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PREFACE.
figure dans un vieux récit du trouvère Wace sur la justice rigoureuse du duc Rollon ou Rou en Normandie . Une femme s’empare d’une chape chute et est punie; de làvient la locution de chape chute pour chose de quelque valeur que l’on trouve, etdont on s’empare; et c’est ainsi que, dans la Fontaine, le loup, rôdant autour dela maison où l’enfant pleurait, attendait chape chute , c’est-à-dire quelque aubaine.
Par une efficacité de même genre, l’historique ramène parfois à des originesdistinctes des mots qui sont allés se confondant par une vicieuse assimilation.Le dé a jouer et le dé a coudre est-ce étymologiquement la même chose? Et, s’ilssont différents, quelle est la forme primitive de chacun? Du premier coup d’œil,la lecture des textes successifs tranche la question, montrant que le dé a jouerest toujours dé, et ne change pas en remontant vers les anciens temps, au lieu que ledé h coudre quitte une apparence trompeuse, cesse d’être assimilé à l’autre et de-vient deel, lequel indique le latin digitale.
Chaque époque a son genre de néologisme. L’historique en donne la preuve :tels mots n’apparaissent qu’au quatorzième siècle, tels autres datent du quinzièmeou du seizième. Ce sont des additions continuelles; il est vrai que des pertesnon moins continuelles agissent en sens inverse; tous les siècles font entrer dans ladésuétude et dans l’oubli un certain nombre de mots; tous les siècles font entrer uncertain nombre de mots dans l’habitude et l’usage. Entre ces acquisitions et ces déper-ditions, la langue varie tout en durant. Un fonds reste qui n’a pas changé depuis
le onzième et le douzième siècle ; des parties vont et viennent, les unes périssant, lesautres naissant. C’est cette combinaison entre la permanence et là variation qui con-stitue l’histoire de la langue.
VIII. PATOIS; LANGUES ROMANES.
Les patois, dans l’opinion vulgaire, sont en décri, et on les tient généralementpour du français qui s’est altéré dans la bouche du peuple des provinces. C’est uneerreur. Je montrerai plus loin, à l’article Dialectes , que les patois sont les héritiersdes dialectes qui ont occupé l’ancienne France avant la centralisation monarchiquecommencée au quatorzième siècle, et que dès lors le français qu’ils nous conserventest aussi authentique que celui qui nous est conservé par la langue littéraire. Celaétant, un dictionnaire comme celui-ci ne pouvait pas les négliger; car ils complètentdes séries, des formes, des significations.
En fait de langue et de grammaire, des exemples mettent les choses bien plusnettement sous les yeux que ne font les raisonnements. Je prends de nouveau notremot danger y pour en faire l’étude par les patois comme j’en ai fait l’étude parl’historique, et pour y montrer comment les patois et l’historique se donnent