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PRÉFACE.
La langue française , en tant que langue distincte du latin, a commencé d'existerdans le courant du neuvième siècle, du moins à en juger par les monuments écrits. Untrouvère du douzième siècle, Benoît, nous apprend que des vers satiriques en cetttelangue furent faits contre un comte de Poitiers qui s’était mal conduit dans un combatavec les pirates normands. Ces vers du neuvième siècle ne 1 nous sont point parvenus, etnous n’avons d’une aussi haute antiquité que le serment des fils dé Louis le Débonnaire .
Le dixième siècle n’est guère plus riche en textes. La langue vulgaire, cela est
certain, ne faisait que bégayer, et, quand il s’agissait d’écrire, c’était au latin^quel’on recourait. Deux très-courts échantillons du parler d’alors nous ont été con-servés: c’est le Chant d’Eulalie et le Fragment de Valenciennes. Le Chant d’Ëulalieest une petite composition qui n’a que vingt-huit vers; le Fragment de Valen-ciennes est un lambeau de sermon trouvé sur la garde d’un manuscrit, décôlle^agrand’peine et lu avec non moins de difficulté. Quelque courts qu’ils soient % ces
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textes sont précieux et curieux par leur date. 1
C’est au onzième siècle que commencent les grandes compositions poétiques f maiscomme ces compositions, d’abord écrites en assonances, furent'remaniées *dan s lesiècle suivant en rimes exactes, il ne nous reste que bien peu de poèmes que Lonpuisse faire remonter avec certitude jusque-là. Cependant ce n’est point une téméntbque d’attribuer au onzième siècle la Chanson de Roland , qui a conservé les assonancesprimitives et qui porte d’ailleurs toute sorte de caractères d’ancienneté. Les*Loisde Guillaume, imposées par le conquérant à l’Angleterre lorsqu’il y établit le^systèmeféodal, sont incontestablement du onzième siècle; seulement les textes què^qous| enavons ne sont pas purs de toutes retouches ni de ces influences qui donnèrent aufrançais parlé en Angleterre un cachet particulier. Rien de pareil ne peut étnPreprq^ché au Poème de Saint Alexis, qui est un excellent texte de la langue écrite duonzième siècle. Il n’y a que ces trois documents pour la période qui compté sesannées depuis 1001 jusqu’à 1100. X
Celle qui les compte de 1101 à 1200 voit se développer dans son essor le mouve-ment et le travail commencés dans le siècle précédent. Le douzième siècle est Ëagc*classique de l’ancienne littérature. C’est alors que se composent ou se remanient lesgrandes chansons de geste et que se font les poèmes du cycle breton sur la Tableronde et Artus. Les textes abondent; et, ne pouvant tout citer, il faut faire un choix.On trouvera à Vhistorique, particulièrement mis à contribution, la geste des Saxons,le poème si remarquable de Raoul de Cambrai, les chansons du sire de Couci, lepoème si bien écrit et si travaillé sur le martyre de saint Thomas de Cantorbéry ,les traductions du livre des Psaumes, de Job, des Rois, des Machabées et dessermons de saint Bernard, Benoît et sa Chronique de Normandie, Wace et ses poèmesde Brut et de Rou. De la sorte, on a sous les yeux un suffisant témoignage dela manière de parler et d’écrire du temps de Louis le Gros et de Philippe Auguste .