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au sérieux dans nos recherches naïves de reconstruction. Quellepassion comique et furieuse ce fut au commencement, et combienle commerce moqueur et voleur en abusa ! Abuser est la maladiefrançaise ; aussi bien de ce qui s’élève que de ce qui tombe.
Plus tard nous vînmes au goût de la Renaissance. C'était moinsgrave que l’autre et plus joli ; mieux praticable à nos petites piè-ces, nos petites mœurs, nos petites étoffes, nos petites affaires.Aux profils aigus des compagnons d’Albert Durer , les rondeursfle'uries de Jean Goujon succédèrent dans notre estime et notreamour. Cela nous ressemblait d’un peu plus près. O les beauxtemps toujours copiés et jamais revenus! Siècles où l’on croyaitet aimait ! Les grands artistes dont nous savons les noms, saintetésqui nous servent à revêtir tant d’erreurs, livraient d’abord leursmerveilles; et d’autres après eux, sous eux, venaient, plus prèsde la foule et des habitudes communes, artisans purs, simples etpauvres menuisiers, pieux ignorants pleins de mission et de goût,lesquels, ayant vu ces merveilles des hommes-dieux, les imi-taient du mieux qu’ils pouvaient, assez où peu, selon la main etla flamme. Voilà pourquoi les fouilleurs voyageurs que nous di-sions ont tant trouvé et leurs heureux patrons tant vendu devieux meubles grossièrement exécutés, mais où rayonnaient lapensée, le dessein, l’harmonie des modèles. En ces jours à jamaisperdus de l’art magistral et pontifical, les fidèles attendaient, en-tendaient, retenaient la parole, et la rendaient ensuite respec-tueusement et amoureusement, ainsi qu'ils l’avaient reçue. Cha-cun selon son savoir et ses forces; tous en vertu de la même foi.Ce qui ne se fait plus aujourd’hui, où chacun est à lui-mèmeson prophète, l’or, mes frères, étant le seul Dieu . Alors on met-tait sa conscience à premièrement marcher dans les pas de plusfort que soi, la nature ou son maître. Les élèves d’un grand pein-tre italien allaient jusqu’à gagner ses maladies! Palissy moulaitsur nature les taches do ses fruits et les plaies de ses animaux.Les choux en faïence, si prodigieux, comme notre cher médecinBenoist savait encore en découvrir, sont des choux moulés. Apeine maintenant, au contraire, fait-on poser un homme ou unefemme en chair quand on veut produire une figure humaine.Les plâtres et le mannequin suffisent; l’à-peu-près fait assezpour les trois que nous sommes, fabricant, acheteur et marchand.
Donc, et pour résumer, de 1832 à 1848 environ, l’art mobilierfrançais fut et vécut de la réparation et de la copie. Parmi desmeubles tout à fait sublimes et qui sont restés notre épouvante,on vit se produire bien plus nombreux ceux que j’appellerai desarlequins , méchantes contrefaçons de carcasses flamandes danslesquelles le recarreleur insérait des morceaux de bois de toutâge et de toute force. C’était trouvé beau pareillement. Nous l’a-vons dit, l’industrie du meuble ancien doit beaucoup à M. Mon-bro père, qui était à la fois un amateur et un réparateur distin-gué. Longtemps son magasin fut comme un musée, générateurde beaucoup d’autres. Un meuble pris chez Monbro servait depasse-port à cent pauvretés. 1840 vit son summum. Puis la manies apaisa. On ne voulut plus guère, chez nous, mettre le prix à cesbeaux restes, et L’Angleterre les emporta. Elle nous prend toutnotre vieux ainsi, et ce n’est pas sa faute. Si vous voulez écrireune histoire de France , aujourd'hui, il vous faut aller en prendrela matière au Bntish-iUuseum. Nous laissons aller tout pour del’argent, monuments et documents. C'est l’affaire de quelques gé-nérations. La famille française tient volontiers aux os de sonpère, un peu encore à ceux de l’aïeul; plus loin, c’est trop loin.A cause de ce que cela coûterait d’abord, et par indifférence du
passé ensuite. Voilà pourquoi, sans doute, on dit de nous si cou-ramment que les leçons du passé ne servent pas.
Cette mort de notre passion pour le meuble ancien importaitpeu au reste. Le goût s’était refait. Ce qu’on avait vu vieux,fruste, rongé, piqué, verminé, vermiculé, on désira l’avoir neuf.L’industrie parisienne eut un enclos de plus dans son domaine.Cet enclos, bien ou mal cultivé, lui vaut aujourd’hui le quart àpeu près de sa récolte en meubles meublants de toute espèce. Cen’est pas beaucoup encore, mais c’est un chemin. Plus de soixantemaisons s’y emploient, avec près de trois mille ouvriers et desmachines. Toutes ces maisons ne sont pas grandes, et tous les ou-vriers ne sont pas bons. On ne s’appelle point partout Sauvrezv,Mazaroz, Fourdinois, Grohé, Cliaix, Godin, Guéret , etc. Maislaissez faire, laissez venir, laissez mûrir ; le meuble moderne vraiarrive, il entre dans la vie moderne, hors des châteaux et despalais. Il ne s'agit point pour l’avoir de payer des sommes folles ;les choses à cinquante mille francs des expositions sont affaire deTuileries et d’Empereur. Mais pour deux mille ou deux mille cinqcents francs, dès à présent vous aurez, si vous voulez, votre cham-bre àcoucher meublée en chêne sculpté, à savoir un lit, une com-mode-toilette, un buffet à deux corps pouvant servir de bureau,une armoire, une table, une chaise longue, deux fauteuils et quatrechaises volantes : tous les sièges garnis en reps de laine, façondes Gobelins, qui est une étoffe très-forte. Ce sera sobre d’orne-ments, mais beau de lignes, et durable jusqu’après vos petits-en-fants. Vous payeriez la même somme pour des meubles en plaquécommun, une fourniture à renouveler tous les six ans, et qui nesera jamais honorable. Évidemment, nous parlons ici pour les mé-nages sérieux et définitifs, non pour les dames en bois de rose,au cœur vaste comme le désert, qui changent de mobilier commede mari. Beauté, voilà notre rêve; solidité et bon marché, voilànos lois. Réaliser l’un en observant les autres, c’est le suprême.Or, le meuble massif nous assure les lois. Quant à la vérité durêve, elle est à trouver par tout le monde, l’ouvrier, le fabricant,vous et moi, pourvu que nous y soyons en personne. Ceci vautune explication.
Auguste Luciiet,
(La suite prochainement.)
EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867
“CO-
GALERIE DE L’HISTOIRE DU TRAVAIL.FRANGE
La commission impériale, se rappelant l’immense succès quiaccueillit, il y a deux ans, l’exposition rétrospective organisée aupalais des Champs-Elysées , par les soins de la société de l’Unioncentrale des Beaux-Arts, décida qu’une exposition semblableferait partie du programme de l’Exposition universelle de 1867,et qu’une des zones du palais du Champ-de-Mars serait affectéeà cette destination, sous le nom de galerie de l’histoire du travail.Montrer, à côté des produits de l’industrie moderne, les chefs-d’œuvre des siècles qui nous ont précédés, c’était, en effet, relierle passé au présent et compléter ainsi l’enseignement que doiventtoujours dégager ces grandes solennités industrielles, qui serontune des gloires de notre temps.