BARRE DU MISSISS1PI.
319
Barre du Mississipi.
La barre du Mississipi est quelquefois, par places , assez bombée pour gêner la sor-tie des grands navires. C’est un inconvénient extrême , à cause de l’importance du portde la Nouvelle-Orléans et de la taille des navires qui viennent y chercher le cotonMais comment y remédier? Comment, aux approches de la mer, assujettir à une allurerégulière ce fleuve puissant qui, arrivé là, semble porté sur un radeau flottant, ébranlésans cesse par les accidents dont la mer est le théâtre? Comment imprimer un carac-tère de fixité à ce lit si indéterminé, qu’on ne saurait exactement dire où il s’arrête àdroite et à gauche, et où commencent les rives, tant celles-ci sont composées, à lasurface, d'une boue molle et fluide? Comment fonder sur ce sol des ouvrages perma-nents et stables, s’il est vrai qu’on puisse qualifier de sol un dépôt à demi liquide, quirépond si mal à l’idée qu’on se fait naturellement de la terre ferme? Comment enfinentreprendre un canal, même à une certaine distance au-dessus de l’embouchure, auxenvirons de la Nouvelle-Orléans , dans ces terrains formés le plus souvent de vase dé-trempée et de grands arbres entrelacés, où la moindre tranchée est non-seulementpénible, mais dangereuse pour les travailleurs, et très-dispendieuse.
En 1836, le Congrès, cédant aux réclamations du commerce, vota une première al-location de 400,000 fr. L’année suivante il y joignit 1,120,000 fr. Deux officiers supé-rieurs du Génie, d’un grand savoir, les colonels Totten et Thayer, furent chargésd’examiner le problème. Le capitaine Talcott leur fut adjoint pour diriger les travauxd’après les règles qu’ils auraient posées. Des études d’une nature spéciale furent con-fiées au major Chase.
Trois partis se présentaient.
On pouvait :
1° Tenter de clore toutes les passes de l’embouchure, à l’exception d’une seule, aumoyen de fascines.
2’ Creuser un canal maritime à partir de la Nouvelle-Orléans ou de tout autre pointsitué en amont de la barre. Des environs de Fort Jackson au récif de l’île de Sable , lecanal n’aurait que 10 ^ kilom. C’est le site que proposa le major Chase, qui avait étéchargé d’étudier le problème de l’amélioration de la sortie du fleuve au moyen d uncanal, et qui avait tiré parti des indications fournies par le major Buisson. D’après lui,le canal ainsi placé traverserait un terrain de sable passablement consistant.
3° Recourir au dragage sur une grande échelle pour approfondir le chenal à la passeprincipale, celle du nord-est, qui, sur un espace de t,375 m , a moins de 5 m ,49 d’eau, etoù, d’après les derniers documents, on n’en trouve en quelques points que 3 m ,G6. Ausurplus, rien n’est mobile comme la configuration des passes et comme leur profondeur.Elles changent de place et s’avancent toujours dans la mer. D’après le témoignage d’unpilote qui avait passé dix-neuf ans à Balize, l’avancement annuel serait de 212 m ;unepublication de la chambre de commerce de laNouvelle-Orléans ne l’estime pourtant qu’à80 m ,50. En admettant le premier chiffre, le dépôt supplémentaire à enlever tous les