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couronnés, des lions à la langue fourchue, au-dessus de devisesbatailleuses; meubles de festins qui ne devaient s’emplir qu’à destonnes, sœurs cadettes de celle d’Heidelberg . Puis, le bouclierd’argent donné par la noblesse au prince de Prusse. Puis, enfin,comme histoire du travail dans cette galerie si pleine de calme,où se coudoient les merveilles de la pensée, les merveilles de l’art,du goût et de la science, l’or ciselé par des mains habiles, l’émailtravaillé par des chercheurs puissants; la faïence qui parle, lebronze qui sourit, l’ivoire qui fait pleurer. Dans cette galerie desPénicaud, des Limosin, des Courteys, des Palissy, une sallo vide !où quelques albums s’étalent à peine feuilletés sur leurs pupitresnus; au centre, une batterie de fusil merveilleusement fouillée,et, dans un coin, un soldat armé d’un casque qui s’apprête à fairefeu, la carabine armée, la jambe en avant, l’œil animé, la mainsur la crosse au premier commandement de son capitaine.

Yoilà pour les Burgraves.

Mais, attendez! là ne s’arrête pas l’Allemagne ; à deux pas,parmi les tableaux, apercevez-vous ces dessins si expressifs, troplittéraires peut-être ? mais de nos jours le défaut est si rare qu’ onpeut facilement lui pardonner, ces dessins d’Arthur Grottger surla guerre devant l’art. A l’exposition de Bavière , voyez-vous cemagnifique carton de Kaulbach sur la Renaissance, à l'époque dela réformation, une des plus belles pages de l’esprit humain ànotre époque? Puis, dans cette même galerie du travail où nousétions tout à l’heure, avez-vous admiré cette histoire de la char-rue du docteur Louis Bau, depuis le bois naïvement lié de l’Egyp-tien des Pyramides, la pierre emmanchée des Indes-Orientales,les perfectionnements primitifs de l’Arabie, de l’Etrurie , de laGrèce jusqu’à la charrue moderne de France , d’Angleterre,d’Amérique ou d’Allemagne , sublime étude trop peu vue par nossuperficiels compatriotes qu’attirent davantage le bruit et le clin-quant, véritable histoire du travail dans le sensle plus vrai du mot?

Attendez ! attendez ! après les fils de Jupiter, voici les autres,et ceux-là sont bien vivaces encore dans les pays allemands.

Etrange peuple entre nos contrées occidentales vieilles déjà,entre l’Orient usé et la Russie qui ne date pas encore ! On diraitque cette race attend sa maturité, qu’elle n’est pour ainsi dire qu’àsa période d’adolescence.

Que lui manque-t-il donc? L’élégance?Mais elle en a comme lesentiment inné. L’Allemand est musicien dans l’âme; toutes lesharmonies artistiques lui sont connues. Quoi de plus délicieux,comme finesse et gracieuseté mignarde, que son exposition deporcelaine de Saxe : statuettes délicates, bouquets pleins defraîcheur, miroirs où ne devraient se regarder que des minoischiffonnés, des cheveux blonds avec un œil de poudre, des mou-ches assassines, des bouches rosées par le carmin. Et dans la ga-lerie du mobilier, quoi de plus gothique que ces meubles deM. Turpe, de Dresde , ou de Jean Herninger. Il nous est resté dela Restauration, à nous autres Français , je ne sais quoi de trouba-dour dans l’esprit, de ce genre inventé vers 1815 pour « le jeuneet brillant Galaor d’Artois, » comme l’appelle M. Michelet. LesAllemands n’ont pas été souillés par ces fadaises ; ils gardent latradition pure des vieux tailleurs de bois de Nuremberg , en ymêlant la poésie des Marguerite, des Charlotte et de^ Amélied’Edelrich.

Là sera, je crois, le point capital de leur influence dans la re-naissance moderne, dont nous verrons peut-être la glorieuseaurore.

Mais à quelles études sérieuses ne se sont-ils pas astreints pour

arriver à ce rang que nous avions tenu, sans conteste, bien long,temps et que nous avons la prétention de garder encore, si fairese peut. Leurs écoles regorgent de modèles choisis ; nous, nousavons les lithographies de l’administration. Leurs livres de classesont illustrés par des maîtres ; leurs images populaires sont deschefs-d’œuvre; nous, nous avons Epinal, le Juif-Errant et leChemin du Paradis. En Allemagne , tous savent lire et écrire, tousregardent, comprennent et jugent par eux-mêmes.

Voilà le grand pourquoi de leurs progrès.

Aussi, en attendant leurs créations, leurs copies sont-elles déjàsuperbes. Je ne veux en citer, dans un genre complètement in-dustriel, qu un seul exemple, l’imitation du tapis oriental dePierre do Russie, dont nous parlions plus haut, de la maison Haas,de Vienne . Aussi, commencent-ils déjà, dans leurs fabriques deporcelaine de Berlin , à peindre sur les grands vases autre choseque des femmes rêveuses à l’œil bleu, ornées de la grande cheve-lure byronienne, que des guerriers à casque classique, commejadis à Vienne. Lorsque l’Autriche aura jeté dans ce milieu l’artoriental de la Hongrie , cet art des ceintures émaillées, des har-nais merveilleux de son musée rétrospectif, l’Allemagne pourralutter avec nous, et qui sait peut-être? nous devancer si nous n’yprenons garde.

Ce sont luttes que nous ne pouvons que désirer. Pourquoientre les hommes ne sont-elles pas toutes de cette espèce?

Nous terminons par l’Allemagne nos excursions étrangères auPalais du Champ-de-Mars, le temple de la quantité, mais non dela qualité. Du reste, les portes de l’immense bazar se ferment déjà.Les oriflammes décoloréespendentle long de leurs mâts défraîchis,les cloches et les pianos se taisent, les hautes cheminées ne secouronnent plus de leurs noirs panaches, les grandes roues res-tent immobiles. Déjà les chaises sont enlevées, tout se vide, etsur les constructions du parc on voit se balancer le sinistre écri-teau blanc : Maison à vendre. Les tambours de Tunis et les tams-tams chinois ne rendent plus que des sons plaintifs et sourds ; lesbouquetiènes ont mis leurs costumes bizares au portemanteau ;les crieurs des baraques de la salle Suffren s’enrhument. Il n’y aplus à l’Exposition que le Décapité qui parle. Terminons noschroniques et laissons la place à d’autres.

Peut-être dans les quelques lignes qu’il nous a été donné deconsacrer à la grande solennité parisienne de 1867 ne nous a-t-onpas toujours trouvé à la hauteur de la tâche qui nous était impo-sée. Hélas! il est dans l’année des jours où luit le soleil, d’autresoù les nuages obscurcissent le ciel bleu ! Le chroniqueur est unpeu tantôt l’homme du soleil qui réchauffe, tantôt l’homme de lapluie qui refroidit. Que la bienveillance inépuisable du lecteurexcuse donc ses joyeusetés peu sérieuses ou la pâleur de ses ap-préciations précipitées. Si le bon Homère a dormi quelquefois,il peut être permis à un modeste promeneur de sommeiller parinstant, surtout quand il a été si souvent abasourdi par les bruitsdivers qui remplissaient à toute heure ce qui devait être le sanc-tuaire de l’étude comparative des produits du monde entier et quin’a été que la bruyante foire internationale des exhibiteurs detous les pays.

Henri dit Clecziou.

R. PFNOR, Propriétaire-Directeur.

Paris . — Typ. Rouge frères, Dunon et Fresué, rue du Four-St-Germain, 43.