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Dans leur ornementation, que trouverons-nous done,non-seu-ment dans les bas-reliefs, mais encore môme dans les tapis ? Desfleurs, des fleurs et encore des fleurs, rien ne les arrête dans leuramour pour la nature en joie. Rien, pas même les difficultés dutravail, de la broderie, la superposition déterminée des carrés :ils veulent des fleurs, ils en font quand même.

Un motif particulièrement goûté de ces peuples, c’est celuiqui décorait au kiosque de la section turque, au Champ-de-Mars,les panneaux du salon de repos du sultan. Un vase, rempli defleurs, se détachant sur un fond mat. Ce vase, nous le retrouvonsici bien plus informe, il est vrai, sur la bordure du tapis de Da-mas. Il est en Perse, dans l’Inde, à Constantinople, en Afrique etmême en Espagne .

Les choses de traditions se retrouvent toujours. À Grenade , oùles Maures ne possédaient déjà plus que des souvenirs effacés, oùleur art, déjà transformé par les Byzantins , n’était gardé, pourainsi dire, qu’en manuscrit, où les peintures devenaient des n e-productions de miniatures et les reliefs des interprétations lecuirs de reliure ; à Grenade , le vase existe et le goût des fleur ?à peine entremêlées de quelques dessins géométriques, paraît àchaque pas se montrer dans toutes les salles. Nos lecteurs ont, jele pense, pu en juger tout à leur aise.

C’est que ce grand livre de la nature, le seul descendu du cielvéritablement, est toujours, nous ne cesserons jamais de le répé-ter, celui qu’il faut lire avant tout, et que dans ce livre, la pre-mière page est en ornementation, non pas celle de la reproduc-tion bestiale, ni même celle de la reproduction des traits • de-l’homme, mais bien celle de la plante, de la fleur, depuis lelotus des anciens temps jusqu’à l’acanthe de la Grèce , jusqu’aulis des âges plus modernes, jusqu’au chêne gaulois , jusqu’aulaurier civique.

Ce que l’être humain saisit, toucha, contempla dès le commen-cement, ce furent les fleurs, il n’en perdit jamais la mémoire.

GRILLES DE PORTE COCHÈRE

A STUTTGARD.

( No d’ordre 84 )

On a depuis quelque temps remplacé, dans la plupart de nosportes cochéres, les grilles supérieures des entrées, par des pan-neaux pleins ou même par des appartements éclairés par un œil-de-bœuf d’un effet plus ou moins harmonieux.

Ce n’est qu’une preuve de plus du bon goût qui distingue nosmodernes constructeurs parisiens . Là-dessus je n’en dis pas da-vantage. Autrefois, presque toutes les portes des maisons, non-seulement les portes cochéres, mais encore les petites portesd’allées étaient d’ordinaire, quand de fastueux écussons blasonnésaux armes des propriétaires, ne les embellissaient pas, ornées degrillages en fer forgé, assez semblables à ceux que nous donnonsaujourd’hui. Pour n’en citer qu’un exemple, je renverrai le lec-teur à la rue Antoine Dubois, ancienne rue de l’Observance, prèsde 1 École de médecine, où se dessine encore au-dessus d’uneimmense porte cochère une série entrelacée de fleurs de lis enfer, ornées de brindilles, comme celles de la grille de Stuttgard,d’un effet plein de légèreté et de délicatesse. Sur le boulevardSaint-Germain , près de l’ancien collège de Saint-Jean de Beau-vais, une porte d’allée est ornée de même d’un grillage très-ca-ractéristique.

Donner plus de hauteur à un passage, jeter en même temps dela lumière sous cette voûte, sans nuire à la sûreté des habitants

une fois la porte fermée, agrémenter une défense; en un mot, enfaire un objet d’art, voilà quelle avait été la pensée des ouvriersd’autrefois: que ceux d’aujourd’hui y réfléchissent, ce n’est pas àeux que le savoir fait défaut, mais qu’on les laisse faire et l’en-roulement si varié et pourtant si simple de nos grillages leur ins-pirera sans doute bien des motifs d’ornement.

CRÉDENCE

EN BOIS DE CEE VE( NOS d’ordre 73, 74, 7», 76, 77 et 78)

Le dix-septième siècle, qui fut par excellence le siècle des exa-gérations, augmentait la taille des hommes par les hauts talonsec tes perruques, l’ampleur des femmes par les paniers. Dans lesmeubles, il aima les proportions immenses; nous avons hérité deces pompes incommodes et inutiles. Le seizième siècle, à soncommencement surtout, n’avait guère dépassé la mesure j 3. gardales anciennes traditions et les revêtit simplement de son cachetplein de bon goût et de suprême distinction. Il est toujours bonde l’étudier; c’est pour cette cause que nous y revenons, que nousy reviendrons si souvent. La crédence de M. Valette mérite à cetégard un examen particulier. Nous avons déjà donné, avec l’en-semble (n° 73, 13' livraison), et depuis, des détails três-étudiés ;la planche d’aujourd’hui sera encore suivie de deux autres.

Les modernes ont oublié la crédence; on l’a remplacée dans lessalles à manger par le buffet; dans les chambres, par l’armoire.Elle n’offre pourtant aucun des inconvénients de ces deux meu-bles et présente des avantages qui doivent la faire préférer aucontraire à ceux-ci. La logique, si chèro jadis à nos pères, expli-que et motive jusqu’aux moindres détails de sa construction. Pasn’est besoin de grimper sur une chaise pour atteindre ses étagèressupérieures, ouvrir ses tiroirs ou fermer ses serrures. Pas n’estbesoin de se plier en deux pour fouiller en sa base. Entre ses pi-lastres, on peut placer des objets d’un volume considérable, au-dessus de sa corniche mettre mainte statuette, mainte aiguière,maint vase d’ornement. Elle procède de l’antique bahut, cettemalle primitive des peuples voyageurs, dont les Russes , voisinsdes Kirgis, qui vivent encore sous la tente, ont gardé le souvenir ;c’est la huche élevée de terre et posée à hauteur de main. Elleremplace le cabinet que les Italiens décorèrent avec tant d’a-mour ; on doit la préférer à la commode, cet indispensable quimérite si peu son nom, et nous faisons des vœux pour la voir re-prendre dans nos appartements la place qu’elle peut, qu’elle doitlégitimement occuper. Parfois, on la rencontre chargée defigures, d’emblèmes et d’écussons ; notre titre nous forçait à lachoisir d’une ornementation complètement usuelle. Nous ne pou-vions vraiment trouver mieux sous ce rapport. A la simplicitéparfaite des proportions, la crédence de M. Valette joint la ri-chesse la plus merveilleuse d’effet, et nous ne pouvons que le re-mercier au nom de nos lecteurs d’avoir libéralement mis à notredisposition un objet si complètement digne de notre attention etde nos études.

ASSIETTE

d’après une ancienne gravure

( No d’ordre 93)

Dans toute décoration un point essentiel, c’est la logique. Cettelogique, quoiqu’on en dise, on la retrouve toujours au fond du ca-ractère français . A certaines époques, la mode le laisse quelquepeu s’égarer, mais il y revient tôt ou tard, par la force même deson tempérament.