seules qui s’occupent spécialement chez nous d’artindustriel.

L’École des jeunes gens a eu des prix d’architecture, de sculp-ture, de dessin d’ornement, de gravures sur bois, etc., etc.

Celle des jeunes filles était en progrès sur l’année dernière :aux simples dessins d’ornements, de figures, de fleurs, etc.,l’École a ajouté des études spéciales de gravures à l’eau forte, surbois, de dessins à la plume, et même de peinture sur faïence.

Malheureusement l’exposition ne dure que quelques jours, ab-solument comme aux Beaux-Arts. Pourquoi priver ces jeunesgens du bénéfice d’une publicité, juste récompense de leur ta-lent et de leur consciencieuse persévérance.

Trois jours ne sont pas suffisants pour une ville comme Paris ;nous en réclamons près du ministre de l’instruction publique,qui semble prendre si à cœur tout ce qui a trait à l’enseignementpar les yeux.

Un peu plus d’ampleur ne nuirait pas.

On ferme trop les portes à Paris . Il est pourtant si bon de lestrouver parfois ouvertes toutes grandes.

Les prix de l’École des Beaux-Arts ont été de même distribuésvers le milieu du mois d’août.

Le sujet du concours de sculpture était la Colère d’Achille, ar-rêtée par Minerve, dans sa dispute avec Agamemnon . Pour lapeinture, Œdipe tuant son père Laïus, Pour les architectes, unPalais d’exposition des Beaux-Arts.