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OBSERVATIONS SUR LES ÉTATS DU NORD-OUEST.
Chez les puissances européennes, la majeure partie des ressources de l’État est enga-gée à l’avance pour l’entretien d’un grand établissement militaire par terre et parmer, et pour le service d’une dette considérable déjà, qui a aussi son origine dans lesystème guerrier. Le génie de la guerre a ainsi en Europe première hypothèque surles recettes de l’État. D’ailleurs en Europe l’impôt est déjà si lourd qu’on ne pourraitl’accroître notablement sans obérer les peuples. En Amérique au contraire, l’impôt,limité à ce qui est nécessaire pour couvrir les dépenses locales de l’Etat et celles dela fédération , ne prélève qu’une faible parcelle du revenu de chacun , parce que lesÉtats n’ont pas de force armée qui leur soit propre, et que l’établissement militairede la fédération se réduit à une armée de 10,000 hommes et à un nombre proportionnéde navires. On peut donc , aux Etats-Unis , ajouter à l’impôt, afin de se procurer lesmoyens de payer les intérêts d’un emprunt destiné aux travaux publics, sans craindrede surcharger les contribuables.
En pleine paix, le régime militaire auquel l’Europe tout entière est soumise, et queles puissances s’imposent les unes aux autres , a coûté à la France , en 1838 , 555millions sur un budget total définitivement réglé à 1 milliard 138 millions ; et en 1839,570 millions sur un budget d’un milliard 196 millions (1). On peut estimer, sansexagération, que, pour se tenir en permanence sous les armes, l’Europe dépenseannuellement une somme de plus de 2 milliards, sans compter ce que pourraitrapporter net le travail de 3 millions d’hommes composant la partie la plus robuste dela population , si on les rendait aux arts utiles.
L’éloquence des chiffres pourra-t-elle jamais être invoquée plus à propos , à l’effetde montrer l’immense avantage que présente, à l’égard des améliorations fécondes pourlesquelles aujourd’hui la civilisation se passionne, la situation d’harmonie où se sontplacés les uns à l’égard des autres les États de l’Union, comparé à l’attitude d’observa-tion armée et de rivalité militaire qui prévaut encore parmi les gouvernements del’Europe , malgré les sentiments de plus en plus vifs d’estime et d’amitié qu’éprouventindividuellement les Européens les uns pour les autres, et en dépit des relations de plusen plus multipliées d’affaires, de science et de plaisir, qui, mêlant sans cesse les nationseuropéennes, les ont confondues à ce point qu’il semble que l’Europe ne soit plus très-éloignée du jour où elle formera une seule famille.
Si je ne craignais de m’écarter du sujet que j’ai à traiter ici, je prierais le lecteurde mesurer, s’il est possible, l’influence funeste que ce système militaire, avec les
(4) Savoir :
1838 1839
Intérêts de la dette, amortissement non compris. 196,000,000 fr. 195,900,000 fr.
Ministère de la guerre. 240,900,000 246,700,000
— — marine. 72,700,000 80,400,000
Pensions militaires.-. 45,500,000 46,900,000
Totaux. 555,100,000 fr. 569,900,000 fr.
(Compte-Rendu général de l'administration des finances pour 1839 ; 1* partie, pages 110 et 112. )