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d'œuvre originaux. On verra que, si la France ne veut pas êtrebientôt dépassée, il lui faut agir vite et énergiquement.

D’où vient ce mal, si universellement signalé chez nous : im-péritie, ignorance des maîtres, détestable exécution des modèles?Ce dernier point est absolument injustifiable, car nos muséespossèdent des œuvres de premier ordre, dont la reproduction parle moulage on la lithographie fournirait amplement des modèlesexcellents à toutes les écoles de France , et dont l’acquisition neserait sans doute pas notablement plus coûteuse que celle desmauvais modèles signalés par les rapports officiels. Si nous nenous trompons, il existe déjà une excellente collection de mou-lages, choisie sur les indications et exécutée, en vue de l’ensei-gnement public, sous la direction d’un excellent juge, M. l’inspec-teur général Ravaisson . Pourquoi cette collection n’est-elle pasrendue, très-facilement accessible à tous les cours de dessin?Pourquoi l’Etat ne la donnerait-il pas gratuitement à ceux quimanquent de ressources? M. Ravaisson avait aussi commencéune belle collection de modèles (un peu chers) pour le dessin.M. lo ministre lui-même a recommandé une série de modèles,d’après les plus belles œuvres. Comment tout cela ne sert-il àrien?

Ce n’est là, après tout, qu’une question d’argent. La questioncapitale, c’est celle des maîtres. Comment expliquer qu’ilsmanquent ou qu’ils soient dépourvus de science et de goût,dans un pays où abondent les belles œuvres, où l’enseignementde l’art est si largement organisé ?

Peut-être ne nous serions-nous pas risqué à répondre de nous-même à de telles interrogations. Heureusement, nous avonstrouvé la réponse dans un livre composé par l’homme qui, cheznous, connaît le mieux tout ce qui touche à la théorie, à la pra-tique et à l’histoire des beaux-arts : nous avons nommé M. CharlesBlanc , que connaissent bien les lecteurs du Temps, et son beaulivre, la Grammaire des arts du dessin, dont nous avons reproduitl’éloquente conclusion. C’est donc à M. Charles Blanc que nousempruntons les idées que nous allons exposer. La mesure où nousdevons nous renfermer ici nous oblige à ne prendre que le fond,en sacrifiant la forme.

L’éducation de la jeunesse française, en matière d’art, est com-plètement nulle. Les élèves de nos établissements universitaires,publics ou libres, à Paris comme dans les départements, les lau-réats les plus brillants, ceux même qui connaissent le mieux lalangue, l’histoire, la poésie de l’antiquité, ignorent presque abso-lument les arts de cette même antiquité. « Dans les créations del’artiste cependant, sont déposées les pures essences de la philo-sophie antique. C’est là que l’idée a pris une forme sensible; c’estlà que respirent les dieux de Virgile et d’Homère , rendus visiblespar des métamorphoses plus étonnantes encore, et plus charmantesencore que celles d’Ovide ... Par une abominable confusion, tantde chastes divinités, dont la présence élève l’âme et la purifie,ont été regardées comme des images suspectes, enveloppant l’es-prit du mal, et toutes pleines de séductions dangereuses. De làl’éloignement de l'institution cléricale pour les arts païens, sen-timent qui, dans nos collèges laïques, se traduit par le silence. »C’est, en effet, un vestige des vieilles haines chrétiennes, quecette sorte de crainte que l’on a trop généralement de montreraux regards de la jeunesse les œuvres de la sculpture antique, oucelles que la fable a inspirées aux maîtres de la peinture moderne ;il y a encore, dans nos sociétés contemporaines, un ressouvenirde cette fureur qui portait les chrétiens des premiers siècles à

briser les statues , à déchirer les livres, à renverser les édificesdu paganisme, et même à massacrer ceux qui, comme la belleHypathie, osaient encore en professer la philosophie. A ces ten-dances ennemies, M. Charles Blanc oppose la conduite des papesde la Renaissance : ce furent là de brillantes exceptions; maisaujourd’hui encore, des docteurs de l’Eglise voient dans l'étudedes auteurs païens le ver rongeur de notre temps.

« La France est, en ce qui touche la connaissance de l’art, unedes nations les plus arriérées de l’Europe . » En Angleterre, enAllemagne , les livres traitant des arts et du beau sont entre lesmains de toute personne bien élevée, sans en excepter les femmeset les jeunes filles ; la science du beau y est enseignée avec au-tant de succès que d’éclat, et l’esthétique, dont le nom est à peineconnu en France , est, chez nos voisins, familière à quiconque areçu une éducation libérale. Cet enseignement fait absolumentdéfaut dans nos écoles, depuis la plus modeste jusqu’à la plusélevée ; il n’existe ni au Collège de France , ni à la Sorbonne, nià l’Ecole normale; on ne la trouve guère que nominalement àl’Ecole des beaux-arts. Où donc se formeraient des maîtres pourl’enseigner, pour en donner seulement les plus simples notionsdans les collèges, les écoles libres, les cours d’adultes? En quellivre auraient-ils puisé ce qu’ils n’ont pu apprendre nulle part?M. Charles Blanc nous raconte, en effet, que, sollicité d’indiquerun ouvrage contenant, sous une forme claire et simple, les notionsles plus élémentaires de l’art, il se trouva réduit à l’impossibilitéde répondre ; et ce fut de là que lui vint la pensée d’écrire saGrammaire des arts du dessin , livre dont le titre n’indique pas bie»complélement le contenu et la portée.

M. Charles Blanc dit avec beaucoup de raison :

« La seule logique des choses doit faire disDaraître cette lacunede notre enseignement public. Il faut, en effet, ou proscrire l’an-tiquité tout entière, ou laisser tomber le voile qui couvre .les plusbelles œuvres de son génie, qui sont aussi les plus morales et lesplus nobles. Une telle réforme serait plus profitable à la France que bien des conquêtes et bien des batailles. Nous ne serons pasà la tête des nations tant que nous n’aurons pas annexé aux do-maines de notre intelligence cette belle province où fleurissentles jardins de l’idéal. »

Nous ne pouvons faire plus que d’ajouter la publicité du journalà celle du livre pour donner, non pas plus d’autorité, mais plusde retentissement aux réclamations et aux conseils de M. CharlesBlanc . Il appartient à d’autres de pourvoir aux moyens de com-battre le mal signalé. Mais, en attendant que l’enseignement del’art soit constitué en France (l’école d’Athènes doit, ce noussemble, y avoir au moins préparé plus d’un de ses membres), nosprofesseurs d’histoire ne pourraient-ils mêler à leurs leçonsquelques notions tirées du livre de M. Charles Blanc ? Il y aquelques années, le ministre actuel de l’instruction publique avaitrecommandé que, durant les promenades du jeudi, les élèvesfussent conduits dans les musées.

Cela s’estfait un moment à Paris . Pourquoi y a-t-on renoncé?Pourquoi ne le ferait-on pas partout où il y a un musée! Il fau-drait, à la vérité, que les élèves fussent accompagnés d’une per-sonne pouvant les renseigner sur les sujets représentés, sur lesartistes, leur vie et leurs œuvres; cela ne nous paraît pas pré-senter de sérieuses difficultés. Ce serait peu encore, mais peuvaudrait mieux que rien.

Pour les écoles situées dans des villes dépourvues de musées,pour les cours destinés aux ouvriers, nous ne voyons, quant à