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avec elle les grands artistes chrétiens. Les bâtisseurs de cathé-drales font place aux architectes ignorants que Philibert Delorme traite si dédaigneusement dans seS livres.

Déjà la fin de cette nuit horrible, nuit de terreurs, d’angoisses,de luttes sans nom, pouvait être pronostiquée. Le soleil de laRenaissance allait se lever.

Il se leva et combien radieux ! — Son rayon éclairait à la foistoutes les faces de l’esprit humain ; il ne fut pas un seul coin obs-cur dans lequel il ne pénétrât, pas un ordre d idées d’où il .nechassât la scolastique pédante pour y faire entrer le raisonne-ment. La Bible exige l’immobilité de la terre, et la platitude desa surface est soutenue par saint Augustin; Colomb et Galilée dé-montrent sa rotondité et son mouvement. Des scrupules religieuxrendent le cadavre de l’homme plus sacré que ne l’est l’hommevivant lui-même; les Vésale jettent à l’inquisition leur défi, dis-sèquent dans les caves, dans les greniers, partout, et font enfinreposer la médecine sur d’autres bases que la tradition ou l’em-pirisme. Les chercheurs d’or eux-mêmes, les souffleurs et lesalchimistes, tout en poursuivant leur Œuvre, groupent des faits,les comparent et créent de toutes pièces une science nou\elle quidepuis eux n’a guère avancé. Mouvement, mouvement ascendantet merveilleux de sève dans toutes les branches de la science !

Est-ce à dire cependant que ces gens-là créaient de toutespièces, et faisaient comme Jupiter sortir la Minerve armée deleur cerveau. Non, mais sautant par-dessus les livres chrétiens,ils osaient pénétrer dans ces grima ces antiques, proscrits parl’Eglise. Ils osaient prendre corps à corps la vérité, cette hérésie,et la faire sortir vivante des feuillets poudreux et condamnés.

Ce qu’ils essayaient en sciences, d’autres, par les mômesmoyens, l’essayaient en littérature. Rabelais , tout en créant unelangue, ressuscitait la philosophie épicurienne, Montaigne lessceptiques, la Boétie , dans les pages admirables de son Discourssur la servitude volontaire, affirmait des vérités terribles avec uneaudace qui n’a pas été dépassée, et tous, La Boétie, Montaigne ,Rabelais et les autres cherchaient chez les Latins et les Grecs,nos aïeux païens, la solidité du raisonnement et l’élégance de laforme.

Car dans sa foi aveugle le christianisme avait au début toutbrisé, les idées comme les statues; de l’ignorance il avait fait unevertu, de la pauvreté une richesse, de la laideur une bénédiction.Persécuté, il était devenu, aussitôtaprès le triomphe, persécuteurnon moins sévère de tout ce qui n’était pas lui, et cela implaca-blement, aveuglément, sans distinction et sans choix, brûlant lebon avec le mauvais, Tacite avec les tables milésiennes, avecSuétone Tite-Live.

Les Vénus, renversées de leurs socles, dormaient enterréessous Tes ruines du paganisme. Les grandes villes, Rome surtout,étaient devenues des ossuaires de Dieux, et c’est là que les nova-teurs artistiques, frères des novateurs scientifiques et des nova*teurs littéraires, allèrent les chercher pour les ressusciter dansleur œuvre vivante.

Renaissance : résurrection.

Leur œuvre à son tour, comme toutes les œuvres humaines, a eusuccessivement sa splendeur suprême, sondéclin, samort; s’épu-rant jusqu’à la sécheresse, la langue passe de Ronsard à Mal-herbe, de Malherbe à Racine et de Racine à Campistron. Hélas !tandis que, par une loi parallèle et naturelle, les feuilles d acanthese contournaient en chicorées, lesquelles, proh pudorl devaientenfin faire place aux feuillages secs du néo-grec du Directoire.

Pendant un moment l’obscurité fut complète à tous les horizonsde l’art, seule la science faisait'des pas énormes vers la lumière.Mais aujourd’hui, nous trompons-nous? il nous semble qu’un nou-veau réveil approche. Des lueurs transparaissent à travers lesbrouillards, les frissons précurseurs de l’aurore semblent agiterles âmes, et peut-être, émerveillés, assisterons-nous à une se-conde Renaissance.

J. du Boys.

(A continuer.)

CHRONIQUE

D E

L’EXPOSITION UNIVERSELLE

—0>-

L’ALLEMAGNE

La race allemande est une bien étrange race. Inutile de direqu’ici je parle, sans aucune préoccupation géographique, de lanation germaine en général. La géographie, par le temps quicourt, est tellement variable que, dans les questions d’art et detendance, on est forcé quand même de la mettre légèrement enoubli. Je comprends donc à dessein tous les peuples d outre-Rhin dans une même famille, mettant de côté les différentes couronnes,ducales, princiôres, archiducales, royales, etc., à l’ombre des-quelles ils grandissent à l’heure qu’il est.

Lorsque l'on cherche, au Palais du Cliamp-de-Mars, à se rendrecompte des préoccupations, des idées, des goûts dominants decette race, à peine une conviction a-t-elle pris germe en vousqu’une autre contraire vient aussitôt la remplacer et la détruire.Devant le caractère allemand à l'Exposition, le critique hésite àporter un jugement; c’est à peine s’il ose hasarder une opinion.Il s'arrête étonné, dans ce pays, comme devant une statue colos-sale dont certaines parties, soignées avec art et prédilection, se-raient belles d’une beauté tout à la fois grandiose et délicate,dont d’autres, au contraire, à peine ébauchées, resteraient pleinesde sauvagerie rude et brutale.

C’est que si l’Allemagne est le pays des Meistersaenger , des ou-vriers troubadours, maçons, tailleurs, barbiers ou cordonnierspoètes, maîtres chanteurs, disciples des Mugelin, des Folz et desSachs, elle est aussi la patrie des Burgraves, des Frédéric, desOtlïert, des Gerhard et des Gilissa. Semblable à un jeune arbredont je ne sais quoi aurait momentanément arrêté la croissanceet qui pousse quand même, vers le ciel, près de sa tige principaleatrophiée, des rejetons pleins de vigueur et de sève débordante.

Que voyons-nous, dès l’abord, à l’exposition prussienne? Dansle jardin, un colosse immense d’un effet gigantesque, presqueterrifiant, mais lourd, sans élégance, sans recherche aucune dela forme; ah! certes, le sculpteur ne se préoccupait pas de si peu.Après ! des armes plus grandes encore au-dessus de la gueulebéante desquelles semble voler, au milieu des aigles, le génie dela mort, ce démon familier des légendes rhénanes, la grande mé-lancolie d’Albert Durer, le cavalier livide d’Alfred Rethel , ou ledanseur aux ricanements funèbres du sombre Holbein . Après!des statues dont la tête orgueilleuse se dresse à la hauteur de lavoûte et qui lèvent vers le ciel d’immenses épées nues ou s’ap-puient fièrement sur elles. Après ! des brocs d’argent, des hanapsde verre couverts d’écussons, d’armoiries, de casques à lambre-quins où se pavanent des chimères, des sauvages, des léopards