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Les mêmes considérations peuvent s'appliquer aux fragmentsde sculpture sur pierre, exposés dans cette section ; il fautpourtant en excepter un cippe et quelques stèles d’un travailbeaucoup moins habile, que nous supposons des imitations gau-loises de la sculpture romaine.

Jetons, avant de quitter cette salle, un coup d’oeil sur les objetsen verre. Les Gaulois, même avant la conquête, fabriquaient desémaux, et par conséquent, connaissaient l’industrie du verre. Lesproduits que nous avons sous les yeux nous montrent, en effet, àquel degré d’habileté ils étaient parvenus dans cet art difficile.Plusieurs pièces méritent une mention spéciale : ce sont deuxamphores trouvées à Nîmes , l’une en verre bleu clair, et à cou-vercle, l’autre àpanse sphéroïdale d’un bleu beaucoup plus foncé,un rhyton en verre blanc irisé, imitant une corne de bœuf, etorné d’un réseau en relief, enfin, une petite coupe hémisphérique,apode, détachant sur un fond vert-clair des incrustations en pâtede verre, jaunes et violettes. Ce dernier objet est à lui seul unepreuve irrécusable de la facilité avec laquelle nos ancêtres se ser-vaient des procédés de coloration du verre. Signalons, en dernierlieu, plusieurs bouteilles de forme quadrilatérale, à fgoulot très-court et à anse unique, dont la forme n’a aucune analogie aveccelles de la verrerie romaine.

Nous avons cherché, dans ce trop bref examen, à faire ressor-tir la part qu’avaient su garder les habitants des Gaules dans lesarts et dans l’industrie pendant la domination romaine. Cepen-dant , nous reconnaissons que les conquérants ayant imposé pen-dant plusieurs siècles, au moyen de leurs puissantes institutions,leurs mœurs, leurs lois, leurs arts et jusqu’à leur religion au peu-ple vaincu, imprimèrent à son génie une direction dont ce peupleencore jeune garda longtemps la tradition, même en dépit dessiècles de barbarie qui suivirent la chute de l’empire d’Occident.Nous aurons plus d’une fois l’occasion, dans le cours de cetteétude, d’en rencontrer des traces profondes/j^v^ ,.JJ : - ; " 3 . ;

A. De La Rocque, architecte.”

(! La suite au prochain numéro . ) N

La clôture de l’Exposition a été décidément fixée au 31 octo-bre. Elle aura donc duré sept mois pendant lesquels on aura pul’étudier consciencieusement. Ce n’est pas pourtant sans unsentiment de tristesse que l’on pense que, d’ici quelques jours,tous ces chefs-d’œuvre, dont la réunion forme une véritable en-cyclopédie, se disperseront, et qu’il ne restera bientôt plus riende cet immense monument de l’intelligence et de l’activitémoderne.

Nous ne saurions prévoir les résultats que cette dernière Ex-position exercera sur l’industrie et particulièrement sur les arts ;mais nous croyons fermement que le brillant {concours artisti-que 'auquel elle a donné lieu, stimulant l’émulation des diffé-rentes écoles, ne peut manquer de susciter de grandes innova-tions dans toutes les branches de l’art.

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l'A RENAISSANCE

Les civilisations, comme la vie humaine elle-même, ont desalternatives d’action et de sommeil : pendant un, deux, trois,siècles, tout dort. Les esprits s’alourdissent, les âmes s’énervent,

les traditions s’oublient; puis, tout à coup, l’heure du réveil ayantsonné, il se lève, non pas un, mais dix, vingt, cent hommes, qui,dans toutes les voies : celles de l’art, de la science, de la poli-tique, de la philosophie, crient le sursum libérateur.

Ceux-là, leurs contemporains les appellent des divinateurs.Ils inventent! s’écrie-t-on. — Non, ils se rappellent. Ce n’estpas toujours en avant qu’ils regardent, c’est souvent aussi versle passé. Ils ne créent pas la Muse de leur temps, ils la ressusci-tent.

Jetons un rapide coup d’œil sur l’histoire de l’art, et nous ytrouverons, je crois, une preuve de cette assertion, preuve qui nediminue pas les génies, mais qui les explique, qui en fait deshommes comme nous et non plus des forces inconscientes et fataleslancées à travers le monde des idées, par je ne sais quelle main,dans un but qu’elles ignorent elles-mêmes. — La théorie deshommes providentiels est aussi fausse en art qu’en religion ouen politique. La faculté artistique, c’est-à-dire la faculté de tra-duire les objets extérieurs par des images, soit physiques, soitparlées, est certainement la plus caractéristique de l’homme,bien qu’on la trouve déjà à l’état rudimentaire dans l’instinctimitatif du singe; isolé par familles, vivant dans les cavernes,comme les bêtes sauvages, on le voit traduire en imagesdes sensations confuses. L’art humain est contemporain descornes de cerfs sculptées découvertes par M. Boucher dePertlies. — Art bien grossier, certes, mais origine de tout art.Le sauvage qui a dessiné ce renne est l’ancêtre direct de Mi-chel-Ange , et, sans doute, son chef-d’œuvre accompli, il a trouvé,chez ses compagnons sauvages, la même admiration que MichelAnge auprès de Léon X .

Plus tard, la caverne est délaissée et 1 homme songe à se fairedes cavernes artificielles mieux arrangées pour les convenancesde sa vie. Encore plus tard , pour laisser circuler partout ce bonair vivifiant, ce grand soleil si souvent regretté au fond des antresnoirs, la muraille se décompose en colonnes (1). Enfin, à sontour, la statue brise son enveloppe de pierre comme une Daphnévictorieuse des étreintes du laurier. — L’art grec, l’art arrivé àtoute la perfection qu’il comporte est créé.

C’est l’histoire de l’art des pays du soleil que nous venons devous raconter là. Lorsque le ciel est bleu, l’air chaud et vivifiant,point d’intérieurs sombres, de lignes confuses et brisées. La na-ture communique à l’art son reflet, quelque chose de sa propreplacidité. — Dans les contrées tourmentées, au contraire, il setord aussi dans les convulsions des chimères et des gargouilles.La voûte s’élève et s’emplit d’ombre mystérieuse comme un des-sous de forêt du Nord, autre face du même art, expression diffé-rente de la même faculté maîtresse, l’imitation.

Tout était glacé par les grandes tristesses du moyen âge.L’ombre des cloîtres étouffait toutes les élégances et toutes lespensées, les précieux manuscrits avaient été grattés par les co-pistes de plain-chant, les grands penseurs et les grands écrivainsde l’antiquité déchirés, brûlés, effacés, perdus; perte inapprécia-ble dont, malgré les recherches modernes, la science et la litté-rature gémiront éternellement. La foi avait fait table rase dans lesesprits comme les moines ignorants sur les palimpsestes. Si dumoins cette foi avait toujours donné à l’art ses compensations or-dinaires, mais non, la foi bientôt s’en va au souffle des Luther, et

(I) Dans un article précédent nous vous avons cité la curieuse page oùPhilibert de l’Orme explique que la colonne n’est autre chose quune caria-tide, une sorte de rudiment de la statue.