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Tome premier. A - C.
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LIV
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COMPLÉMENT DE LA PRÉFACE.

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d’amour et quelquefois de religion. Quelques-unes sontgracieuses et intéressantes', on peut citer surtout Flore etBlanchefleur , et Idoine et Amadas. Amadas rappelle le cy-cle des Amadis , qui, certainement espagnol au seizième siè-cle, a peut-être des liaisons avec de plus anciennes composi-sitions françaises . Les poèmes d’aventures sont écrits, commeceux du cycle de la Table ronde, en vers de huit syllabesà rimes plates.

Ces poèmes sérieux n’ont pas manqué d’être accompagnésde poèmes railleurs qui les ont parodiés et ont fait rire desgrands coups de lance, des exploits merveilleux et des pro-digieux héros. Le plus amusant de ces poèmes, et il estréellement très-amusant, c’est le Voyage de Charlemagnea Jérusalem . Le grand empereur, portant majestueusementla couronne et l’épée impériales , passe devant l’impératricequi lui dit qu’il y a un prince qui porte encore mieux quelui la couronne et l’épée : « Et qui est-ce ? » dit Charlemagne courroucé. L’impératrice veut en vain retirer une paroleimprudente, elle est obligée de nommer l’empereur de Con-stantinople. Charlemagne part aussitôt pour cette ville avecses preux, jurant que , si le dire de l’impératrice n’est pasrrai, il lui coupera le cou à son retour. Rendus à Constan-tinople , nos preux gabent à qui mieux mieux, c’est-à-direse vantent d’accomplir les choses les plus prodigieuses; Ro-land , Olivier et les autres enchérissent sans réserve en faitde prouesses et de merveilles. Un espion qui a été placéauprès d’eux, vient, tout effrayé, rapporter ces propos auprince de Constantinople , qui met nos héros au défi. Ceux-ci se regardent tout interdits, j’allais dire, tout penauds;mais un ange arrive à leur secours; il accomplit leurs plusextravagantes gaberies; et Charlemagne , poursuivant sonvoyage victorieux jusqu’à Jérusalem , rapporte de la villesainte les précieuses reliques. C’est encore un poème héroï-comique que le Montage Guillaume, oû ce paladin, prenantl’habit religieux, mais ne prenant que cela de la vie monas-tique, fort comme Hercule , glouton, peu endurant, indocile,devient l’effroi des moines parmi lesquels il s’est retiré. Oncitera aussi Baudoin de Sebourg , qui est d’une époque moinsreculée (le quatorzième siècle), et que Génin regardaitcomme un des vrais et meilleurs précurseurs du charmantpoème de Roland le Furieux.

Au genre des poèmes satiriques plutôt qu’à celui despoèmes héroï-comiques appartient le Roman de Renart,l’une des plus célèbres compositions du moyen âge français .Ce sont les. animaux qui font les rôles. Ces rôles sontféodaux. Le goulpil ( vulpes ) se nomme Renart; le loup,Ysengrin; la louve, dame Hersent; le lion, roi Noble; lapoule , Pintain; le coq, Chantecler; l’âne, Bernard; le liè-vre, Couard ; l’ours, Brun; le moineau, Drouineau , etc.Renart représente l’astuce, la perfidie, la rapacité, l’a-dresse; Ysengrin, la violence et la brutalité; dans sesluttes avec Renart , il a, malgré sa force supérieure, presquetoujours le désavantage. Le roi Noble essaye en vain derendre justice et de redresser les torts. Le thème étant donné(et ce thème ne remonte pas à moins que le douzième siècleet peut-être le onzième), les trouvères le développèrent ety ajoutèrent sans cesse des continuations; c’est ce qu’onnomme les branches de Renart ; elles sont de mains et d’é-

poques très-différentes. Quelques-unes sont fort licencieuses;mais plusieurs se font remarquer par la verve, l’originalité,le mordant de la satire. On ne peut rien voir de plus caracté-ristique et de plus amusant que Renart se confessant dévo-tieusement au Milan et mangeant son confesseur.

Les poèmes didactiques sont en grand nombre. Le pluscélèbre de tous est le Roman de la Rose, qui, commencé parGuillaume de Lorris et achevé par Jean de Meung , est, sousla main du premier, une allégorie amoureuse et, sous litmain du second, une espèce d’encyclopédie. A côté onrangera les Images du mande, les Bestiaires, les Castoie-ments ou enseignements moraux , et tant d’autres composi-tions où l’on s’efforcait d’instruire en plaisant. Ce qui plaisait,c’était la forme versifiée ; la prose n’entrait point encore enpartage de ces expositions.

Il ne me reste plus dans une revue si sommaire qu’àmentionner deux genres tout à fait originaux et très-dignesd’attention : les chansons et les fabliaux. Les chansons sontinnombrables ; elles ont été étudiées avec beaucoup de soinpar M. Paulin Paris dans le tome XXIII de l 'Histoire littérairede la France . Il y en a de très-jolies, de très-gracieuses, devraiment belles; et, suivant moi, on pourrait, d’un choixde ces chansons, composer un volume rivalisant avecles canzoni de Pétrarque , qui leur est postérieur de deuxsiècles; le recueil de Chants historiques français du dou-zième au dix-huitième siècle , par M. Leroux de Lincy, a étéformé à un autre point de vue. Ce qu’a fait M. Paulin Paris pour les chansons, M. Le Clerc l’a fait au même endroitpour les fabliaux. Ce sont des contes satiriques, moraux,plaisants; la verve de nos trouvères a été inépuisable; lalicence et la grossièreté en déparent plusieurs; mais il enreste beaucoup encore qui sont pleins de sel et de piquant.Ce mérite a été bien senti par ceux des étrangers quiimitaient la littérature française , et alors on l’imitait par-tout. Boccace ne s’est pas fait faute de s’enrichir des dé-pouilles de nos conteurs. Souvent ils ont pénétré bienplus loin et dans des endroits où la trace en est perdue. Onse rappelle, dans Zadig de Voltaire, l’émouvante rencontrede Zadig avec un ermite dont les actions sont inexpli-cables et qui se transforme en l’ange du destin. Voltaire avait pris l’idée de cet épisode dans un poète anglais,Parnell; et celui-ci, à son tour, le tenait, par je ne saisquel enchaînement, d’un fabliau français du douzièmeou treizième siècle. Un récit aussi original ne s’invente pasdeux fois.

La prose fut beaucoup moins cultivée que la poésie. Ce-pendant on doit citer des ouvrages historiques, Villehar-douin, Joinville, la Chronique de Rai ns, des romans du cyclede la Table ronde et autres, des écrits sur la législation et ledroit, des sermons, des traductions. Il n’est pas besoin defaire ressortir l’importance de livres comme ceux de Ville-hardouin et de Joinville, narrateurs de ce qu’ils virent et dece qu ils firent. J’ajouterai que ce sont les bons manuscritsde textes en prose qui représentent la langue dans son meil-leur état de correction grammaticale.

Il ne suffit pas, pour apprécier cette littérature, de direce qu’elle a produit et les genres où elle s’est essayée; il fautdire aussi ce qui en est advenu et quel en a été le succès.