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5 (1768) Opera Philologica / nunc primum collecta, in classes distributa, praefationibus & indicibus exornata, studio Ludovici Dutens
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encore cela de singulier , quétant un grand estimateur de lArt gene-ral du celebre Raymond Lulle, il saie sen servir, non pas comine le Vol-gane pour faire des diicours en lair , mais pour méditer Le pour entaire des application aux réalités. 11 prèsero Lulle à tous les modernes,méme à Mr. Descartes. Gomme il pourra prendre la rétblution daileren France quand je ne lerai plus ici, il ma demandò, Monlieur, queje vous en écrivifle par avance, afin quil ait un jour lhonneur de votreconnoitlànce, ayant été charme de vos Lettres. Ses belles qualités lintro-duisent aisément par - tout ; mais il sait estimer les personnes qui vousreflèmblent, &c dont il scroit à lòuhaiter que le nombre fut plus grand.

Quand jétois jeune, je prenois quelque plaisir à lArt de Lulle ; maisje crus y entrevoir bien des défectuosités , dont jai dit quelque chosedans un petit Essii décolier intituie r de Arte Combinatori, publié san1666, & qui a été réimprimé par après malgré moi. Mais comme jene méprile rien facilem ent, excepté les Arts divinatoires, qui ne sontque des tromperies toutes pures, jai trouvé quelque chose destimableencore dans lArt de Lulle ; & le Dtgeftum Sapienti du Pere Ives, Ca-pucin, ma fori più ; parce quil a aulir trouvé le moyen dappliquerles généralités de Lulle à des particularités utiles. Mais il me sembleque Mr. Descartes est dune toute autre profondeur. Cependant sa Phi-lolophie, quoiquelle ait avancé de beaucoup nos connoissances, a austìfes défectuosités, qui ne sauroient maintenant vous étre inconnues.

Quant à Mr. Gajj'endi , dont vous desirez de savoir mes sentimens,Monsieur, je le trouvé dun savoir grand &c étendu, très verse dans lalecture des Anciens , dans lHistoire prosane Se ecclésiastique, & entout gente derudition; mais fes méditations me contentent moins à pre-terir quelles ne fail'oient quand je commendai a quitter les sentimens delEcole , écolier encore moi - méme. Gomme la Doctrine des Atomeslatisfait à limagination, je donna! fori-dedans, & le vuide de De-mocrite ou d Epicure , joint aux corpuscules indomptables de ces deuxAuteurs, me paroissoit lever toutes les difficultés. Il est vrai que cetrehypothése peut contenter de simples Physiciens ; & supposant quil y ade tels Atomes , & leur donnant des mouvemens & des figures con-venables , il ny a guére de qualités matérielles auxquelles il ne seroitpoffible de satissaire , si nous connoistions le détail des choses. Ainsi onpourroit se servir de la Philosophie de Mr. Gajfendi pour introduce lesjeunes gens dans les connoissances de la Nature, en leur disant pour-tant quon nemploye le vuide fic les atomes que comme une hypothése;& quil sera permis de remplir un jour ce vuide dun fluide si subtil,quil ne puisse guére intéresser nos phénoménes; & de ne point pren-dre lindomptabilité des atomes à la rigueur. Mais étant avancé dans lesméditations, jai trouvé que le vuide Lr les atomes ne pouvoient pointsubsister.

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