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LETTRE V.
Dèvelopement de P Ame : Inerite de la matière : Queflìons phi-losopkiques : Nouvelles litteraires .
V Os Lettres marquent toujours également votre bonté & vos lumié-res : je voudrois pouvoir mériter les unes & satisfaire aux au-tres. La défiance que j’avois de ma fante m’a empéché d’accompagnerMadame la Princesse de Galles. En effet la goutte m’apris depuis: elle n’est point fort doni aure use, mais elle m’empeche d’agirautrement que dans le cabinet , où je trouve toujours le tems tropcourt, & par conséquent je ne m’ennuye point; ce qui est un bonheurdans le malheur.
Je viens à vos difficultés, & je vous en remercie, Monfieur; car jene demande pas mieux que d’en recevoir des perfonnes de votre sin-cérité 8e de votre pénétration.
I. Quant à la Métempsycose , je crois que l’ordre ne l’admet point ;il veut que tout foit explicable distinctement, &c que rien ne se fastepar faut. Mais le pastage de fame d’un corps dans l’autre feroit un fautétrange & inexplicable. Il se fait toujours dans l’animal ce qui s’y faitpréfentement : c’est que le corps est dans un changement continuel ,comme un fleuve; Lc ce que nous appellons génération, ou mort, n’estqu’un changement plus grand Lc plus prompt qu’à l’ordinaire, tel queferoit le faut ou la cataracte d’une riviere. Mais ces fauts ne font pasabfolus Lc tels que ceux que je defaprouve ; comme leroit celui d’uncorps qui iroit d’un lieu à un autre fans pastèr par le milieu. Et detels fauts ne font pas seulement désendus dans les mouvemens , maisencore dans tout ordre des chofes, ou des vérités. C’est pourquoi j’aimontré à Mr. Hartsoeker , dans des Lettres qui ont été inférées il n’y apas long-tems dans les Mémoires de Trévoux, que la fupposition duVuide Lc des atomes nous méneroit à de tels fauts. Or comme dans uneligne de Geometrie il y a certains points distingues , qu’on appelle fom-mets , points d’infléxion , points de rebroustement ou autrement ; Lccomine il y a des lignes qui en ont une infinite , c’est ainsi qu’il fautconcevoir dans la vie d’un animal ou d’une perforine les tems d’unchangement extraordinaire, qui ne laistent pas d’ètre dans la regie ge-nerale ; de mème que les points distingues dans la courbe se peuventdeterminer par fa nature generale ou fon équation. On peut toujoursdire d’un animal, cefi tout comme ici , la disterence n’est que du plussu tnoins.
II. Puif-