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enfants babillards; assis au milieu des siens, l’aventureux voya-geur aimait à se souvenir des fatigues et des dangers. De là, lesimitations chinoises, les faïences de Delft , les coupes en coquil-lages, les faisceaux d’armes Hindoues , les idoles de Brahma, lesperses aux vives couleurs.
La funeste domination de l’Espagne arrêta quelque peu cet élan;parmi les produits modernes, nous trouvons moins de saveurétrangère, mais les Pays-Bas, malgré Louis XIV et Philippe II ,n’ont point dégénéré, tant s’en faut. «Les conquérants étrangers,comme dit le grand poète Schiller, ne durent qu’un moment, ilsviennent et s’en vont; la redoutable trace de leurs cours va seperdre dans le sable et on ne la reconnaît qu’à la destruction; larace conquise obéit, mais reste. » Les vaincus ont prospéré, àl’encontre du vainqueur, et, tout en perfectionnant leur industrie,comme le témoignent, du reste, leurs envois de la grande galeriedesmachines, ils n’ont pas oublié l’art qui jeta jadis sur leur paystant de gloire et d’éclat.
En Belgique , les pages sérieuses de Leys, les scènes intimesde Willems, les anecdotes plus modernes de Stevens ; en Hol-lande , les ingénieuses résurrections d’AlmaTadema, lespoétiquestristesses d’Israels, les curieux eifets de Van Schendel , prouventassez que l’école flamande a de nos jours de dignes représen-tants, et que l’art ne peut mourir dans la patrie des Rembrandt ,des Hobbema, des Ruysdael, des Teniers; des Van Ostade , desVan Dyck et des Rubens .
En revanche , l’influence française, dans ce qui est art indus-triel proprement dit, s’est montrée tyrannique et a, pour ainsidire, tout envahi. A part les si gracieuses boîtes à vernis glacéde Spa, quelques meubles en imitation de Boule, d’une forme etd’une facture très-originales, un autel gothique du xv e siècle,orné de peintures délicates, les couronnes de lumières de M. Wil-motte de Liège , et le cabinet d’ébène décoré de tapisseries deM. Ingelmunster, tout dans ce pays est français ou contrefaçonde français . Ils ont pourtant bien à étudier et à imiter, sanssortir de chez eux. Si les études archéologiques progressent audelà de la frontière comme elles semblent devoir le faire cheznous, je crois qu’à une prochaine exposition, les Pays-Bas et laBelgique auront à envoyer des choses dignes de leurs grands ar-tisans des anciens jours. C’est en Hollande que nous sommesforcés d'aller souvent chercher des modèles; qui les oblige à veniren redemander chez nous? Et pour ne parler que de la faïence, ilserait vraiment triste que ceux qui donnèrent le ton presque àl’Europe entière, en fait d’ornementation, n’eussent à reproduire,sur un plat à légumes, que la Descente de croix de Rubens ; no-blesse oblige : quand on a eu tant de goût, pareille pauvreté d’ima-gination n’est plus permise.
Si nous nous permettons ce léger blâme, c’est parce que noussavons qu’à ceux dont on espère beaucoup, on ne doit pas ne pro-diguer que des éloges.
•Je ne sais si les commerçants français ont eu pleinement à selouer de l’amabilité et de la délicatesse de la Commission impé-riale, mais ce que je puis affirmer, c’est que les Hollandais, lesBelges et les Suisses seraient mal venus de se plaindre à leursdélégués de ne pas avoir tout fait pour mettre en lumière les pro-duits divers de leur industrie. En fait d’art surtout, peut-on rêverdes sftfonsplus charmants que ceux des Pays-Bas, de la Belgique et surtout de la Suisse ? La commission de la Confédération Hel-vétique a véritablement bien mérité de ses commettants. Ce n’estpas un simple hangar utile, comme celui de l’Allemagne , qu’elle
a dressé dans le Parc : c’est un édifice original, plein de goût, decouleur et d’harmonie, où tout est fait pour réjouir l’œil, le re-poser et l’initier dès l’abord au calme plaisir de la contempla-tion d’œuvres artistiques.
Nous recommandons à nos architectes l’étude de ce petit Palaisdes Beaux-Arts. De nos jours, on s’occupe si peu de l’appropria-tion de l’extérieur à la destination interne; on fait tant d’églisesqui ressemblent à des théâtres, et tant de théâtres qui ressem-blent à n’importe quoi, qu’il est parfois bon de trouver un Palaisd’exposition en miniature qui soit véritablement une exposition,et rien qu’une exposition.
Quant aux paysages et aux statues qu’il renferme, si nous avionsà en faire une critique, nous pourrions nous étendre sur l'in-fluence de Calame dans l’école suisse , sur la monotonie de ceséternelles montagnes et de ces plus éternels sapins, mais nousserions forcé quand même de rendre justice aux tentatives neuvesdes Berthoud, des Bodmer, des Castan et des autres, qui saventêtre originaux dans des sentiers rebattus et trop fréquentés par lestouristes de tous les pays. Pour la sculpture, nous ne dironsqu’un mot de l’Ophélia de M. Caroni : elle a un succès analogueau Napoléon italien, succès provenant de la même cause.
Dans les galeries du Palais, nous avons parlé d’aménagement.Je crois qu’il est impossible de rien voir de plus coquet que lesalon des dentelles, surtout quand on y entre après avoir traversécelui des étoffes , aux couleurs voyantes si choyées des monta-gnards, ces enfants de la nature qui semblent avoir conservé, deleurs pères les Gaulois, le goût du rouge, du blanc, du bleu , duvert, du jaune, etc.
J’ai prononcé le nom de Gaulois . On ne peut quitter la sectionsuisse sans jeter un coup d’œil aux provenances lacustres. L’é-tude de l’ornementation, chez les peuples antéhistoriques, estencore à faire. Les collectionneurs de Genève et de Neufchâtelviennent de la faciliter d’une façon étonnante par l’exposition deleurs pêches merveilleuses dans les lacs des cantons suisses . Sinous osions l’entamer ici à propos de ces colliers, de ces fibules,de ces poignards, de ces croissants, de ces poteries enfin, nouscraindrions de dépasser les limites qui nous sont posées. Maisqu’on nous permette une seule remarque : l’analogie frappante detous ces instruments avec ceux des tombelles armoricaines, desbarows anglais , des temples mexicains et péruviens, des cavernesfrançaises, laisse l’esprit dans un doute plein de rêves et d’hypo-thèses. C’est peut-être par l’étude approfondie de cette ornemen-tation, essentiellement usuelle, qu’on arrivera à élucider desquestions qu’on ne fait que commencer à poser de nos jours. Lespetits détails mènent aux ensembles ; il ne faut pas négliger leschoses d’une importance relativement minime, quand ellesservent de jalon pour percer le chemin de l’inconnu. L’Expositionuniverselle du Champ-de-Mars aura fait faire à la science, sousce rapport, un pas immense.
C’est de la comparaison que naît en ce cas toujours la lumièrevraie.
Quand elle n’aurait eu que ce simple résultat de permettre cescomparaisons, le service rendu serait déjà considérable, et nousne saurions vraiment trop la remercier.
Henri du Cleuziou.
R. PFNOR, Propriétaire-Directeur.
du Four-St-Germain, 43.