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encore cela de singulier , qu’étant un grand estimateur de l’Art gene-ral du celebre Raymond Lulle, il saie s’en servir, non pas comine le Vol-gane pour faire des diicours en l’air , mais pour méditer Le pour entaire des application aux réalités. 11 prèsero Lulle à tous les modernes,méme à Mr. Descartes. Gomme il pourra prendre la rétblution d’aileren France quand je ne lerai plus ici, il ma demandò, Monlieur, queje vous en écrivifle par avance, afin qu’il ait un jour l’honneur de votreconnoitlànce, ayant été charme de vos Lettres. Ses belles qualités l’intro-duisent aisément par - tout ; mais il sait estimer les personnes qui vousreflèmblent, &c dont il scroit à lòuhaiter que le nombre fut plus grand.
Quand j’étois jeune, je prenois quelque plaisir à l’Art de Lulle ; maisje crus y entrevoir bien des défectuosités , dont j’ai dit quelque chosedans un petit Essii d’écolier intituie r de Arte Combinatori, publié san1666, & qui a été réimprimé par après malgré moi. Mais comme jene méprile rien facilem ent, excepté les Arts divinatoires, qui ne sontque des tromperies toutes pures, j’ai trouvé quelque chose d’estimableencore dans l’Art de Lulle ; & le Dtgeftum Sapienti du Pere Ives, Ca-pucin, m’a fori più ; parce qu’il a aulir trouvé le moyen d’appliquerles généralités de Lulle à des particularités utiles. Mais il me sembleque Mr. Descartes est d’une toute autre profondeur. Cependant sa Phi-lolophie, quoiqu’elle ait avancé de beaucoup nos connoissances, a austìfes défectuosités, qui ne sauroient maintenant vous étre inconnues.
Quant à Mr. Gajj'endi , dont vous desirez de savoir mes sentimens,Monsieur, je le trouvé d’un savoir grand &c étendu, très verse dans lalecture des Anciens , dans l’Histoire prosane Se ecclésiastique, & entout gente derudition; mais fes méditations me contentent moins à pre-terir qu’elles ne fail'oient quand je commendai a quitter les sentimens del’Ecole , écolier encore moi - méme. Gomme la Doctrine des Atomeslatisfait à l’imagination, je donna! fori là-dedans, & le vuide de De-mocrite ou d’ Epicure , joint aux corpuscules indomptables de ces deuxAuteurs, me paroissoit lever toutes les difficultés. Il est vrai que cetrehypothése peut contenter de simples Physiciens ; & supposant qu’il y ade tels Atomes , & leur donnant des mouvemens & des figures con-venables , il n’y a guére de qualités matérielles auxquelles il ne seroitpoffible de satissaire , si nous connoistions le détail des choses. Ainsi onpourroit se servir de la Philosophie de Mr. Gajfendi pour introduce lesjeunes gens dans les connoissances de la Nature, en leur disant pour-tant qu’on n’employe le vuide fic les atomes que comme une hypothése;& qu’il sera permis de remplir un jour ce vuide d’un fluide si subtil,qu’il ne puisse guére intéresser nos phénoménes; & de ne point pren-dre l’indomptabilité des atomes à la rigueur. Mais étant avancé dans lesméditations, j’ai trouvé que le vuide Lr les atomes ne pouvoient pointsubsister.
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