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nous occuper : d’ubord, une croix en filigrane d’or, semée de ca-bochons, dont l’aspect coloré est des plus riches, puis le reli-quaire de Saint-Avit, en argent repoussé. Sur ses côtés, cinqarcatures encadrent des figures : le Christ et quatre apôtres; auxextrémités, saint Avit et la Vierge. Sur le toit, au faîte duquelrègne une crête découpée, des anges s’inscrivent dans des nim-bes circulaires. Les arêtes de cette châsse sont bordées de ga-lons modelés avec une finesse extraordinaire.
L’orfèvrerie émaillée, par sa belle exécution et le luxe toutoriental de ses nielles rehaussées d’or, réclame aussi quelqueslignes. On ne se lasse pas de contempler ces petits reliquairescouverts de fines arabesques et de fleurs fantastiques, laissant sedétacher en réserve des figures de saints dont les têtes modeléesen relief, sont rapportées en appliques. Des œuvres magistralesen ce genre figurent dans les vitrines; de ce nombre sont : legrand tabernacle triptyque de la cathédrale de Chartres , dont ladécoration émaillée couvre les parois intérieures et extérieures,et un véritable monument : le pied de la croix de Saint-Eertin (1),piédestal couronné d’un chapiteau à quatre personnages, ayantpour base une demi-sphère ornée à son pourtour d’une gale-rie à jour, sur laquelle sont assis .quatre petits évangélistes quisupportent tout l’ensemble de ce charmant édicule. Ces petitesfigures, ainsi que les rares ivoires de cette époque, sont déjà biensupérieures, comme expression et comme variété de type, à lastatuaire byzantine.
Un exemple frappant du degré d’habileté où étaient parvenusles différents corps de métiers se rencontre dans une petite grilleen fer forgé, dont les volutes, retenues par des frettes, formentun réseau solide de lignes courbes délicieusement compliqué.
Parmi les étoffes, nous distinguons la chasuble de saint Yves (2),tissu violet à griffons affrontés d’or, puis une autre chasuble gar-nie d’orfroies et bordée de perles. Ces deux étoffes, d’une ri-chesse sévère, étaient en tout point dignes d’être destinées à desvêtements sacerdotaux.
Cet art du douzième siècle procède évidemment, comme nousl’avons fait voir, de l’art byzantin. Ce serait cependant com-mettre une grande erreur de ne voir dans ses productions que desimitations pures et simples des arts du Bas-Empire ; car il possèdeà un haut degré sa vie propre, il est plein de sève, et il s’est tel-lement assimilé les procédés de l’art grec qu’il les fait se plier àtoutes ses exigences. C’est un adolescent qui, doué des plus bril-lantes dispositions, et impatient de quitter ses maîtres pour pren-dre possession de son initiative et de son indépendance, va nousfaire assister à un des plus grands mouvements artistiques qui sesoient produits dans l’histoire.
Le pouvoir royal, mettant à profit le grand mouvement descroisades qui poussait vers l’Orient les chefs de la féodalité, en-couragea l’établissement des communes et restaura l’organisa-tion municipale si favorable au développement des arts. Toutesces municipalités nouvellement affranchies, véritables républi-ques ne relevant que du roi de France , voulant affirmer leur au-tonomie, se mirent à construire de grands monuments. Chacuned’elles eut bientôt ses maîtres ès œuvres, ses tailleurs d’images,,ses orfèvres, ses charpentiers, ses forgerons: tous ces artistes,rejetant les traditions monacales, trop étroites désormais poureux, s’adressèrent à la nature, en étudièrent les lois et créèrentun art de toutes pièces, qui pût se prêter à toutes les hardiesses
de leurs conceptions. Il se forma de cette façon, dans tous lesgrands centres, autant d’écoles qui initièrent aux jouissances ar-tistiques toutes les provinces et tous les rangs de l’ordre social.
La première conséquence de cette révolution fut d’introduiredans les arts l’élément dramatique. Nous allons pouvoir admirerdevant les beaux ivoires des treizième et quatorzième siècles,devant les diptyques et les triptyques surtout qui la plupart re-présentent des scènes de la Passion, le sentiment délicat aveclequel ces imagiers surent rendre la vérité du geste, l’expressionet le caractère des personnages, leur facilité à traiter les sujetsles plus différents, et aussi le style, la grandeur et la grâce dontils revêtirent le Christ, la Vierge, les anges et les saints.
Arrêtons-nous un instant devant cette Vierge couronnée, tenantl’enfant Jésus sur son genou gauche. Il est impossible de rendreplus finement le sourire maternel et la grâce enfantine. Une autremerveille d’expression est cette figure d’homme en ronde-bosse,fragment de quelque scène de l'Évangile, agenouillé dans l’atti-tude du plus profond recueillement ; la tête modelée avec unehabileté consommée est pour ainsi dire vivante. Rappelons aussicette petite statuette en bois représentant saint Jean au pied dela croix, que tout le monde connaît, et dont l’expression de dou-leur vous émeut, pour peu qu’on la considère attentivement. Di-sons aussi quelques mots de deux groupes en bois du quinziémesiècle : l’un, peint et doré, montre la Vierge et sainte Anne as-sises dans une niche à arcature surbaissée, l’autre la résurrectionde Lazare ; ce dernier pousse la vérité de l’expression jusqu’auréalisme.
Les objets les plus usuels attestent la diversité et les ressour-ces de composition de ces artistes, que l’on a voulu si longtempsfaire passer pour des barbares. Tels sont ces deux couvercles demiroir sur lesquels chevauchent un châtelain et sa dame, l’éméril-lon au poing, et suivis de leurs chiens et de leurs varlets ; tel aussice peigne double, dans le champ duquel deux chevaliers se pré-cipitent l’un sur l’autre la lance en arrêt.
Les orfèvres se signalèrent des premiers dans la voie nouvelleet produisirent les compositions les plus originales et les plus di-verses, en se faisant une loi invariable de ne jamais s’écarter uninstant de la destination rigoureuse des objets, et en mettant decôté tout ce qui dans la décoration ne pouvait se prêter à uneexécution consciencieuse et rationnelle. Ce fut du reste à cesdeux principes que se soumirent tous les corps de métiers, etc’est à l’observation constante de ces règles qu’il faut attribuerles qualités de style que nous sommes étonnés de rencontrerdans leurs œuvres. Les calices, les châsses, les montrances, lesreliquaires, en grand nombre dans la section qui nous occupe,seraient tous dignes d’une étude spéciale. Contentons-nous dementionner les pièces les plus importantes.
A. DeLaRocque, architecte.
( La suite au prochain numéro.)
Le défaut d’espace nous oblige à couper brusquement l’articlequi précède. L’abondance des matières nous a de môme empê-chés de donner aujourd’hui i.a Peinture sur verre de M. Eug.Oudinot. La suite des deux paraîtra dans le plus prochain nu-méro. {Note de la Rédaction.)
IL PFNOU, Propriétaire-Directeur.
(1) Publié dans les Annales archéologiques.
(2) Nous publierons prochainement cette Chasuble,