318
TROISIEME PARTIE. SECTION II. CHAPITRE Y.
que le débit du fleuve n’en fût pas accru, car autrement, on eut bientôt vidé les bassins,presque de niveau comme les biefs d’un canal, qui existent entre les plans inclinéssuccessifs, et la navigation fût devenue plus difficile encore.
Le système qui a été adopté, et qu’on met en pratique, consiste à établir des épis( wing-dams ) submersibles, formés de cailloux roulés et de blocs de tout échantillonextraits de carrières voisines, qu’on jette pêle-mêle sans mélange d’aucun mortier. Cesépis ont pour objet de barrer, pendant l’étiage, un ou plusieurs des chenaux multiplesqui existent entre les îles ou les bancs, et de concentrer presque toute l’eau du fleuvedans un seul chenal. On a soin maintenant de diriger ces épis de manière à ne pas pré-cipiter le courant vers la rive opposée, et à le rendre , au contraire, tangent au coudele plus proche. On évite cependant, autant que possible, les digues longitudinales.
Plusieurs de ces barrages sont achevés en ce moment, particulièrement en dessousdelà cataracte. On espère avoir ainsi, à l’extrême étiage , une profondeur minimumde l m ,22 dans le chenal, entre Louisville et le Mississipi, et de 0 ra ,76 sur l’Ohio su-périeur. Le capitaine Shreve, le même qui le premier remonta en bateau à vapeurjusqu’à Louisville,et que nous verrons accomplir des oeuvres hardies en d’autres ré-gions du bassin du Mississipi, pensait même à l’origine qu’on pourrait avoir partoutau-dessus de Louisville l m ,07 au moins.
L’influence des déboisements sur le régime de l’Ohio n’a pu encore être bien ma-nifeste ; mais le défrichement s’opère avec une telle rapidité dans cette fertile valléeque l’on ne peut beaucoup tarder à en apercevoir les effets hydrologiques. D’aprèsce que nous voyons en France, et d’après ce qui se passe en Allemagne, sur l’Elbe ,par exemple, depuis que les forêts sont dévorées par l’industrie métallurgique ouabattues pour faire place à la culture, il est hors de doute que dans peu d’années,l’Ohio, à l’étiage, sera réduit bien plus qu’aujourd’hui. Les grossières jetées donton parsème actuellement son lit ne suffiront plus ; elles suffisent à peine maintenant.Probablement alors on reconnaîtra la nécessité d’en venir à des barrages mobiles pa-reils à ceux qui, dans ces derniers temps, ont fixé l’attention des ingénieurs européens et qui ont été essayés avec succès sur plusieurs de nos fleuves. Il n’est pas de coursd eau qui se prête mieux que l’Ohio à ce mode d’amélioration, car il n’en estpas dont l’inclinaison soit plus douce. D’après des nivellements récents exécutéssous les ordres du lieutenant Saunders, entre Pittsburg etWheeling, c’est-à-dire làoù son lit est le plus incliné, il n’a que 24 m ,15 de pente sur 142 kilom.; c’est moyen-nement 0 m ,000170 par mètre. Entre Wheeling et l’île Captina, la pente n’est plusque de 26 m ,92 sur 267 kilom., ou de 0 m ,000101 par mètre.
A Saint-Louis, pour dégager les abords du port, on a établi une jetée en pierreperdue , parallèlement à la rive, à partir d’une île qui se trouve dans le fleuve. Les ré-sultats en ont été excellents, d’après les rapports des ingénieurs. L’atterrissement a étéenlevé autant qu’il était nécessaire , et l’accès du port rendu libre.