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Comment régler, sans elle, cette folle du logis qui s’appellel’imagination, et à laquelle on serait forcé de laisser sans cela lesoin de régir et de gouverner toute composition décorative. Onsait comment elle gouverne quand on a le malheur de lui confierle sceptre.
Un mot sur cette logique française, donc à propos de notreplat.
Le contenant doit toujours être fait pour le contenu. Si vousmettez des fleurs dans un vase destiné à servir au repas ou à lacuisine, il y aura manque d’harmonie, disproportion, battement,comme on dirait en musique, absolument comme lorsque vousécrivez au fronton d’un temple une phrase citoyenne, et quevous le consacrez à honorer la vertu de la plus humble desbergères.
Dans leurs décorations de faïence, les Italiens n’avaient pascompris ce principe. Au quinziéme siècle, il pouvait vous arriverà la fin d’un premier service, de découvrir, en maniant le couteauou lafourchette, à travers des ossements de volailles, la résurrec-tion du Christ, la naissance de Vénus, l’annonciation de laVierge ou le triomphe de Galathée. Les Nivernais suivirent cetexemple. Ils étaient au début les fils des Italiens. Rouen et lesautres se gardèrent bien de ce défaut, et de peur d’y tomber, ilscommencèrent même, après l’essai chinois obligatoire, par l’orne-ment simple. Notre graveur fut encore plus logique tout en étantplus Gaulois et plus Rabelaisien, le feu J de son sujet est empreintd’une réalité très-caractéritique. Pu.; n’est besoin de le faireremarquer au lecteur.
La première préoccupation de tout homme qui est appelé àcomposer un édifice, à décorer quelque chose, devrait toujoursêtre celle-là : Que contiendra ce palais, cette maison, ce pavil-lon? Et surtout que contiendra ce buffet, cette armoire, cette as-siette, ce plat, cette soucoupe, ce bol ou cette aiguière. Malheu-reusement, cette préoccupation occupe bien'peu les esprits de nosjours ; mais ne désespérons pas, on est revenu de plus loin.
H. nu C.
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LES ARTS PARISIENS
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LE MEUBLE
(Suite)
Le grand mérite du meuble de l’Empire consistait dans sa soli-dité. Les traditions de la fabrication forte et loyale ne s’étaientpoint encore égarées; à défaut d’art, on avait le devoir. Aujour-d’hui, beaucoup n ont plus ni l’un ni l’autre; mais pourtant jecrois qu’en cherchant bien on trouverait encore, même à Paris ,des ébénistes qui se souviennent et se préoccupent de ce tempsirréprochable, comme, par exemple, M. Grohé,M. Godin, M. Bou-tung, M. Chaix, M. Pecquereau et quelques autres. Ainsi M. Go-din ef M. Pecquereau sont des élèves de Jacob, le célèbre JacobDesmalter , ébéniste de l’Empire et de l’Empereur, honnête enses ouvrages dessous comme dessus, disait-on. Il est bon de rap-peler ces devises des vieux aux jeunes qui les oublient. Les meu-bles de Jacob étaient difficiles à user, quoique plaqués, à causedu soin très-grand qu’il mettait à les construire. On en voit qui
traînent les déménagements depuis cinquante ans et n’ont pasencore fléchi. Ses élèves et les élèves de ses élèves font comme ilfaisait, autant que possible, avec’ quelques procédés de plus et unpeu de lourdeur de moins. La feuille étant plus mince aujour-d’hui, ce n’est peut-être point le même plaqué imperturbable,mais c’est encore le plaqué honorable et qui a ses raisons deplaire, même aux adorateurs du massif, tels que nous. La pre-mière raison est dans le prix ; la seconde est dans le poids ; la troi-sième, sur laquelle on insiste le plus, est dans la tendance à sefendre qui afflige ces beaux panneaux massifs.
Or voici comment on plaque, quand on veut faire du riche etdu bon dans l’espèce. Une planche plus ou moins forte de peu-plier d’Italie est mise entre deux feuilles de chêne qui sontplacées en contre-fil avec elle, et sur la feuille de chêne s’ap-plique la feuille définitive et visible, placée encontre-fil aussi :le tout d’épaisseur convenable et collé de colle à l’épreuve. Bonnecolle est nourrice du bois, disent les maîtres. Ces quatre ou cinqfeuilles contrariées s’établissent ensemble comme un compensa-teur réciproque de leurs effets, et nous ne nions pas qu’il n’enpuisse résulter des conditions fort bonnes. Le revêtement exté-rieur est ordinairement en acajou, un noyer d’Amérique, ou enpalissandre, une sorte de cèdre; quelquefois en ébène, bois ma-gnifique et rebelle, ou encore en assemblages de petits bois assezanalogues à l’acacia, que nous appelons, à cause deleur couleuroude leur tissu, bois de satin, bois.de violette, bois d’amarante, boisde rose, etc. L’Empereur, ce francissime, n’aimait point les boisexotiques et prétendait fort que l’ébénisterie nationale s’en pas-sât. Il avait raison, à la rigueur : et le noyer d’Auvergne, lechêne de Compiêgne , le marronnier blanc, le sycomore, l’érable,le sapin, l’if, le poirier, le frêne, sont des bois suffisants et pleinsde ressources. L’Algérie , depuis ce temps, nous a donné enplus le thuya.
C’est ce plaqué beau et bon avec lequel on fait encore des ar-moires de mille francs, des bureaux de huit cents francs, des litsde six cents francs, qui sont le succès, l’honneur et la fierté denotre grande ébénisterie parisienne.
Nous verrons bientôt ce qu’on fait avec le plaqué dit du fau-bourg.
La Restauration fut donc une lacune, ou tout au plus un tempsd’arrêt dans le meuble. On lui doit le bronze troubadour cepen-dant, par reflet possible de la Gaule poétique, divertissement litté-raire d’un procureur général. Vers la fin, un mouvement se fit :les enfants nés de l’Empire étaient devenus des hommes. Cemouvement prit un nom et eut un chef ; et tout chez nous se mità marcher, dans l’art et dans la politique. Il est donc vrai de direque la renaissance du mobilier français est l’œuvre du roman-tisme etde Victor Hugo . Ceci peutavoir l’air d’un paradoxe, maispeu importe. Le poète immense a fait chez nous la révolution dela littérature et du meuble, qui sont, comme personne n’en doute,les deux habitations de l’homme, l’une pour son corps, l'autrepour son esprit. Sans la coalition constitutionnelle des chapelierset des tailleurs de Louis-Philippe , il l’eût faite aussi dans le cos-tume, maintenant mieux retombé que jamais, sauf exceptionsrares et mal portées, à nos pantalons soigneux préservateurs denos bottes, et à nos chapeaux en ciment plaqué de soie noire, im-primant sur le front de chacun le trait rouge de l’imbécillité.Cela est à dire parce que cela est. Ainsi encore de notre littéra-ture, si profondément remuée par Hugo il y aura bientôt qua-rante ans, et qui dort inerte depuis qu’il est parti. Seul encore