Band 
Tome deuxième.
Seite
296
JPEG-Download
 

296

TROISIEME PARTIE. SECTION II. CHAPITRE III.

Les dérivations des Galopes, de la Pointe au Cardinal, du Rapide Plat et de la Pointeà Ferrand, auront, au plafond et à la ligne d’eau, 15 m ,25 et 30 m ,50. Celle du LongSault est ouverte sur les proportions de 30“‘,50 et 45 m ,7ô. Toutes celles du Bas-Canada paraissent devoir exiger ces dernières dimensions.

Par la grandeur de ses proportions, ce canal est tout à fait remarquable, surtout sil’on se reporte à l’époque où il fut résolu (1). La profondeur à part, ce sont, si je ne metrompe, les plus spacieuses écluses qui aient été établies sur un canal de navigationintérieure. Au reste, quelque intéressant que puisse être cet ouvrage sous le rapport del’art, il l’est encore plus du point de vue administratif et politique. Il est beau de voirune province telle que le Haut-Canada , qui alors ne comptait pas plus de populationqu’un de nos moindres départements, qui était sans capitaux, et dont toute la ri-chesse consistait dans une énergique passion pour le travail et dans la confiance enl’avenir que le travail prépare, aborder une œuvre d’une hardiesse à faire reculercertains grands États, jaloux de manifester leur puissance seulement lorsqu’il s’agitd’entreprises guerrières. Car, il n’est pas inopportun de le dire, non-seulement lalégislature de cette petite communauté avait voté l’amélioration du Saint-Laurent avantque le gouvernement français eût pris un parti en faveur de la Loire, du Rhône , et,ce qui est plus incroyable encore, de la Seine ; et pour prendre un exemple horsde la France, par ce que cet enseignement donné par le Haut-Canada est à l’adresse detous les peuples civilisés, avant que le gouvernement autrichien eût pourvu à l’amé-lioration du fleuve admirable qui coule au travers de ses vastes domaines ; mais encorele Haut-Canada a su, depuis lors, malgré les embarras et les horreurs de la guerre ci-vile (2), réaliser aux deux tiers son magnifique projet, et nous, Européens , nous nesommes pas plus avancés qu’il y a huit ans, en France pour nos fleuves, en Autriche pour le Danube (3).

(1) A cette époque on n’avait encore ni construit ni même projeté, pour les besoins de la navigation maritime àvapeur, les grandes écluses qui existent ou vont exister à l’entrée des bassins de plusieurs des ports européens .

(2) Les travaux n’ont été suspendus que pendant peu de temps, un an environ.

(3) Tout le monde assurément reconnaît les brillants résultats que produirait, s’il était complet et semblable,quoique sur une moindre échelle, à ce qui se pratique sur le Saint-Laurent, le perfectionnement de la Seine entreParis et Rouen, du Rhône entre le lac de Genève et Arles, de la Loire entre Nantes et Briare. Quant au Danube , lesmagnifiques destinées commerciales qui lui sont promises ne sont plus l’objet d’un doute pour personne. Par l’étendue deson cours , il est sans égal en Europe . Par la population qu'embrasse son vaste bassin, et c’est la plus juste mesure deson importance , il est supérieur à tous les fleuves, non-seulement de l’Europe, mais aussi de l’Amérique . Par son heu-reuse direction, il est le lien naturel de l’Occident et de l’Orient. 11 se rapproche assez du Rhin et du Rhône pour qu’il soitfacile de l’unir à ces deux grandes lignes ; déjà même, par le canal Louis, sa jonction avec le Rhin au travers de la Ba-vière peut être considérée comme un fait accompli. Aucune entreprise de communication n’aurait, au même degré quele perfectionnement du Danube , une influence féconde et profonde sur le développement de la richesse publique et privéedans l’empire autrichien et dans toute l’Allemagne , et même sur les intérêts généraux du Continent européen. Et pour-tant le Danube reste à peu près abandonné à l’état de nature par cette puissante monarchie impériale qui dispose detant de ressources, pendant que de l’autre côté des mers une province pauvre et obscure trouve le moyen de maîtriser leSaint Laurent, et d’exécuter sur ce fleuve, bien autrement formidable que le Danube , une œuvre qui, par l’audace dontelle est empreinte, saisit au premier abord la pensée de l’observateur étonné, et lui rappelle les travaux des demi-dieuxde la fable.